Skip to the main content

Quelque chose à déclarer ? Partie 1 - L’immigration et les douanes, depuis la Confédération

Les voyageurs s’approchant de la frontière du Canada en automobile se font demander par les agents des douanes s’ils ont quelque chose à déclarer. Que ce soit en entrant au pays à la frontière, par un aéroport ou un port, les voyageurs doivent d’abord passer par les douanes canadiennes avant d’être autorisés à continuer leur voyage. Les citoyens canadiens et résidents permanents de retour au pays, les touristes, les étudiants, les travailleurs temporaires, les immigrants et les réfugiés rencontrent tous les douaniers à leur arrivée au Canada.

Les études portant sur l’immigration et l’histoire ethnique au Canada négligent souvent ou refusent de discuter cette partie essentielle de l’expérience du nouvel arrivant au Canada. Peut-être est-ce en raison d’un manque de témoignages de première main ou d’autres sources primaires, mais cette partie intégrante de l’expérience d’immigration doit être davantage examinée. Ce blogue présentera le rôle historique des représentants des douanes au Canada et proposera certaines des plus amusantes anecdotes de l’expérience vécue.

À partir de la Confédération en 1867, les douaniers ont été chargés de faire respecter les droits de douane sur une variété d’objets dont l’alcool, le tabac, les cartes à jouer, le sucre, les chaussures de cuir, le café, le thé et les médicaments brevetés. Les produits n’étant pas soumis à un droit tarifaire comprenaient les bustes, les colorants, les pierres précieuses, le charbon, les œufs, le riz, l’huile de baleine, les fils, les mèches, les médicaments destinés aux hôpitaux et les effets personnels des immigrants. Au cours des années, la liste des produits pour lesquels un droit devait être payé a été élargie. En 1879, on a ajouté à la liste les poissons, les fruits, les fourrures, la viande, la farine, les animaux de la ferme, le verre et le fer. En 1917, les automobiles, les gramophones, les films et les montres étaient ajoutés à leur tour. Beaucoup de ces objets ont plus tard été retirés de la liste des produits.[1]

Dans la brochure des douanes no 10, publiée en 1911, les agents des douanes canadiennes devaient être « courtois dans leurs relations et leurs conversations avec le public voyageur et avec tous les agents de transport avec lesquels ils peuvent avoir des affaires ». Mêmes les douaniers harcelés ou provoqués n’étaient pas autorisés à être « discourtois » envers tout voyageur arrivant au Canada. Une importance particulière était accordée au touriste américain, avec lequel les douaniers devaient demeurer « courtois » en tout temps. Si un agent était irrespectueux envers un voyageur, il allait être banni et envoyé dans la cour fret ! Fait intéressant, le gouvernement canadien empêchait ses douaniers de fréquenter bars et salons lorsqu’ils portaient l’uniforme afin de garantir le respect du public et d’éviter le discrédit ou la simple perception d’irrégularité. Les douaniers étaient interdits de consommer des « substances intoxicantes en service », et devaient s’abstenir de fumer et de mâcher. En même temps qu’il contrôlait le comportement des agents, le gouvernement canadien leur demandait également de maintenir une bonne hygiène et des uniformes propres en tout temps.[2]

Les agents des douanes canadiennes travaillaient principalement dans les terminaux portuaires et les stations de train. Ces fonctionnaires géraient les passagers des bateaux et des trains avant qu’ils ne s’embarquent pour leur destination finale. Dans l’entre-deux-guerres, les douaniers canadiens ont tenté de réduire la confusion résultant de l’entrée de vagues de nouveaux arrivants en délivrant des permis à ceux qui se rendaient pour rencontrer leurs amis et parents. Ainsi, de nombreux passagers pouvaient passer les douanes plus rapidement qu’auparavant, à l’exception des immigrants qui ne comprenaient ou ne parlaient pas l’anglais ou le français.[3]

En se rappelant de ses quarante ans comme fonctionnaire des douanes canadiennes, J. Earl Donnan note que, durant les années 1930, les voyageurs avaient des demandes plutôt surprenantes sur le pays et ses douanes, notamment :

