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Robes de soirée, nouveaux amis et autres conseils pour une longue quarantaine

À l’été 1940, alors que le blitz faisait rage en Angleterre, les parents de Percy et de Grace Blackman leur ont annoncé qu’ils partaient pour le Canada. Ils étaient emballés. Percy et Grace étaient nés au Canada, mais toute la famille était revenue dans le pays de leurs parents en 1938. Leur excitation a duré jusqu’à ce qu’ils découvrent qu’ils partaient seuls. Ils allaient devenir des enfants évacués et attendraient la fin de la guerre en sécurité, au Canada, comme des milliers d’autres enfants.

« ...nous étions là, seulement nous deux, assis dans le train à la gare de Londres, attendant nerveusement le début de la première étape de notre voyage, se souvient Grace. Percy, mon frère de 7 ans, était assis près de la fenêtre et j’étais à côté de lui, me penchant pour avoir un dernier aperçu de ma mère et de mon grand-père Reach, qui nous envoyaient la main depuis la plate-forme. Je leur ai envoyé la main de toutes mes forces, alors que mon cœur d’enfant de 8 ans se brisait. J’essayais vraiment d’être courageuse, mais les larmes ne cessaient de couler sur mon visage.

Un jeune garçon et une jeune fille sont assis ensemble et sourient. La jeune fille tient une poupée.

Grace et Percy Blackman en 1940 (DI2017.222.1)

« Nous avons commencé à perdre ma mère et mon grand-père de vue et je suis certaine que leurs cœurs ont alors aussi été brisés. Grand-père savait sans doute qu’il nous voyait pour la dernière fois. »

Percy a eu le mal de mer pendant leur traversée du mois d’août 1940 à bord du SS Hilary, mais Grace a apprécié le voyage. Tout s’est plutôt bien passé jusqu’à ce qu’ils arrivent à Toronto.

« La partie la plus mémorable de mon voyage s’est déroulée lorsque nous sommes arrivés à Toronto, écrit-elle. Nous avons été envoyés à une résidence de l’université de Toronto et avons passé de nombreux tests de santé. Un garçon du bateau avait la diphtérie. On m’a testée et découvert que j’étais porteuse de cette maladie.

« Ils m’ont immédiatement enfermée dans une pièce. Percy est venu me voir, mais la porte était verrouillée. Il s’est mis à pleurer, à donner des coups de pied et à frapper contre la porte, à essayer d’entrer. J’étais à l’intérieur, à donner des coups de pied et à pleurer en vain, à essayer de voir mon frère.

« Nous étions une fois de plus séparés. J’ai dû attendre 14 semaines pour reprendre contact avec Percy. On l’a envoyé à Timmins et on m’a envoyée à l’hôpital Riverdale de Toronto. »

Alors que la pauvre petite Grace était en quarantaine, son frère Percy vivait des aventures assez légendaires à Timmons.

« Je pensais que j’étais mort et que j’étais monté au ciel, raconte Percy. J’étais comme le fils qu’oncle George n’a jamais eu, tout ce que je faisais était bien! Il est aussi devenu quelqu’un de très important pour moi, d’autant plus que mon propre père était si loin.

« Je ne pensais que du bien d’oncle George. À cette époque, tout le monde brûlait des dosses dans les poêles pour faire de la cuisson et chauffer les maisons. Il y en avait donc toujours beaucoup à empiler ou à transporter.

« Je me souviens que je travaillais, j’empilais des dosses dans le jardin, puis oncle George m’a emmené à la pharmacie et m’a acheté un suçon. C’était la grosse affaire!

« La température hivernale a été merveilleuse pour la patinoire extérieure. J’ai été pris en photo pour le journal, lorsque ma mère nous a parlés depuis l’Angleterre, à la radio.

« Et à un moment donné, j’ai eu droit à la ceinture à l’école. J’avais embrassé une fille dans le vestiaire. Il s’agissait peut-être de la grand-mère de Shania Twain! »p>

Pour Grace, les jours se faisaient longs, mais son esprit courageux l’a bien servie.

