TOUT LE MONDE À BORD !

par Jan Raska PhD, Historien
(Mise à jour le 5 novembre 2020)

Introduction

Bienvenue sur mon premier blogue du Musée canadien de l'immigration du Quai 21 ! J'aimerais aujourd'hui partager une petite partie de notre collection avec vous. Recherchant des détails historiques intéressants, je suis tombée sur les menus pour enfants de navires et de trains datant des années 1940 et 1950. Ces menus constituent une fenêtre unique sur la façon dont le transport de passagers a évolué suite à la Deuxième Guerre mondiale.

Les compagnies de transport d’aujourd’hui s’adressent de plus en plus aux jeunes passagers en faisant la promotion de leurs services et produits auprès d’eux et de leurs parents. Les jeunes d'aujourd'hui détiennent plus de pouvoir de consommation que ceux des générations précédentes. Durant la période immédiate de l'après-guerre, la majorité des déplacements entre l'Europe et le Canada se faisaient par bateau. Par la suite, le transport aérien est devenu plus accessible avec plus d'itinéraires, moins de temps passé en transit et une baisse des tarifs; les passagers délaisseront alors peu à peu les navires et les trains. Mais pendant des décennies précédant cette transformation, les navires et les trains sont demeurés indispensables aux déplacements. De nombreuses personnes et de nombreuses familles ont voyagé par bateau et sont passées par le Quai 21 : des soldats canadiens revenant au pays, leurs épouses de guerre, des immigrants européens et des réfugiés cherchant une vie meilleure.

Les compagnies de transport et les menus pour enfants de l’après-guerre

Dans les années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale, les sociétés de transport telles que la Cunard White Star Lines, le Canadien National (CN) et le Canadien Pacifique ont décidé de produire des menus pour les enfants voyageant à bord de leurs navires et de leurs trains. Afin d’attirer les voyageurs potentiels, les compagnies de transport ont réalisé qu’il était essentiel d’illustrer les services qu’elles offraient et l’expérience de voyage à l’étranger pour inciter les clients payants à les choisir plutôt que leurs concurrents.

En mai 1945, les passagers du SS Duchess of Bedford (exploité par la Canadian Pacific Steamships Limited) allaient recevoir un menu de navire dont la couverture comportait un message de bienvenue de la part du capitaine H.S. Knight et de son équipage leur souhaitant « … un avenir couronné de succès au Canada ». Le 17 mai 1945, le navire quitte le port de Liverpool, en Angleterre. Pendant le voyage de dix jours sur l'océan Atlantique, un goûter était proposé aux enfants à bord : poulet et jambon hachés à la crème, œufs à la coque, gelée de fraises avec de la crème, crème glacée à la vanille, gâteau de pêches à la crème, biscuits, pain et beurre, confitures, lait frais, thé ou lait au chocolat, et oranges.[1]

Page couverture à l'ancienne d'un menu de navire sur laquelle se trouve un drapeau rouge et blanc, ainsi que le nom du navire et de son capitaine.
Le menu du SS Duchess of Bedford, mai 1945
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2019.178.10)
Un ancien menu de navire ouvert. Ses pages montrent une liste des passagers et un menu pour les enfants.
Menu du goûter pour enfants à bord du SS Duchess of Bedford, mai 1945
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (R2014.34.5)

Certains aliments offerts nous donnent un aperçu de la préparation culinaire ainsi que des choix et des habitudes alimentaires des années 1940. Les aliments énumérés précédemment constituaient une bonne source de vitamines, de protéines et de minéraux, mais comportaient également des choix lourds en graisse et en sucre. Aujourd'hui, combien d'enfants mangeraient du poulet et du jambon hachés à la crème ? Le Canadien Pacifique offrait aussi des aliments pour bébés qui pouvaient être « obtenus sur demande au steward ou à l'hôtesse… ». Le navire offrait des choix santé pour les jeunes passagers. Parmi les choix offerts, on retrouvait des légumes en purée, du lait frais, de l'Ovaltine (boisson maltée au chocolat), du jus de tomate et du Bovril, pour n'en nommer que quelques-uns.[2] Le 26 mai, le navire a atteint les côtes canadiennes et accosté au Quai 21, à Halifax.

