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Immigration néerlandaise d'après-guerre au Quai 21

Après la Seconde Guerre mondiale, une population croissante et une économie dévastée par la guerre étaient des raisons suffisantes pour mener de nombreux émigrants néerlandais à chercher des opportunités économiques en Amérique du Nord. Un total de 500 000 ressortissants néerlandais quittaient leur patrie, de la fin des années 1940 aux années 1970. Environ 185 000 personnes, soit 37 pour cent de la vague, choisissaient de se réinstaller au Canada.[1] Les Pays-Bas connaissaient un excédent d’agriculteurs après la Seconde Guerre mondiale en raison de la destruction de ses digues par les forces allemandes ainsi que des terres impraticables et du chômage. Une grande partie des terres agricoles du pays avait été inondée. Dans une tentative pour augmenter la population rurale du Canada, les autorités canadiennes avaient signé leur premier accord bilatéral sur l'immigration d'après-guerre avec le gouvernement néerlandais pour amener des familles au Canada. Entre 1947 et septembre 1949, près de 16 000 personnes issues de familles agricoles néerlandaises s’étaient relocalisées au Canada. Une majorité de ces nouveaux arrivants résidait en Ontario, avec une population assez importante au Québec, en Alberta, au Manitoba et en Colombie-Britannique. Dans le cadre du programme de relocalisation, 94 000 immigrants hollandais étaient venus au Canada entre 1947 et 1954. Plus de 80 pour cent de ces personnes étaient des agriculteurs. La plupart de ces immigrants hollandais avaient choisi de se réinstaller sur des fermes dans les régions du sud de l'Ontario et de l'Alberta.[2] Le succès de ce programme de relocalisation avait encouragé les agriculteurs néerlandais à immigrer au Canada dans les années 1950.

Les gouvernements canadien et néerlandais comptaient beaucoup sur les organisations religieuses pour aider à placer les immigrants à travers le pays. Ces organisations choisissaient des régions où elles étaient plus familières et où elles croyaient qu’elles offriraient des opportunités économiques aux nouveaux arrivants néerlandais. Depuis les années 1890, les deux provinces ayant le plus grand afflux d'immigrants en provenance des Pays-Bas étaient l'Ontario et l'Alberta. L'intérêt pour les autres provinces avait également augmenté lentement. À la fin des années 1950, l'immigration néerlandaise était constituée principalement de travailleurs et de professionnels qui cherchaient une occasion favorable dans les zones urbaines.[3] Donald H. Avery notait que le « faible niveau de ré-émigration démontre que la plupart ont réalisé leurs objectifs. Mais maintenant, ce ne sont plus les Prairies de l'Ouest qui attirent la plupart des immigrants. Au contraire, plus de la moitié des nouveaux arrivants gravite vers les grands centres de l'Ontario, notamment Toronto. »[4]

Avant que les nouveaux arrivants ne débarquent des navires au Quai 21, les responsables du chemin de fer venaient à bord pour distribuer des badges indiquant la destination, le nom du parrain, le nom de la gare d’arrivée ou de transfert et le numéro du train ainsi que le wagon. Le billet de chemin de fer était généralement payé à l'avance. L'immigrant présentait ensuite le reçu pour le voyage à la billetterie pour être validé. Ensuite, le nouvel arrivant devait normalement télégraphier à son nouvel employeur pour l'informer de l’heure d'arrivée prévue. Après avoir été traités par l'immigration et les douanes, les immigrants hollandais poursuivaient leur chemin à bord du train, où les représentants des églises parcouraient les allées pour la distribution de journaux. Les Néerlandais catholiques recevaient Onder Ons, les membres de l'Eglise réformée recevaient quant à eux le mensuel, Pioneer, tandis que les membres de l'Église chrétienne réformée se voyaient remettre le Calvinist Contact.