« Brenda, une jeune adolescente, était également détenue parce qu’elle était porteuse. Nous étions là, à l’hôpital, et nous nous sentions bien, a écrit Grace. Les infirmières ont été absolument merveilleuses avec nous. Elles ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour nous mettre à l’aise, nous divertir et nous rendre heureuses.

« Une fois, elles m’ont emmenée à la résidence des infirmières pour que je puisse écouter ma mère à la radio. Mon frère, qui était alors à Timmins, écoutait aussi maman qui nous parlait depuis l’Angleterre.

« Je me souviens d’avoir répondu à toutes ses questions : "Es-tu une bonne fille?" "Oh oui!" Même si je savais qu’elle ne pouvait pas m’entendre. C’était excitant que mère puisse communiquer avec nous de cette façon, d’autant plus qu’elle me manquait beaucoup. C’était exceptionnel!

« À l’époque, les petites filles portaient des robes. Je suis venue au Canada avec quelques robes de tous les jours et une robe de soirée ou pour l’école du dimanche. Je me souviens que lorsque je suis arrivée à Toronto, je me suis dit que je pouvais porter n’importe quelle robe, car ma mère n’était pas là pour me dire que je ne pouvais pas. J’ai alors commencé à porter ma robe de soirée tous les jours!

« Nous avions quitté l’Angleterre en été et n’avions pas apporté de vêtements d’hiver avec nous. Comme mon séjour à l’hôpital s’est prolongé jusqu’au début du mois de décembre, la Croix-Rouge m’a apporté un manteau vert, un chapeau, des collants et des vêtements d’hiver.

« Chaque fois que nous quittions l’enceinte de l’hôpital, nous devions porter un masque sur le nez. Nous étions isolés de tout le monde, sauf des prisonniers de la prison Don, qui pelletaient la neige. Nous avions le droit de leur parler.

« Les infirmières nous ont emmenées, Brenda et moi, voir le défilé du père Noël. Nous l’avons regardé seules, dans une pièce bien haute d’un bâtiment. C’est la seule fois où j’ai assisté à la parade du père Noël.

« Après avoir passé 13 semaines à l’hôpital, ils m’ont enlevé les amygdales. Ils ont dit que les germes se trouvaient derrière les amygdales, puis tout juste après ils m’ont dit que je pouvais rentrer "chez moi" (à Timmins).

« Brenda était déjà partie et je me sentais très seule. Dans les dernières lettres que j’ai envoyées à mes parents depuis l’hôpital, je leur ai dit que j’étais vraiment gâtée par les infirmières depuis le départ de Brenda. Même un médecin a dû me donner une attention particulière, car j’ai demandé à ma mère si je pouvais l’épouser l’année suivante - même s’il n’était pas aussi bien que papa. »

Mary, la tante de Grace, est descendue de Timmins en train pour venir la chercher et elles ont eu de merveilleuses retrouvailles. Grace a écrit qu’à Timmins, ils étaient comme de petites célébrités. Ils étaient invités à des fêtes et ont été photographiés pour les journaux lorsqu’ils ont installé une table pour vendre de la limonade et des biscuits afin de récolter des fonds pour l’effort de guerre.

Deux ans plus tard, la mère des enfants est venue les rejoindre à Timmins, puis ils ont déménagé à Paris, en Ontario. Leur père est venu les rejoindre après la guerre, lorsqu’il a été libéré, et ils ont bâti leur nouvelle maison à Paris.

« En me remémorant cette période de ma vie, j’ai réalisé l’impact profond qu’elle a eu sur moi, a écrit Grace. Cette période m’a rendue forte et indépendante, et m’a aussi rapprochée encore plus de mon frère et de ma famille. Je pense que cela nous a tous fait apprécier les moments que nous avons pu passer ensemble. »

Nous pouvons retenir beaucoup de choses des souvenirs de Grace : faites-vous de nouveaux amis, portez votre robe de soirée tous les jours si vous le voulez, si vous n’êtes pas malade, aidez les autres comme vous le pouvez et sachez que vous en sortirez plus forts.

Et puis, si vous avez le béguin pour un gentil médecin, ils ont besoin de notre amour par-dessus tout!

Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (S2012.1013.1)