Skip to the main content

Al and Agnes Kolarik
Alois, Anezka

Located at Column 181, Row 7

Biographie personnelle

Arrivant à titre de : Immigrant
Pays d'origine : Tchécoslovaquie
Nom du navire : T.S.S. Nea Hellas
Port d'entrée : Quai 21, Halifax, Nouvelle-Écosse, Canada
Date d'arrivée : 23 avril 1949
Âge à l'arrivée : Alois - 30 ans, Anezka - 24 ans

Voici l'histoire de la fuite vers la liberté d'Alois et Anezka Kolarik. Elle a été rédigée par Pauline Williams (Kolarik), leur fille, qui a recueilli la majorité de l'information dans leurs récits, leurs entrevues, des documents historiques et de la recherche. Bon nombre de détails ont été tirés des mémoires d'Alois, qu'il a écrites à 92 ans. Il a commencé à écrire sa biographie le 20 janvier 2011 et a à peine déposé sa plume avant de terminer le 27 février 2011, quelque 50 pages plus tard. Il savait que le temps filait. Six mois plus tard, Alois est décédé.

Voici une histoire de force, de courage, de persévérance, de foi, de survie, de sacrifice et de générosité.

Alois Kolarik est né le 23 août 1919 dans le petit village de Pozlovice, en Tchécoslovaquie centrale. Le nom de sa mère était Zofia; son père s'appelait Josef. Alois était le cadet de sept enfants : Rozalie, Anezka, Joseph, Marie et Jan. Une petitie soeur Frantiska est décédé à l'âge de deux ans en 1911, et son père Josef est décédé en mai 1919, juste avant la naissance d'Alois.

En 1939, à l'âge de 20 ans, Alois venait tout juste de finir l'école de commerce. Après bien des difficultés, il a obtenu un emploi chez Bata au restaurant Vedouci, à l'aérodrome de Zlin, qu'on appelait aussi l'aérodrome Otrokovice. L'aérodrome a été bâti au milieu des années 1920 par J.A Bata pour fabriquer des avions, des planeurs, des aéronefs sportifs et pour une école de pilotage. L'aérodrome Otrokovice était sous occupation allemande à peu près au même moment où Alois a commencé à y travailler. Les pilotes et ingénieurs techniques ont été arrêtés, et la production d'avions a été limitée à l'utilisation allemande seulement.

La Deuxième Guerre mondiale allait éclater. La première ambition d'Hitler était la conquête de la Tchécoslovaquie. Avec peu de résistance, Hitler est parvenu à prendre le contrôle, et il a établi le protectorat de la Bohême et de la Moravie. La population tchèque a été mobilisée pour l'effort de guerre allemand. La production de biens de consommation était réorientée sur l'approvisionnement des troupes allemandes, et la population du protectorat a été mise à un régime de rations.

Le restaurant Vedouci était, pour sa part, très occupé. Il accueillait et nourrissait des centaines de travailleurs et de pilotes allemands de l'aérodrome et de l'usine.

Alois a commencé comme serveur, mais il a rapidement gravi les échelons pour devenir serveur en chef. En 1946, il était gérant. Alois travaillait fort, et son éthique de travail était impeccable. Il a été crucial pour le développement, la croissance et les expansions qui ont eu lieu chez Bata à l'époque.

L'école de pilotage Otrokovice a aussi donné à Alois l'occasion d'apprendre à piloter. Il a donc obtenu son permis de pilotage et est devenu bien connu comme pilote sportif et touristique. Il a aidé avec la circulation des avions à l'aéroport, a piloté des avions de touristes, a ordonné et lui-même piloté de longues distances pour récupérer et acheminer des avions vers leurs destinations... Alois se vantait souvent d'avoir été « un peu » casse-cou dans le ciel. Il a même, une fois, volé au-dessus de l'église de son village de Pozlovice pour lancer des fleurs à sa mère, et elle l'a bien grondé! Voler sous les lignes électriques était une autre acrobatie dont il se vantait avec enthousiasme. Alors qu'il travaillait chez Bata, il pilotait avec un autre pilote et proche ami, Josef Janecek. Son livret de vol Bata détaille 233 vols liés au travail.

