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Commission royale sur l’immigration italienne, 1904-1905

La Commission royale sur l'immigration des journaliers italiens et des procédés frauduleux des bureaux de placement fut créée en 1904 pour enquêter sur le récent afflux de travailleurs italiens à Montréal et leur exploitation par des agents d’immigration. En mai 1904, on trouvait à Montréal au moins 6 000 italiens, plusieurs sans emploi même si on leur avait promis une embauche immédiate à leur arrivée au Canada.

Un grand nombre de travailleurs italiens sans spécialité étaient venus au Canada au début du 20ème siècle, provenant surtout de régions économiquement faibles du sud de l’Italie. Bien que le gouvernement ait préféré des immigrants agricoles, les travailleurs non spécialisés étaient aussi bienvenus pour répondre aux besoins de l’industrie. Les migrants italiens se dirigeaient surtout vers Montréal et Toronto, trouvant de l’emploi au chemin de fer et dans les mines. Ces travailleurs n’entendaient pas demeurer au Canada mais prévoyaient y travailler une saison pour gagner assez d’argent pour améliorer leur situation économique en Italie. Ce système de séjour de travail était facilité par des padroni, courtiers en emploi, recruteurs d’Italiens qui travaillaient pour des employeurs canadiens et prenaient en charge leur transport et leur emploi à leur arrivée au Canada. La corruption régnait dans ce système car plusieurs padroni utilisaient des tactiques malhonnêtes et gonflaient les prix pour leur intermédiation, le transport et l’alimentation.[1]

La commission, présidée par le juge John Winchester, se livra à un examen approfondi du système des padrone, concentrant ses investigations sur le puissant padroni montréalais Antonio Cordasco. Depuis 1901, le Chemin de fer Canadien Pacifique (CPR) engageait presque exclusivement des travailleurs italiens par l’entremise de Cordasco. Des témoins affirmèrent que les journaliers italiens ne pouvaient avoir d’emploi au CPR avant d’avoir payé une commission à Cordasco pour arranger leur emploi. Une fois les travailleurs embauchés, des frais supplémentaires pour des fournitures et des aliments étaient déduits de leur revenu et payés directement à Cordasco. Les prix exigés par Cordasco étaient plus élevés de 60 à 50 % que les coûts réels.[2]

Cordasco incitait les travailleurs Italiens à venir au Canada par le biais d’annonces insérées dans des journaux italo-canadiens diffusés en Italie, leur promettant un emploi immédiat à leur arrivée au Canada. En 1904, Cordasco recruta plus d’hommes que n’en demandait le CPR, créant un afflux de travailleurs italiens à Montréal. Bien que connaissant ce surplus de main d’œuvre, Cordasco continuait à exiger des commissions des migrants italiens nouvellement arrivés, sous le fallacieux prétexte de leur trouver un emploi.

Dans son rapport final, le juge Winchester recommanda que la ville de Montréal adopte un règlement exigeant que tous les agents et bureaux d’immigration obtiennent une licence avant de pouvoir poursuivre leurs affaires. Dans la foulée de la commission, le CPR congédia Cordasco de son poste de recruteur de travailleurs italiens.[3] Bien que la commission ait effectivement mis un terme à la carrière de padroni de Cordasco, le système lui-même demeura intact. Les grandes entreprises employant des travailleurs temporaires italiens continuèrent à recourir à des padrone pour trouver de la main-d’œuvre italienne à faible coût.[4]

Il n’existe pas de version française originale.

Bibliothèque et Archives Canada. Rapport de la Commission royale sur l'immigration des journaliers italiens et des procédés frauduleux des bureaux de placement


  1. Ninette Kelley and Michael Trebilcock, The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy (« La création de la mosaïque : une histoire des politiques canadiennes d’immigration »), (Toronto: University of Toronto Press, 1998), 139-140.
  2. Gunther Peck, “Reinventing Free Labor: Immigrant Padrones and Contract Laborers in North America, 1885-1925,” (« Réinventer le travail gratuit : les immigrants padrones et les travailleurs sous contrat en Amérique du Nord ») The Journal of American History/Journal de l’histoire américaine 83, no. 3 (Décembre 1996): 858.
  3. Peck, 866.
  4. Robert F. Harney, “Montreal's King of Italian Labour: A Case Study of Padronism,” (« Le roi de la main- d’œuvre italienne à Montréal : étude de cas sur le padronisme ») Labour / Le Travail 4 (1979): 81.