  • « J’emmène mon chien au Canada. Doit-il avoir son propre certificat de naissance ? »
  • « Quel hôtel à Montréal, le Mont-Royal ou le Windsor, offre la meilleure vue des chutes du Niagara ? »
  • « Comment puis-je adresser et sceller un paquet afin de m’assurer que les douanes canadiennes ne l’ouvriront pas pour l’inspecter ? »
  • « Quel port d’entrée est le plus susceptible de me donner le meilleur taux de douanes en entrant ma marchandise au Canada ? »
  • « À quelle vitesse peuvent aller vos policiers de circulation ? »
  • « Quelles sont les meilleures méthodes pour faire passer des marchandises de contrebande à la frontière ? »
  • « À quel moment je peux être certain qu’il n’y aura pas d’agents des douanes en service à la frontière ? »
  • « Est-ce qu’Ottawa a une capitale ? »
  • « Combien d’alcool puis-je boire au Manitoba ? »
  • Alors qu’on lui demandait s’il visitait le Canada pour le plaisir, un voyageur a répondu : « Non, je viens voir les parents de ma femme. »
  • À la question « Êtes-vous des citoyens américains ? » : « Non, justes des agriculteurs. »
  • À la question « Quelle est la longueur (durée) de votre résidence, au Canada ? » : « 30 pieds sur 40. »[4]

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les agents des douanes étaient également responsables d’enquêter à savoir si la monnaie canadienne et les éléments prêts à l’exportation étaient bien destinés aux puissances de l’Axe. Après la Deuxième Guerre mondiale, les voyages ont continué de prendre de l’expansion alors que de plus en plus de personnes transitaient par avion. Aux postes de frontière canadiens, dans les ports et les aéroports, les fonctionnaires des douanes étaient toujours responsables de l’application des lois de l’immigration, de l’agriculture et de la santé du pays. Les citoyens canadiens de retour, les touristes, les immigrants et les réfugiés étaient interpelés et interrogés à leur arrivée au Canada.

Le 1er octobre 1969, les agents des douanes canadiennes sont devenus responsables de représenter tous les ministères fédéraux dans leur examen et interrogatoire des voyageurs cherchant à entrer dans le pays. À cette époque, environ 10 % des voyageurs étaient soumis à des vérifications de bagages.[5]

Ces dernières années, les résidents canadiens et des non-Canadiens continuent d’être interdits ou restreints d’entrer au pays avec des biens considérés comme obscène, de la monnaie et des marchandises de contrefaçon, des armes à feu et autres, des matelas usagés ou d’occasion, des aliments, des végétaux et animaux, de la littérature se rapportant à la haine, la propagande, la trahison et la sédition, et les biens produits par le biais du travail pénitentiaire.[6]

Ce blogue met en perspective le rôle historique des douaniers canadiens, une partie de l’expérience d’immigration, vitale et souvent négligée, de bien des nouveaux arrivants. N’oubliez pas de lire la suite de ce blogue, Quelque chose à déclarer ? Réflexions sur les expériences d’immigration et de douanes au Quai 21, qui examine les expériences de douanes au moyen de témoignages de première main d’immigrants passés par les portes du Quai 21.


  1. Dave McIntosh, The Collectors: A History of Canadian Customs and Excise (Les Collectionneurs : histoire des douanes et taxes canadiennes) (Ottawa: NC Press, 1984), 111-112, 129, 134.
  2. Ibid., 336.
  3. Ibid., 139.
  4. Ibid., 342. L’extrait original est de J. Earl Donnan, My First 40 Years with Canada Customs (Mes 40 premières années avec les douanes canadiennes) (Éditeur inconnu, 1952).
  5. Ibid., 344-345.
  6. Agence des services frontaliers du Canada, “Marchandises prohibées ou à autorisation restreinte,” Consulté : 10 janvier 2013, http://www.cbsa-asfc.gc.ca/security-securite/prohib-fra.html.