Un certain nombre d'histoires personnelles d’immigrants néerlandais arrivés au Canada par le Quai 21 se trouvent dans la collection de l'histoire du Musée. En mars 1952, Ben et Tina Afman, arrivés au Quai 21 à bord du SS Zuiderkruis, avaient été accueillis dans la grande salle par les représentants de la Croix-Rouge canadienne qui leur avaient offert des biscuits maison, du lait et du café. Le consul néerlandais local informait le couple que les bottes en caoutchouc que portaient leurs enfants n’étaient pas assez chaudes pour l'hiver canadien. La famille Afman passait une journée ennuyeuse à Halifax en attendant son départ en soirée. Les Afman parcouraient la ville pour acheter du pain, de la confiture et du beurre sachant que les prix à bord du train étaient plus élevés qu’en ville.[5] Âgée de seize ans, Dori van Schagen avait passé six semaines au Quai 21 lorsque le parrain de son père avait annulé le contrat de travail agricole. Dori notait que son père et elle avaient reçu un verre d'eau et une bouteille de ketchup lorsqu’ils sont allés à la cuisine du Quai 21 pour le lunch. Ne sachant pas quoi faire avec ces choses, ils ont pensé que « peut-être nous devions faire notre propre jus de tomate, nous avons donc agité le ketchup dans l'eau ». La mère de Dori n'avait pas pu trouver une buanderie et elle avait dû laver les sous-vêtements de la famille dans la soirée et les étendre sur les radiateurs chauds pour les faire séche.[6]

Le révérend H.J. Spicer avait accueilli de nombreuses familles néerlandaises quand elles débarquaient au Quai 21. Spicer avait fait remarquer que les grandes salles dans lesquelles les immigrants avaient été conduits ressemblaient à de grands entrepôts : « Les salles étaient énormes, certainement plus grandes que l'espace de Wilhelminakade à Rotterdam. Pourtant, on était capable de trouver son chemin. Il se retrouvait dans une salle nue et assis sur un banc dur avec d'autres immigrants, en attendant son tour pour que ses papiers soient inspectés ».[7] Certains immigrants hollandais conservaient d’amers souvenirs des installations de l'immigration du Quai 21. Certains y avaient été retenus pendant des jours tout en ayant un peu de liberté de mouvement, tandis que les fonctionnaires essayaient de leur trouver un parrain. En arrivant en juillet 1948, Mary De Jong se rappelle que les barreaux et les cages lui avaient donné l'impression que le Quai 21 ressemblait plus « à une prison » qu'à un hangar d'immigration. Dans un souvenir semblable, le père d'Anne Hutten décrivait l'installation d'immigration comme un endroit pour « criminels », à l'arrivée de la famille Hutten au Canada.

L’auteur néerlandais canadien Albert Vandermey avait noté que plusieurs personnes « n’étaient pas impressionnées par les quais de Halifax ou par la ville elle-même. Ils pensaient que c’était un endroit qui avait l’air plutôt lugubre. Ce n’était rien à comparer au port animé d’où ils avaient pris la mer ». Rimmer Tjalsma, l'agent d'arrivée pour la compagnie Holland-America Line, trouvait la ville tellement déprimante qu'il espérait une « pause », accueillant aussi les navires à Québec et Montréal, les deux autres principaux points de débarquement. En octobre 1954, Tjalsma écrivait à un ami en Ontario indiquant que « Halifax a l’air terne et monotone comme toujours et j’ai l’espoir d’une éventuelle réaffectation. N’importe où est mieux que ce trou. J'espère que ce sera à Montréal ou à Toronto pour que je puisse retourner à la civilisation. Comme tu sais il n'y a rien à faire à Halifax. C’est un trou à rats pour les marins et ceux qui aiment le poisson ».[8]

Les immigrants hollandais ont exprimé toutes sortes d’émotions et d’opinions de leur nouvel environnement au Quai 21 et de Halifax. Les fonctionnaires canadiens se souvenaient de leur habitude d'apporter leur ménage dans d'énormes caisses en bois appelées kists. Les fonctionnaires du Quai 21 plaisantaient en disant que les kists contenaient tout sauf l'évier de cuisine. Un jour, un agent des douanes du Canada avait ouvert une grande caisse seulement pour découvrir un évier de cuisine parmi les autres articles.[9]