Page d'un ancien menu de navire sur laquelle se trouve une liste d'aliments pour bébé que l'on retrouve à bord, comme de l'ovomaltine, de l'Horlicks, de la gelée de pattes de veaux et du Bovril.
Aliments pour bébé offerts à bord du SS Duchess of Bedford, mai 1945
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (R2014.34.5)

En mars 1946, à bord du RMS Mauritania de la Cunard White Star, les jeunes passagers pouvaient profiter d’un « tea party » pour enfants avec l’invitation suivante: « Hickory, Dickory Dock, We start at 3.30 o’clock. » Le menu du navire comprenait : des sandwiches à la confiture de fraises, du gâteau aux fruits, des gelées, des biscuits, de la crème glacée, du lait frais, du thé et des oranges. Sous le choix des aliments se trouvait un petit poème :

Sur l'océan nous naviguons,
Et, même si nous sommes tout petits,
Bientôt nous retrouverons,
Nos papas sur nos terres neuves

– Canada (5 mars 1946)[3]

Les compagnies de transport publient des dépliants pour les jeunes voyageurs

La même année, le CN a publié un menu destiné aux enfants dans ses voitures. La première page comportait une illustration d'enfants bien habillés s'amusant et mangeant dans la voiture-restaurant du train.

Menu de train à l'ancienne dont le titre a été conçu pour des enfants. On y voit une illustration de passagers assis à une table de la voiture-restaurant.
Le menu pour enfants des voitures du CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.1)

Les pages intérieures de la brochure du menu contenaient des illustrations et une histoire romancée sur le CNR et les carrières possibles dans les chemins de fer pour que les enfants puissent les admirer. On y retrouvait les professions de porteur, d'ingénieur, de conducteur, de portier, de steward et de serveur. La brochure du menu informait également les passagers adultes des différents services proposés, de la montée dans le train à la manutention des bagages, en passant par l’aménagement des wagons-lits.

Livret se trouvant à l'intérieur d'un menu de train à l'ancienne. Il contient une histoire avec images au sujet d'un petit garçon voyageant par train.
Pages intérieures du menu, CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.1)
Livret se trouvant à l'intérieur d'un menu de train à l'ancienne. Il contient une histoire avec images au sujet d'un petit garçon voyageant par train.
Pages intérieures du menu, CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.1)

Le CN demandait à ses passagers d'informer le directeur de « l'efficacité exceptionnelle des employés des voitures-lits, de la voiture-restaurant et de la voiture-salon [afin qu'ils soient]… reconnus pour leur travail… »

Pour les petits garçons et les petites filles, le CN offrait des menus de déjeuner, de dîner et de souper. Les aliments les plus chers figuraient au menu du souper et coûtaient 0,50 $. Parmi les aliments offerts, on retrouvait des œufs brouillés, du pain brun beurré, des tranches de poulet froid, de la crème glacée, du lait et du lait au chocolat. Les aliments les plus abordables figuraient au menu du petit déjeuner : choix de fruit ou bol de céréales pour 0,25 $.[4]

Menu pour enfants à l'ancienne montrant les options pour le déjeuner, le dîner et le souper.
Menu des « petits garçons et des petites filles », CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.1)

En 1948, le menu pour enfants du CN comportait les illustrations d'un petit ours grimpant à un arbre, faisant une sieste dans la voiture-lit, s'amusant, puis traversant les voies ferrées. La dernière page du menu montrait l'ours servant le repas à une petite fille aux cheveux blonds assise à une table où se trouvaient deux fourchettes, deux couteaux et une cuillère. Le prix du souper était passé de 0,25 $ en 1946 à 0,85 $ deux ans plus tard pour les mêmes aliments.[5]

