Besoin de communauté? Pensez au rugby.

Un couple d’âge moyen se tient debout avec une jeune femme portant un uniforme de Rugby Canada, sur un terrain. Ils tiennent une pancarte sur laquelle on lit « Go Fabi Kiki Fabulosa ».

Santiago Forteza avec sa femme Sophie et sa fille Fabiola après un match de l’équipe du Canada contre le Pays de Galles à Halifax, le 27 août 2022. Avec l’aimable autorisation de Fabiola Forteza.
 

Santiago Forteza est arrivé à Québec sans parler français. Il était venu de Buenos Aires pour commencer sa maîtrise à l’Université Laval en 1988.

« On m’avait nié la possibilité de suivre le programme parce que je parlais pas français », dit-il.

Il s’est donc inscrit à un cours de français d’été proposé par l’Université Laval. Au bout d’une semaine, il est allé voir le directeur du programme : « Puis je lui ai parlé en français... Il a dit : "Bon, si après une semaine tu peux me parler... on va te donner l’admission au programme." »

Ne pas connaître la langue est une chose. Ne pas connaître de gens, c’en est une autre.

Une vieille photo d’un jeune homme portant un gilet de rugby rayé bleu et gris.

Santiago Forteza en Argentine, en avril 1978. Photo avec l’aimable autorisation de Santiago Forteza.

Dans le journal, il a lu qu’un nouveau club de rugby, le Rugby olympique Club de Québec (ROCQ), compter démarrer.

Santiago avait déjà joué, au secondaire, en Argentine, où il avait été capitaine de son équipe. La camaraderie était contagieuse.

Le ROCQ comptait s’entraîner sur les plaines d’Abraham, site de la bataille cruciale de 1759 entre les forces anglaises et françaises pour le contrôle de ce qui s’appelait alors la Nouvelle-France.

Le rugby, d’origine britannique, est pratiqué au Québec depuis 1864, mais il s’agit principalement d’un sport anglophone, qui ne s’était pas encore implanté dans la capitale provinciale.

L’équipe, le premier club de rugby de l’ère moderne à Québec, a été fondée par un homme originaire de France (un pays avec une longue histoire de rugby, connu pour jouer dans un style flamboyant excitant connu sous le nom du French Flair).

Équipe internationale

Les joueurs du ROCQ venaient d’un peu partout. Outre quelques personnes originaires de l’Ontario et de l’ouest du Canada, « on avait des Américains, dit Santiago. On avait des Africains, on avait un Roumain, moi, il y avait un Chilien, un Uruguayen, il y avait des Français évidemment. On était tous pas mal des étrangers. »

Il y avait aussi quelques Québécois qui, bien que novices en la matière, avaient joué au football canadien (un jeu qui s’est en fait développé à partir du rugby au début du 20e siècle).

Un sport étranger

Le rugby est un sport particulier. Ses praticiens et ses supporters sont passionnés, et cette passion va au-delà du terrain de jeu.

Le saviez-vous?

L’équipe féminine canadienne de rugby a entamé la Coupe du monde de rugby de cette année en se classant au deuxième rang mondial?

La Coupe du monde de rugby se déroulera du 22 août au 27 septembre 2025.

Les nouveaux arrivants qui se joignent à un club se trouvent immédiatement avec un grand groupe d’amis. Et les liens vont au-delà du club. La coutume veut qu’après 80 minutes de jeu physique brutal, les équipes adverses se retrouvent souvent pour manger, boire et socialiser pendant ce que l’on appelle la « troisième moitié ».

Pour Santiago, jouer avec le ROCQ l’a aidé à s’intégrer et à créer des liens. Le jeu lui a permis d’apprendre le français et de rester actif. Il a ajouté à l’équipe un style de jeu sud-américain, qui met l’accent sur les coups de pied. Près de 40 ans plus tard, il voit encore ses anciens camarades de club lors de matchs et d’événements locaux liés au rugby.

La prochaine génération

La fille de Santiago, Fabiola, joue avec l’équipe nationale canadienne de rugby depuis 2016 et également avec les Lionnes du Stade Bordelais en France où elle a remporté les championnats nationaux pendant trois années consécutives. Son talent a tout de suite été évident et, bien qu’elle ait joué au soccer de haut niveau, le côté physique du rugby l’attirait.

L’équipe nationale n’est pas seulement composée de personnes originaires de partout au pays, mais leurs parents sont aussi immigrants du monde entier. Parmi les pays d’origine, on compte la Chine, la République démocratique du Congo, les Samoa, le Nigeria, le Mexique, la Jamaïque, les Pays-Bas, la Palestine, le Chili, la Colombie et le Royaume-Uni. Selon Fabiola, « la diversité de nos origines et de nos parcours est aussi notre force. »

C’est un groupe très soudé. « C’est sûr que de jouer pour son pays, c’est toujours un grand honneur, mais je dirais jouer pour son pays avec ses amis, c’est encore mieux », dit Fabiola.

Même au plus haut niveau de performance du sport, la communauté et la camaraderie sont des valeurs fondamentales.

« Pour moi, c’est― pour moi, c’est juste un privilège d’être entourée de personnes aussi résilientes, de personnes aussi déterminées avec moi, au quotidien, puis ça me fait pousser davantage. Donc, pour moi, c’est sûr, représenter le Canada, c’est juste de partager des moments exceptionnels, des émotions exceptionnelles avec des gens que j’aime. »