Monica Forberger

Général

Mon père hongrois, ma mère allemande et moi sommes arrivés sur ce que nous avons plus tard appelé « cette espèce de coquille de noix flottante », après une traversée pitoyable de Naples, en Italie. Il y avait plus de 300 personnes entassées dans tous les coins et recoins du navire; les hommes étaient séparés des femmes, et bien que nous étions des « immigrants », car mon grand-père maternel avait payé pour notre passage, nous partagions l’espace avec des centaines de personnes déplacées, dont la plupart avaient des histoires de catastrophe et de privation.

Le navire a manqué d'eau douce, et je me souviens avoir dû boire du cacao fait à base d'eau salée. Il n'y a eu que trois personnes à bord qui n'ont pas souffert du mal de mer : ma mère, le pasteur et l'un des membres d'équipage. Même le capitaine tomba malade durant ce terrible voyage.

Lorsque nous sommes arrivés à Halifax, nous avons été accueillis dans l'immense générosité des Canadiens. Je n'avais pas de chaussures, ma dernière bonne paire de chaussures de cuir allemand avait été volée dans notre wagon, alors que nous étions sur le point de quitter Naples. On m’a offert une paire de sandales blanches que je trouvais bien élégantes. Elles étaient bien un ou deux points trop grandes pour moi, mais je les adorais ! Mes premières chaussures canadiennes.

Je me souviens de l’activité frénétique qui régnait sur le Quai pendant que mes parents obtenaient les papiers nécessaires et préparaient la famille pour un voyage en train à travers le pays, à destination de Taber, en Alberta ! Mon père, qui était agronome de profession, a commencé à travailler en aidant à la récolte de blé pour un agriculteur hongro-canadien.

Pendant que mes parents s’occupaient des arrangements, ils m’ont laissée surveiller notre seule et unique malle contenant toutes nos possessions. Elle se trouvait au beau milieu de l'allée dans le train et je me souviens que tout le monde devait se frayer un chemin autour de cette fameuse malle et moi. Un soldat canadien, de retour chez lui après son service, m'a donné un des plus cadeaux que je n’avais jamais reçu : une boîte de chocolat Celenos de Paulene. Je pense que j'avais déjà mangé la moitié de la boîte remplie de ces petits délices de noix de Coco enrobés de chocolat quand mes parents sont revenus, papiers en main et m'ont arrêtée de me rendre malade.

Au cours du voyage de quatre jours en train, je suis devenue très malade avec une fièvre de 104 degrés Fahrenheit. Rendus à Montréal, un médecin a été appelé, mais quand il est arrivé à bord, une autre mère avec un enfant malade nous a devancés et a sollicité les services du bon docteur. D'une certaine manière ma mère et mon père, avec l'aide d’un employé du train, ont réussi à faire passer ma crise et nous sommes arrivés à Medicine Hat, unis et souriants.

Mon père a poursuivi son chemin vers Taber pour y travailler, tandis que ma mère et moi avons trouvé refuge chez une veuve de guerre canadienne. Mais ce fut un séjour très court car l’emploi de mon père n’a duré qu’une semaine. L’agriculteur a vite compris que mon père était totalement inapte à tout travail physique. Sous les auspices de l'Église catholique hongroise, mes parents se sont fait offrir des emplois auprès de la famille d’un neurologue réputé de l'hôpital général de Calgary. C'est là que nous nous sommes vraiment intégrés à une famille canadienne, qui était en fait d’origine anglaise, de cinq enfants qui sont devenus des amis et mentors et un médecin et sa femme qui m'ont fait sentir comme faisant autant partie de leur famille que leurs propres enfants.