En 1945, les Allemands avaient flanché sous la pression de l'Union soviétique et des Alliés de l'ouest, ce qui a mis fin à la guerre. Mais, ironie du sort, les Russes ont vite occupé toute la Tchécoslovaquie, et les communistes ont pris le contrôle du pays en entier. L'idéologie communiste s'est immiscée dans chaque aspect de la vie quotidienne. Ceux qui ne se conformaient pas au communisme étaient interrogés, intimidés, mis sous surveillance, et assujettis à des fouilles domiciliaires. Les pots-de-vin circulaient abondamment. La précieuse motocyclette Jawa d'Alois a été saisie, comme les possessions précieuses, les propriétés privées et les entreprises de tout le monde. Le pays, disait-il, a alors perdu tant de professionnels, politiciens, hommes d'affaires, professeurs et enseignants intelligents et brillants. Les familles ont été déchirées. Selon Alois, le communisme était le pire poison sur Terre.

Après la guerre, Alois a été avisé qu'il devait devenir membre du parti communiste s'il voulait continuer à travailler chez Bata. Après plusieurs menaces, il a été arrêté et emmené à la police militaire de la prison de la Gestapo Uherske Hradist, au sud de Zlin, où il a été emprisonné dans une petite cellule froide, ségréguée et humide.

La prison de la Gestapo Uherske Hradist était un point de rassemblement pour les prisonniers politiques avant leur transport vers des camps de concentration soviétiques. Alois se souvenait qu'il avait vu des gens un jour, puis qu'il ne les avait jamais revus.

Après plusieurs semaines, il a reçu une visite inattendue de ses bons amis Rudolfo et Ludmila Lociga. Le couple fournissait de la viande à Alois au restaurant. Ils vivaient à Kvitkovice, à environ un mille de l'aéroport. Pendant la guerre, une grande pénurie de viande sévissait au pays, et la nourriture était en rationnement. Mais parce que tant de pilotes travaillaient et passaient par l'aéroport, la viande ne manquait pas, comme le café, le chocolat et l'alcool. Alois a pris des risques, et s'assurait que sa famille et ses amis, comme Ruda et Ludmila, puissent eux aussi profiter de ces gâteries. Ruda adorait le café! C'était donc ces amis généraux qui apportaient occasionnellement de la soupe au poulet chaude à Alois pendant son emprisonnement. Après six mois d'attente sans issue, Ruda et Ludmila ont embauché un avocat d'Uh Hradisti. Avec l'aide de l'avocat, le juge a acquitté Alois de tout crime et il a été libéré. Alois a toujours été reconnaissant envers Ruda et Lulmila. Il ne les a jamais oubliés.

Après sa libération, Alois ne pouvait pas retourner chez Bata, parce que son poste avait été pris par un communiste. Alors Alois est allé vivre avec son frère Jan et sa femme Anna à Zlin, où son frère aîné Franta a pu lui obtenir un emploi comme serveur en chef au restaurant Sokolovna.

Alois avait alors déjà décidé que la Tchécoslovaquie n'était plus le pays qu'il lui fallait. Il savait qu'il serait de nouveau arrêté, alors il a communiqué avec son proche ami Josef Janecek, et ensemble ils ont planifié leur évasion. Malheureusement, leur plan a échoué quand un autre pilote de Malenovice s'est ravisé, parce qu'il ne voulait pas risquer de voler un petit avion pour leur fuite.

Le plan suivant était de communiquer avec quelqu'un du mouvement clandestin. Ils ont trouvé quelqu'un à Zlin qui pourrait les aider à s'enfuir pour 42 000 couronnes tchèques chacun. Ils ont tous deux consenti, et la date de fuite a été établie pour le 23 août 1948. Cela tombait pile sur le 29e anniversaire d'Alois. À cinq heures du matin, le frère d'Alois, Franta, est venu lui dire adieu, et lui a apporté un chaud chandail en tricot. Il était le seul membre de la famille qui connaissait leur plan. Il était risqué de s'annoncer aux membres de la famille ou à des amis, car cela pouvait mettre tout le monde en danger.

