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Une mère et sa fille se remémorent les jours effrayants en quarantaine

Bien qu’on les ait volés à bord du bateau les conduisant vers le Canada et qu’ils aient été mis en quarantaine à leur arrivée au Quai 21, la famille Haddad a tout de même eu l’impression d’avoir été bénie.

Cette famille de réfugiés palestiniens chrétiens avait déjà fui au Liban, puis en Syrie, puis à nouveau au Liban.

Bien que Laima Haddad espérait encore rentrer un jour chez elle, sa famille a décidé de venir au Canada en juin 1955.

« ... L’un d’entre eux était à Montréal, et les autres étaient ici, à Ottawa. Ils ont donc convaincu mes beaux-parents, qui étaient tous venus avant nous. Quelques années avant nous. Et, bien sûr, il voulait être avec sa famille, c’est pourquoi j’ai eu le temps de me laisser convaincre de venir à Ottawa, explique Laima. À un moment donné il m’a dit : "D’accord, tu restes, tu restes ici avec les filles et je vais t’envoyer de l’argent. Je reviendrai quand j’aurai gagné mes millions." Il pensait qu’il allait venir ici engranger les dollars. Je ne voulais pas que nous nous séparions comme ça. Et ma mère ne voulait pas me laisser faire. Elle a dit que ce n’était pas la bonne façon de faire. Bref, c’est ainsi que nous avons décidé de venir au Canada. »

La famille Haddad s’est rendue à Chypre et s’est alors heurtée à un obstacle. Laima était enceinte de son troisième enfant et les autorités ne voulaient pas qu’elle voyage. De son côté, elle ne voulait toujours pas que sa famille soit séparée. Elle a gagné cette bataille.

Un autre défi de taille les attendait, alors qu’ils traversaient la mer à bord de l’Olympia.

« ... Une ou plusieurs personnes sont entrées pendant que nous dormions. Elles ont volé tous les bijoux et tout l’argent que nous avions. Je n’avais plus un sou. Ils ont même volé l’argent qui se trouvait dans les poches de son pyjama. Il n’a rien senti, explique Laima. J’étais d’un côté de la pièce, avec les enfants, et il était de l’autre. Ils ont ouvert l’armoire et ont pris tous les bijoux que j’avais. Comme si quelqu’un nous regardait, vous savez? Et, nous avons découvert tout ça à notre réveil. Il a dit, vous savez, sentir l’argent, il a dit : "Laima, on nous a volés." J’ai répondu : "Qu’est-ce que tu veux dire, on nous a volés? L’argent était dans tes poches." Ce à quoi il a répondu : "Il n’y a plus d’argent, plus rien." Nous n’avons donc même pas pu nous acheter une boisson à bord. Et c’est ainsi que, quand nous sommes arrivés, il avait― nous avons été placés en quarantaine. »

Bien que le personnel faisait de son mieux pour aider les détenus, les quartiers d’hébergement et de détention du Quai 21 n’ont pas fait très bonne impression.

Betty, la fille de Laima, se souvient d’avoir dit : « Maman, les fenêtres sont si hautes! Je déteste être ici, partons! »

« ... C’était vert, vert institutionnel, explique Betty. En levant les yeux, vous pouviez voir les barreaux aux fenêtres, et comme il était impossible d’atteindre les fenêtres, vous aviez l’impression que vous n’alliez jamais sortir de là, quoiqu’il arrive, et la porte était verrouillée. Pour une enfant de sept ans, c’était donc très effrayant. »

Ces deux journées furent très longues pour la famille Haddad. Leurs proches d’Ottawa leur ont cependant fait parvenir de l’argent et des copies de leurs documents médicaux, puis ils ont été libérés et ont pu commencer leur nouvelle vie.

« ... C’est comme ça que ça s’est passé. Et nous ne voudrions pas qu’il en soit autrement, affirme Betty. Nous en avons payé le prix, mais en ce qui nous concerne, regardez les autres options... Nos enfants sont bénis et nous sommes bénis, parce que nous sommes très proches. »

Proche, un mot qui n’est pas toujours utilisé de façon positive en ce moment, mais c’est ce que nous voulons tous : une famille proche. Merci pour ce beau rappel, Betty.

Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (08.08.09LH)