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Giovanni Guglietti

Cliquez ci-dessous pour visionner l'histoire d'immigration de Giovanni :

Transcription:

Narrateur (N) : Dès son jeune âge, Giovanni savait qu’il en demandait plus à la vie. Il savait qu’il devrait quitter le seul endroit qu’il n’ait jamais connu.

Giovanni Guglietti (GG) : Le plus grand problème, c’est que j’étais l’aîné. Et je grandissais à vitesse grand V. Nous devions quitter Italie.

N : À l’âge d’à peine seize ans, Giovanni fit ses adieux à sa mère, monta dans un bus qui l’emmena vers la mer pour effectuer son courageux voyage vers Canada.

GG : –Mon père, parce que je voulais quitter l’Italie…

Mais, étant l’aîné de la famille, je regardais toujours ailleurs. Pas moyen de survivre ici. Et à cette époque, l’Italie n’était pas un pays où on pouvait trouver un emploi ou quoi que ce soit. Il n’y avait pas de travail. En plus, nous ne vivions pas dans une ville, mais à l’extérieur. Nous étions traités différemment. Même si vous faisiez des études, si vous étiez le fils d’un avocat, ou de quelqu’un d’important – vous aviez une petite chance d’aller plus loin. Mais là où nous étions, il n’y avait pas moyen d’y parvenir. Même si vous alliez dans de bonnes écoles, vous ne pourriez jamais devenir avocat. C’était comme ça.

GG : Donc, dès le jeune âge, on comprenait ça. Si on était un peu intelligent, vous voyez. Alors, j’insistais comme un fou auprès de mon père. Et la seule façon de quitter l’Italie aurait été que mon père parte le premier parce qu’il vous fallait de la parenté pour venir au Canada. Vous deviez avoir de la famille. Mon père et moi avons trouvé une de nos tantes qui vivait ici.

GG : En parlant avec des gens qui étaient déjà là, j’ai pensé que c’était une bonne place. J’ai insisté auprès de mon père. Je lui ai dit : « Vas-y le premier pour six mois. Tu n’as pas besoin de rester plus longtemps ». Il m’a appelé, puis il est revenu avec nous. Mon père (inintelligible) – il avait près de cinquante ans, et il ne voulait pas aller ailleurs. Il était bien où il était. Mais j’ai tenu bon. Nous avons fini par venir au Canada. Dès son arrivée, il a fait une demande pour amener un des siens. C’était moi. Mais nous n’avions pas d’argent. Le voyage coûtait très cher. Nous avons vendu quelques vaches.

GG : Ma mêre, Eslira Varano (??) a pris tout ce que nous avions, quoique ce soit et alors, elle a pu payer le voyage vers le Canada. Je n’avais plus que vingt lires, très peu de lires, dans ma poche. Mais dans le navire, j’ai pris l’habitude de monter vers la première classe, parce qu’en bas, on ne pouvait pas respirer. Alors, j’ai trouvé un moyen d’y aller. (rire) Ils ne vous laissent pas passer, mais j’ai trouvé un moyen de tricher. Je suis allé au bar des premières classes. Parfois, des filles, quelques-unes, mais pas beaucoup, me donnaient de l’argent. J’ai dépensé ces quelques dollars et le peu de lires que j’avais dans ma poche. Quand je suis arrivé à Halifax, je n’avais plus rien.

N : À son arrivée à Halifax, au milieu d’un terrible hiver, Giovanni a eu son premier aperçu de la vie au Canada.

GG : Ils ont regardé mes affaires, et le train n’était pas payé. Que faire ? Le train allait partir dans 10 minutes. Le train allait partir. Alors tous les autres partiraient. Nous étions assis dans la salle et les gens commençaient à embarquer. Mon passage n’était pas payé. Il y avait là un prêtre, et d’une certaine manière, il avait pitié de moi. Je ne parlais pas anglais, je ne connaissais rien. Et il m’a donné dix dollars. Et il a payé mon passage, c’était huit dollars pour le voyage de Halifax à Toronto. Alors, j’ai pu monter dans le train. Ils avaient ce pain – parce qu’en Italie, nous avions du pain consistant. Ce pain était fait de blé et d’un peu de maïs. C’était un pain très dense. Mais à bord de ce train, ils avaient cette espèce de pain, vous faites comme ça, (il frappe ses mains l’une contre l’autre écrasant le « pain »). Alors, je me suis dit : « Comment allons-nous survivre ici ? »

GG : Et mon père travaillait. Il est venu m’accueillir. Quand je lui ai dit ce que j’avais dû faire, il a pris l’argent en disant : « Donne-moi ça ». Il l’a remis au prêtre. Le prêtre m’a redonné deux dollars. Je ne l’ai jamais donné à mon oncle. Bon, je ne m’en rappelle pas, peut-être que je l’ai fait. Je ne sais pas.

GG : Oh, il y a de l’avenir ici. Notre avenir était ici. Peu importe, on pouvait voir ça d’une façon ou de l’autre. Ils l’ont compris très tôt, car nous parlions à propos d’autres personnes. Nous cherchions quelque chose. Nous savions qu’il y avait des opportunités ici, car, même quand j’étais en Italie, à six ans, je parlais à des gens qui étaient venus ici auparavant. Ils revenaient en Italie, mais ils vivaient ici. Et ils en parlaient. Ils avaient l’habitude de raconter quelle vie ils avaient ici, quelle sorte de chance vous aviez ici. Si vous vouliez avancer, la route était ouverte devant vous. En Italie, il n’y avait rien. Puis les guerres, terminées en 38 et finies en 45. Pendant que je grandissais. Moi, comme d’autres garçons, mon beau-frère Fred – et cinq autres personnes (??). Nous n’avons pas grandi à une mauvaise époque.