Recto d'un menu de train à l'ancienne. La page couverture montre un ours de bande dessinée portant une bavette et assis à une table.
Menu pour enfants dans la voiture du CN, couverture page, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.2)
Verso d'un menu de train à l'ancienne. La page arrière montre le même ours servant de la nourriture à une petite fille blonde.
Menu pour enfants dans la voiture du CN, dernière page, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.2)
Menu à l'ancienne ouvert à la page du centrale. On y voit des éléments du menu et la liste est entourée d'illustrations d'ours grimpant des arbres.
Menu pour enfants dans la voiture du CN, 1948
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.2)
Encart ouvert provenant d'un menu à l'ancienne. Il contient une histoire et de belles illustrations d'un jeune ours s'adonnant à diverses activités.
Histoire figurant au menu pour enfants dans la voiture du CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.2)
Encart ouvert provenant d'un menu à l'ancienne. Il contient une histoire et de belles illustrations d'un jeune ours s'adonnant à diverses activités.
Histoire figurant au menu pour enfants dans la voiture du CN, 1946
Crédit : Collection du Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2016.147.2)

En avril 1953, le RMS Ascania offrait un menu intitulé « Fête pour enfants » et combinait certaines de ses offres à des personnages fictifs bien connus des enfants. Par exemple, les pêches à la crème étaient associées au petit chaperon rouge, alors que les tartes aux fruits appartenaient à la Reine de cœur d'Alice au pays des merveilles et le gâteau de fête, au prince charmant.[6]

En mai 1957, les jeunes passagers à bord du MS Johan van Oldenbarnevelt se sont fait offrir de la soupe à la tomate, des marmelades, des confitures, du fromage, du thé et du lait. Pour dîner, il leur était possible d'acheter de la soupe minestrone, de la morue cuite, des pommes de terre et de la salade. Pour souper : de la saucisse assaisonnée, des pommes de terre, du fromage Gouda, du beurre d'arachide, du sirop de pomme, du thé, du lait, du chocolat et du maïs soufflé. Une riche sélection ![7]

Conclusion

Les menus des navires et des trains nous donnent un aperçu de l'histoire du transport de passagers, de sa commercialisation, ainsi que des habitudes alimentaires de l'époque. Au cours des dernières décennies, les modes de transport ont radicalement changé. Dans les années 1940, les voyages en bateau constituaient le moyen le plus abordable et efficace de venir au Canada depuis l'Europe. En arrivant sur le sol canadien au Quai 21, des immigrants européens, des réfugiés, des soldats et des épouses de guerre devaient monter à bord de trains pour poursuivre leur voyage vers de multiples destinations un peu partout au Canada.


  1. Le menu pour enfants dans le Canadian Pacificique, mai 1945, Collection du Musée canadien de l'immigration du Quai 21 (ci-après MCI) (DI2019.178.10).
  2. Le menu du goûter pour enfants du SS Duchess of Bedford, mai 1945, Collection du MCI (R2014.34.5).
  3. Le menu du RMS Mauritania, mars 1946, Collection du MCI (DI2016.554.1).
  4. Le menu pour enfants des Canadien National (ci-après CN), septembre 1946, Collection du MCI (DI2016.147.1).
  5. Le menu pour enfants du CN, septembre 1946, Collection du MCI (DI2016.147.2).
  6. Le menu pour « Children’s Party » offerts à bord du RMS Ascania, 29 avril 1953, Collection du MCI (DI2014.278.50).
  7. Le menu du MS Johan van Oldenbarnevelt, 27 mai 1957, Collection du MCI (R2014.89.1); Le menu du MS Johan van Oldenbarnevelt, 27 mai 1957, Collection du MCI (R2014.89.2); Le menu du MS Johan van Oldenbarnevelt, 27 mai 1957, Collection du MCI (R2014.89.3).
Author(s)

Jan Raska, PhD

Un homme se tient devant des étagères de livres allant du sol au plafond.

Dr. Jan Raska est un historien au Musée canadien de l’immigration du Quai 21. Il est titulaire d’un doctorat en histoire canadienne de l’Université de Waterloo. Il est le conservateur d’anciennes expositions temporaires du Musée, dont Safe Haven : Le Canada et les réfugiés hongrois de 1956 et 1968 : le Canada et les réfugiés du printemps de Prague. Il est l’auteur de Czech Refugees in Cold War Canada: 1945-1989 (Presses de l’Université du Manitoba, 2018) et co-auteur de Quai 21 : Une histoire (Presses de l’Université d’Ottawa, 2020).