Josef et Alois ont voyagé de Zlin en train jusqu'à Otrokovice, puis à Kvitkovice pour qu'Alois puisse dire au revoir à Ruda et Ludmila. La paire est revenue à la station de train d'Otrokovice, puis a voyagé jusqu'à la station la plus proche de la frontière autrichienne, où ils ont passé la nuit. Le lendemain, ils devaient rencontrer un homme qui aurait un long mouchoir accroché à sa poche de manteau. L'homme les a conduits jusqu'à un boisé près de la frontière. Il les a laissés dans la forêt infestée de mouches noires, leur promettant de revenir plus tard cet après-midi-là. Homme de parole, il est revenu et ensemble ils ont traversé les buissons et la forêt pendant environ un demi mille jusqu'à ce qu'ils atteignent un champ de pommes de terre le long d'une rivière. Entre le champ de pommes de terre et la rivière, des soldats russes patrouillaient de long en large, tenant des fusils avec des baïonnettes. Les hommes ont rampé sur leurs ventres jusqu'au lieu de patrouille des soldats, et une fois que ceux-ci étaient passés, ils sont entrés dans le Danube, qui marquait la frontière entre l'Autriche et la Slovaquie. Alois n'avait jamais pensé qu'il aurait à nager pour s'échapper... il ne savait pas nager. Il était terrifié, mais il était impossible de rebrousser chemin. Il a mis sa petite valise en cuir sur son épaule, a touché son crucifix près de son cœur, et a prié. Il dit que c'était un miracle qu'il ne s'est pas noyé, et il a toujours remercié Dieu et les quelques roches glissantes sur le lit de la rivière qui l'ont aidés à se rendre de l'autre côté.

Épuisés, les deux hommes ont été emmenés à une maison à proximité, et l'homme qui les a aidés s'est rapidement esquivé. Deux femmes, dont l'une parlait le tchèque, leur ont donné le déjeuner, un endroit où se laver, et ont lavé leurs vêtements. Ils étaient maintenant en Autriche, mais encore en danger, car c'était la zone russe. L'Autriche était divisée en quatre zones, occupées par les États-Unis, l'Union soviétique, le Royaume-Uni et la France.

De là, ils ont voyagé en train jusqu'à Vienne, où ils ont demandé de l'aide à un soldat anglophone, qui leur a ri au visage. Sans se décourager, ils ont trouvé une église catholique où les religieuses leur ont donné à manger et les ont aidé à communiquer avec la police américaine. On leur a dit d'aller à Innsbruck, où ils seraient sécurité dans la zone française. Le seul problème était qu'il y avait deux points de contrôle russes sur le chemin qui y menait. Et pire encore, la police américaine leur a demandé d'emmener avec eux un Slovaque de dix-neuf ans du nom du Milik, parce que ce dernier voyageait seul. Malheureusement, Milik a changé d'avis à la dernière minute et a décidé de retourner à Bratislava pour trouver sa copine. Le lendemain, Josef et Alois ont entendu que Milik avait été abattu par des soldats russes sur le pont à Vienne.

Éventuellement, Alois et Josef se sont rendus au train et étaient en route. Au premier point de contrôle, le conducteur autrichien les a protégés en disant aux soldats russes que leurs documents étaient en règle. Au deuxième point de contrôle, Alois et Josef étaient assis face à face, et ils ont mis leurs têtes dans leurs bras sur la table, faisant semblant de dormir. Encore une fois, ils ont été épargnés, sans se faire interroger. Si les Russes les avaient interceptés, ils seraient allés jusqu'en Sibérie... ou pire.

Le lendemain matin, ils sont arrivés à Innsbruck. C'était leur premier pas de liberté, mais ils avaient besoin d'un endroit où rester. Par chance, ils ont rencontré Rudolf Mohry, politicien et maire adjoint de Brno, qui s'était aussi échappé. Rudolf avait des connexions avec le parti social démocrate suisse, qui leur a offert un refuge à tous les trois à la Salurner Strasse d'Innsbruck. Ils y seraient en sécurité jusqu'à ce que leurs documents soient en règle pour immigrer ailleurs.

Quelques jours plus tard, Alois marchait sur la rue principale d'Innsbruck et, devant lui, il a aperçu une jeune femme debout, qui fixait une vitrine. Il a eu l'impression qu'elle n'était ni Allemande ni Autrichienne, alors il l'a approchée. À sa grande surprise, elle lui a répondu en tchèque! Débordant d'émotion, ils sont restés là, pleurant, se tenant l'un à l'autre. Anezka Kanova Buranova était perdue, fatiguée, affamée, et seule, avec nulle part où aller ou dormir.

Anezka Buranova est née le 15 janvier 1925, à Havrice Uhersky Brod en Tchécoslovaquie. Le nom de sa mère était Anezka, et son père s'appelait Simon. Elle avait deux sœurs, Marie et Hela, et deux frères, Paul et Jarek.

