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Familles

Addolorata Salvatorelli-Di Falco
May 1954

Traduit du texte original en italien par Addolorata Salvatorelli-Di Falco

Mon nom est Addolorata Salvatorelli-Di Falco. Je me suis mariée à Giuseppe Di Falco le 28 octobre 1939. Mon mari et moi avons vécu dans la même ville et nos familles étaient des amis de longue date. Nous travaillions à une ferme locale. Après notre mariage, nous nous sommes installés chez ma belle-mère qui était veuve, son mari ayant été tué au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Trois des frères de mon mari ont pu quitter l'Italie avant la Deuxième Guerre mondiale pour immigrer au Canada, mais avec l'avènement de la guerre, l'émigration a cessé. La vie était difficile dans les petites villes après la Deuxième Guerre mondiale, et avec quatre filles et une dot prévue pour chacune, il nous a semblé mieux d'émigrer nous aussi. Mon mari est venu au Canada en août 1951 pour donner à sa famille une vie meilleure. Mes quatre filles et moi avons immigré au Canada en 1954.

Nous sommes partis de Vasto, dans la province de Chieti en Italie. Nous avons quitté Vasto le 12 mai pour nous rendre à Naples où nous sommes montées à bord d'un navire en partance pour le Canada. Ce bateau, le Saturnia, a accosté dans plusieurs villes telles que Gênes, Barcelone et Gibraltar, pour finalement arriver à Halifax le 27 mai 1954. Le voyage était très agréable, même si Grazia et Gemma ont été malades durant la traversée. En Italie, j'ai dû quitter mes parents, mes deux sœurs et un frère. Il m’a été très difficile de quitter ma famille, mais je devais être forte parce que j'avais quatre filles très jeunes dont je devais bien m’occuper : Angela, 13 ans; Grazia, 11 ans; Maria Paola, 8 ans et Gemma, 6 ans.

Quand nous sommes arrivées à Halifax, nous avons dû passer par la douane. Cela s’est avéré assez difficile parce que je ne comprenais rien à l’anglais et, bien sûr, eux ne comprenaient pas l'italien. Un prêtre catholique qui attendait avec nous décida de m'aider. En quittant le Quai 21, on pouvait voir une toute petite maison où nous sommes tous allés pour acheter du pain à manger et un pot de confiture. Comme j'avais soif, j’ai demandé qu’on me donne un verre d'eau. Bien sûr, personne ne me comprenait, alors on m'a donné autre chose sans que je sache ce que c'était et, quoi que cela eût été, mon estomac ne l’a pas beaucoup apprécié… je me suis sentie malade par la suite, mais peut-être était-ce parce que j'avais trop faim et que je ne m’en rendais pas compte.

Le train que nous devions prendre d’Halifax à Toronto n'était pas très beau; il était vieux et pas confortable du tout. C'était un train exclusivement pour immigrants. Un homme m'a aidée à ouvrir le siège afin que je puisse mettre mes filles au lit. Le trajet était très agité, nos corps étaient secoués et mes enfants avaient très hâte d'arriver à Toronto pour voir leur père qu’ils n’avaient pas vu depuis trois ans. Mais elles se sont très bien comportées durant tout le trajet.

Après deux jours et trois nuits, nous sommes arrivés à Toronto. Je ne pouvais pas encore voir mon mari parce qu'il n’était pas autorisé à venir directement dans la gare. Un homme est venu me voir pour m’offrir son aide. Il s’agissait d’un ami de mon mari qui était de notre ville natale, Vasto, mais que je ne connaissais pas. J'avais peur de le suivre, mais il m'assurait qu'il était un ami – et c’était le cas. Panfilo DeFilippis, tel était son nom, me dit que mon mari nous attendait en avant de la gare. Je l’ai donc suivi jusqu’à mon mari pour que ma famille soit de nouveau réunie. Les enfants étaient ravis de voir leur père; beaucoup d’étreintes et de baisers ont été donnés. Nous sommes allés à la maison de mon beau-frère pour dîner (Michele Di Falco), où nous avons trouvé le reste de la famille. Mon mari avait trois frères, ici au Canada; quant à moi, j’avais une sœur, Rosa, et son mari, Nicola, qui étaient arrivés bien avant mon frère, un autre Nicola, son épouse Antonietta et moi.

