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L'entente avec les sociétés ferroviaires, 1925

En septembre 1925, le gouvernement canadien formalisa une entente avec le Chemin de fer du Canadien Pacifique (CPR) et le Chemin de fer Canadien National (CN) qui permit à ces deux entreprises de contrôler le recrutement et l’établissement d’agriculteurs européens. L’entente faisait partie des efforts du gouvernement à répondre aux besoins croissants de main-d’œuvre au pays.

Alors que l’économie canadienne commençait à rebondir au cours des années 1920, la demande de main-d’œuvre allait croissante. Les autorités canadiennes croyaient au départ que les exigences économiques du pays pouvaient être satisfaites par des agriculteurs et travailleurs industriels canadiens, ainsi que par des immigrants en provenance des États-Unis ou de Grande-Bretagne. Cependant, une pénurie de main-d’œuvre se manifesta rapidement alors qu’un grand nombre de Canadiens immigraient vers les États-Unis et que l’immigration en provenance des États-Unis et de Grande-Bretagne n’atteignait pas les niveaux escomptés. Le problème était amplifié par la règlementation restrictive introduite après la Première Guerre mondiale, qui bloquait l’immigration massive en provenance d’Europe. Afin de soulager cette pénurie, les industries, agriculteurs et entreprises de transport firent pression sur le gouvernement pour qu’il assouplisse sa politique d’immigration afin de permettre l’entrée de personnes en provenance du continent européen.[1]

Le gouvernement du Premier ministre Mackenzie King répondit à ces pressions en signant l’entente avec le CPR et le CN dans le but de faciliter l’établissement d’agriculteurs en provenance d’Europe. En vertu de cette entente, les entreprises de chemin de fer pouvaient émettre des certificats aux immigrants en provenance de pays auparavant désignés comme nations non désirables.[2] Cette mesure entraîna un afflux de travailleurs étrangers en provenance de Lettonie, de Lituanie, d’Estonie, de Pologne, de Russie, de Yougoslavie, d’Allemagne, d’Autriche et de Roumanie. Par contre, les entreprises de chemin de fer étaient avisées de ne pas accepter d’agriculteurs juifs parce que le gouvernement croyait que les personnes juives n’étaient pas de véritables agriculteurs et qu’ils étaient par conséquent peu enclins à demeurer dans les terres.[3] Les immigrants qui ne parvenaient pas à s’établir sur une terre ou à trouver du travail dans une ferme un an après leur arrivée s’exposaient à la déportation aux frais de l’entreprise de transport. La participation du gouvernement fédéral au processus de recrutement et de colonisation se limitait aux examens médicaux et à l’émission des visas.[4]

Alors que l’industrie et les chambres de commerce appuyèrent ces nouvelles mesures, les syndicats et organisations religieuses s’y opposaient fortement. On s’inquiétait de voir l’afflux croissant d’immigrants en provenance d’Europe centrale faire baisser les salaires et diluer le caractère britannique du pays.[5] Les chemins de fer furent en outre critiqués pour leurs transgressions fréquentes des termes de l’entente. Le CPR comme le CN embauchaient régulièrement des immigrants pour travailler dans leurs entreprises, ce qui contrevenait à l’intention déclarée de trouver aux nouveaux immigrants du travail d’agriculteur.[6]

Entre 1925 et 1929, plus de 185 000 personnes en provenance d’Europe centrale émigrèrent en vertu de cette entente.[7] L’entente fut résiliée en 1930, en raison d’un changement de gouvernement, du chômage massif et de la contradiction entre les résultats de la colonisation par les chemins de fer et les objectifs d’immigration du Canada.

Il n’existe pas de version française originale.


  1. Valerie Knowles, Forging our Legacy (« Notre héritage en chantier ») (Ottawa: Travaux publics et Services gouvernementaux, 2000), 55.
  2. Donald Avery, ‘Dangerous Foreigners:’ European Immigrant Workers and Labour Radicalism in Canada, (« Les étrangers dangereux : Les travailleurs immigrants européens et le radicalisme du travail au Canada ») 1896-1932 (Toronto: McClelland and Stewart Limited, 1979), 100
  3. Ninette Kelley and Michael Trebilcock, The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy (« La création de la mosaïque : une histoire des politiques canadiennes d’immigration »), (Toronto: University of Toronto Press, 1998), 200.
  4. Reg Whitaker, Canadian Immigration Policy since Confederation (« Les politiques canadiennes d’immigration depuis la Confédération ») (Ottawa: Société historique du Canada, 1991), 12.
  5. Whitaker, 12-13.
  6. Kelley et Trebilcock, 210-211.
  7. Avery, 101.