Quand la Deuxième Guerre mondiale a éclaté en 1939, Anezka a été envoyée à l'école des Sœurs Ludmila de la Sainte Croix à Napajedlich. Elle n'avait que quatorze ans, mais elle devait y aller car c'était l'endroit le plus sûr pour elle. Elle se souvient qu'elle devait obscurcir les fenêtres avec ses couvertures. Les coupures d'électricité étaient habituelles, comme le rationnement. Elle a reçu de nouveaux documents et a été forcée par les nazis à signer des papiers du protectorat. Anezka est devenue citoyenne de la population du protectorat que les nazis voulaient germaniser. Ces gens étaient piégés et ne pouvaient aller nulle part sans visa. Les livres d'école ont été brûlés et remplacés par des livres pronazis. Les droits et libertés démocratiques ont été enfreints, la radio et les journaux ont été censurés, et des atrocités humaines ont été commises, dont la déportation des juifs vers les camps de concentration. Beaucoup de gens ont été exécutés, et bien d'autres ont choisi le suicide comme échappatoire.

Pendant ses années d'école avec les religieuses, Anezka a aussi appris à cuisiner et à faire de la pâtisserie. On dit qu'il y a raison à toute chose, et il s'est avéré qu'Anezka avec un talent naturel pour la pâtisserie et la décoration des plus beaux gâteaux et des plus belles pâtisseries au monde!

En 1942, à l'âge de 17 ans, Anezka est rentrée chez elle pour vivre à Havrice, dans la région du sud de la morave.

C'était une période de guerre et de tourmente. Pour la population du protectorat, l'occupation allemande représentait une période d'oppression. La perte humaine liée à la persécution politique et les morts dans les camps de concentration s'est élevée à plus de 50 000 décès. Plus de 75 000 juifs ont été exécutés.

C'était l'année où les nazis ont massacré le village entier de Lidice – et d'autres villages du protectorat de la Bohême et de la Moravie. Tous les hommes de plus de 15 ans ont été exécutés par balle, les femmes ont été mises dans des camps de concentration, et les enfants ont été envoyés dans des institutions. Les animaux de compagnie et de ferme ont été abattus, et les restes humaines ont été déterrés et pillés pour leurs dents en or et leurs plombages. Tant d'atrocités avaient lieu. Les nazis ont retiré les citoyennetés du Reich aux Allemandes qui épousaient des hommes non allemands, et les femmes tchèques qui épousaient des Allemands ont été acceptées dans le peuple allemand (nationalité). Les familles tchèques encourageaient fortement leurs filles à épouser des Allemands afin de sauver leurs entreprises familiales.

C'est dans ce contexte qu'Anezka a épousé un officier allemand. Ils ont eu un bébé du nom de Helen, mais le mariage a été de courte durée. Ils se sont malheureusement divorcés et il a quitté le pays.

C'était 1947. Anezka, à 22 ans, était responsable administrative à Chvalovice, un petit village sur la frontière autrichienne au sud de la Moravie. Anezka travaillait dans le comité national local qui administrait la juridiction des municipalités et gérait les problèmes d'après-guerre.

On la surveillait de près parce qu'elle était membre du parti national socialiste tchèque. Les nazis écrasaient et persécutaient officiellement ces personnes. Sous occupation allemande, le parti national socialiste tchécoslovaque opérait en exil. La majorité de ses membres étaient actifs dans le mouvement de résistance. Anezka était une cible de choix, et elle le savait. Elle était franche et forte, et ses croyances animaient son désir d'échapper à sa vie terrible. Elle haïssait les communistes passionnément.

Lorsque la Tchécoslovaquie est devenue un état communiste en 1948, Anezka a été fortement encouragée à s'inscrire au parti communiste. On l'a menacée à répétition. Sa famille a perdu sa grande ferme de betteraves sucrières à Havrice, ce qui a entraîné une grande perte d'emploi. L'entreprise familiale, leur propriété privée et toutes les possessions ont été saisies.

Et, un jour, à la fin de novembre 1948, la police militaire est venue à l'appartement d'Anezka pour l'arrêter. Anezka n'était pas du genre à se soumettre facilement aux demandes d'autrui, alors elle a convaincu ses agresseurs qu'elle avait besoin d'un chandail en tricot, parce qu'il faisait froid. Et il faisait bel et bien froid! Elle s'est enfuie à l'étage, et dans un état de panique, elle a fait ce qu'il fallait faire! Anezka a ouvert une petite fenêtre de salle de bain dans son appartement, a grimpé sur le toit et a sauté dans le jardin en bas. Avec l'adrénaline dans le sang, elle a fui vers le bâtiment voisin, qui contenait les bureaux de la garde frontalière. Elle connaissait la majorité des gardes de sécurité qui y travaillaient. En quelques minutes, elle était sur le dos d'une des motocyclettes des gardes, et on l'acheminait vers la frontière autrichienne. C'est à cette vitesse-là que ça s'est passé! L'uniforme du garde l'a protégée de tout soupçon. C'était une évasion spontanée, courageuse et très dangereuse. Une fois qu'Anezka avait traversé la frontière en toute sécurité, elle a communiqué avec ses collègues du réseau clandestin associé au mouvement de résistance tchèque. Ses amis l'ont aidée à se rendre à Salzbourg, puis à Innsbruck. Une fois à Innsbruck, elle s'est retrouvée seule dans les rues, regardant la vitrine d'un magasin de vêtements pour dame, affamée et épuisée.