Après le dîner, mon mari nous a conduits à notre nouvelle maison, un appartement de deux chambres sur l'avenue Eglinton, près de la rue Bathurst, où la plupart des voisins étaient juifs. Mon mari a eu un mal fou à nous trouver une maison parce qu'il avait quatre enfants et que personne ne voulait louer à une famille aussi grande. Il devait payer 125 $ par mois pour cet appartement. Mon mari avait un emploi, mais son salaire n'était pas très bon et la majeure partie servait à payer le loyer trop élevé. Il n’était pas facile pour notre famille de vivre dans un appartement. Après 10 mois, toutes ses économies durement gagnées étaient épuisées et nous avons décidé de voir si nous pouvions acheter une maison. Après avoir parlé à beaucoup de gens et avoir demandé de l'aide, le frère aîné de mon mari nous a prêté l'acompte et pour le reste, nous avons pu obtenir un prêt hypothécaire auprès de la banque. Mon beau-frère avait sa propre entreprise, mais les choses étaient difficiles à l'époque (pas beaucoup de travail et d'argent). Il s’agissait donc d’un sacrifice pour lui aussi. Nous avons acheté notre maison en février 1955. Il s’agissait d’une très vieille maison nécessitant beaucoup de réparations. Ces réparations ne pouvaient être faites dans un avenir proche en raison du manque d'argent, mais peu à peu, les choses se sont améliorées. Durant nos trois premières années, nous n'avions pas de télévision, pas de réfrigérateur, pas de machine à laver… nous avions une petite radio et je fabriquais les vêtements de mes enfants autant que je le pouvais. Le salaire de mon mari étant bas, j'ai décidé de travailler pour aider la famille. Je travaillais à la maison à coudre des vêtements de poupée, mais après un certain temps, j’ai dû abandonner, car je devais me rendre trop loin pour aller chercher et porter les vêtements. Par la suite, j'ai commencé à coudre des chemisiers à la maison, lesquels m’étaient apportés et qu’on venait récupérer. Après un moment, j'ai dû abandonner ce travail également et je me suis mise à travailler dans une usine de produits métalliques. Mais cela n'a pas fonctionné très longtemps, car j’ai eu une réaction chimique sur mes mains et j’ai été malade pendant une longue période. Ma famille était grande et elle avait besoin de moi, alors je suis restée à la maison pour prendre soin d’elle. La situation s'est lentement améliorée et, quelques années plus tard, en guise de cadeau de Noël pour toute la famille, nous avons acheté un téléviseur.

En 1957, mon mari, tous nos enfants et moi-même sommes devenus citoyens canadiens.

Sept ans après l'achat de notre maison, nous avons pu rénover la cuisine. Entre-temps, d'autres familles de notre ville étaient arrivées au Canada. Il était bon d'avoir de l'aide et du soutien de la famille et des amis pendant que nous nous efforcions de faire partie de ce nouveau pays.

Dès mon arrivée au Canada, j'ai réalisé à quel point il était difficile pour moi de communiquer dans ce nouveau pays. J’ai donc décidé d'apprendre la langue du mieux que je pouvais. Mes enfants apprenaient la langue et m’aidaient à leur tour à l’apprendre. Bientôt, je pouvais assez bien parler l’anglais et n'avais plus besoin de traducteur pour la plupart des choses.

Les années passèrent et la famille grandit. Mes filles commencèrent à travailler et finirent par se fiancer. Ma deuxième fille, Grazia, se maria en mai 1963, ma première fille, Angela, en août 1963, Gemma, en mai 1967, et Maria Paola, en avril 1970.

Mon mari est décédé le 31 juillet 1975, après avoir été malade pendant deux ans d'un cancer de la prostate. Depuis 1973, je vis chez ma fille Maria Paola; j'y ai mon propre espace et je prends soin de moi-même. J'ai rejoint un club de langue anglaise pour personnes âgées en septembre 1976, après le décès de mon mari, et j’en suis toujours membre. J'ai neuf petits-enfants et 10 arrière-petits-enfants. Je suis maintenant âgée de 86 ans et je vais très bien.