En 1958, l'émigration des Pays-Bas avait considérablement diminué alors que l'économie du pays avait commencé à se remettre, en partie grâce à l'aide internationale.[10] Entre 1946 et 1968, les Pays-Bas étaient la cinquième plus grande source d’immigrants au Canada. Pendant cette période, 167 327 immigrés déclarés de nationalité néerlandaise entraient au Canada.[11] L'immigration néerlandaise était seulement déclassée par l'arrivée d'immigrants de la Grande-Bretagne, d’Italie, d’Allemagne de l'Ouest et des États-Unis.[12]

Conclusion

Dans une tentative d’accroître l'immigration dans ses zones rurales, le gouvernement fédéral avait signé son premier accord bilatéral d’immigration d'après-guerre avec le gouvernement néerlandais afin de réunir les familles au Canada. Entre 1947 et 1954, 94 000 immigrants hollandais étaient venus au Canada en vertu du présent programme de relocalisation. Plus de 80 pour cent de ces nouveaux arrivants avaient un passé agricole. La majorité des immigrants hollandais avait choisi de se réinstaller dans des fermes des régions du sud de l'Ontario et de l'Alberta. Durant les années 1950, de nombreux agriculteurs néerlandais avaient été encouragés à immigrer au Canada en raison de la réussite du programme de relocalisation. Les gouvernements canadien et néerlandais comptaient beaucoup sur les organisations religieuses et organismes de services bénévoles pour aider à placer les immigrants à travers le pays. Ces organisations avaient choisi des régions avec lesquelles elles étaient plus familières et où elles croyaient qu’elles offriraient des opportunités économiques aux nouveaux arrivants néerlandais. Cependant, de nombreux agriculteurs néerlandais avaient quitté leur environnement rural pour des opportunités économiques dans les villes du Canada. Entre 1946 et 1968, les Pays-Bas étaient la cinquième plus grande source d’immigrants au Canada. Certains de ces individus et de ces familles étaient arrivés au Canada par le Quai 21. En conséquence, l'immigration néerlandaise est une partie importante de l'histoire d'après-guerre du Quai 21.


Deux Soeurs de Service aux côtés de la famille Bekkers après leur arrivée au Quai 21, janvier 1952.

Crédit : Image de la famille Bekkers au Quai 21, janvier 1952. Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1531.1).


  1. G.H. Gerrits, Peoples of the Maritimes: Dutch (Tantallon: Four East Publications, 2000), 35.
  2. Donald H. Avery, Reluctant Host: Canada’s Response to Immigrant Workers, 1896-1994 (Toronto: McClelland & Stewart, 1995), 200.
  3. Herman Ganzevoort, “Dutch,” In Encyclopedia of Canada’s Peoples, ed. Paul Robert Magocsi, 435-450 (Toronto: University of Toronto Press, 1999), 441.
  4. Avery, 13.
  5. Albert VanderMey, To All Our Children: The Story of the Postwar Dutch Immigration to Canada (Jordan Station: Paideia Press, 1983), 129-133.
  6. Anne van Arragon Hutten, Uprooted: the Story of Dutch Immigrant Children in Canada, 1947-1959 (Kentville: North Mountain Press, 2001), 65.
  7. VanderMey, 119.
  8. VanderMey, 118-119.
  9. Emploi et Immigration Canada, Affaires publiques, région de la Nouvelle-Écosse, “The Pier 21 Story: Halifax, 1924-1971,” n.d., 9.
  10. Joseph A. Diening, “Contributions of the Dutch to the Cultural Enrichment of Canada,” Report Presented to the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism (May 1966), 28.
  11. Ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration Canada, 1968 Immigration Statistics (Ottawa: Imprimeur de la Reine, 1969), 22.
  12. Freda Hawkins, Canada and Immigration: Public Policy and Public Concern (Kingston: McGill-Queen’s University Press, 1988), 54.