C'est à ce moment précis qu'un étranger du nom d'Alois Kolarik l'a approchée. Après cette rencontre émotionnelle et fortuite, où tous deux pleuraient, Alois l'a emmenée avec lui et a demandé à Rudolf si elle pouvait rester au Salurner Strasse. Rudolf a accepté, alors ils se sont retrouvés sept hommes dans une grande pièce et trois femmes dans une plus petite. Ils s'étaient tous échappés, ils étaient tous vivants, et ils étaient chanceux d'être en lieu sûr. Avec l'aide et le soutien du programme international pour les réfugiés et la Croix-Rouge, il était maintenant possible pour eux d'immigrer vers un des nombreux pays qui leur a ouvert leurs portes.

Anezka a communiqué avec sa sœur, Marie, et s'est assuré que son bébé Helen serait aux soins de sa famille. Sa fille lui manquait, mais elle savait qu'une réunion serait impossible. Elle a gardé espoir qu'elle la reverrait un jour. La jeune mère qui venait de s'enfuir ne pouvait pas se douter que ce ne serait pas le cas. Le vrai rideau de fer n'avait pas encore été formé, et le régime totalitaire durerait plus de 40 ans. Au moment où le rideau de fer a été levé, Helen était une femme adulte, éduquée, mariée et avec un enfant. Cette époque a transformé la vie de tellement de gens et de familles. Les arbres généalogiques ont changé pour toujours.

Pour Anezka, il était dangereux de communiquer avec qui que ce soit à l'époque. S'il était appris que quelqu'un avait aidé une personne à s'échapper, cela aurait pu mener à une arrestation ou une peine de mort. Anezka a vécu cette tourmente et en a rarement parlé. Ces durs souvenirs l'ont hantée jusqu'à sa mort.

À l'hiver 1948, Anezka et tous les résidents du refuge ont obtenu leurs documents d'immigration. Josef Janecek a décidé d'aller en Angleterre, parce que le Canada lui semblait trop loin. Mais Alois et Anezka, eux, ont choisi le Canada.

Le 5 avril 1948, Alois et Anezka, avec beaucoup d'autres personnes, ont quitté Innsbruck en train, ont traversé le col du Brenner en Italie, vers Bozen, Vérone, Bologne, Florence, Rim et sont finalement arrivés à Naples, en Italie.

Alois et Anezka, comme les autres, ont habité dans un camp de personnes déplacées à Bagnoli, dans le quartier maritime ouest de Naples. Il était géré par l'Organisation internationale pour les réfugiés. C'est là, dans ce camp, qu'une atrocité horrible a été commise, en pleine connaissance de cause, après la Deuxième Guerre mondiale. Environ mille personnes déplacées ont été catégorisées, correctement ou incorrectement, comme des citoyens ex-soviétiques, et leur sort éventuel s'est soldé par l'exécution ou l'emprisonnement dans les goulags de la Russie soviétique.

Le 14 avril 1948, Alois et Anezka sont monté à bord du navire grec T.S.S. Nea Hellas à Naples. Le navire s'est arrêté à Sardine, en Italie, et à Lisbonne, au Portugal, avant d'amorcer la dure traversée transatlantique. Anezka a eu le mal de mer pour la majorité du voyage.

Le 23 avril 1949, Alois et Anezka, avec 833 autres passagers, sont arrivés au Quai 21 à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Alois avait 30 ans, et Anezka à peine 24.

Imaginez la force et la détermination qu'ils ont eues de laisser leur pays et leurs familles bien-aimés, sans connaître la langue, avec peu de possessions et quelques sous, et une grande envie de commencer une nouvelle vie libre, avec le courage de venir au Canada à bord d'un navire des rêves.

Après leur débarquement au Quai 21, Alois et Anezka ont voyagé séparément. Anezka a pris l'autobus et Alois le train d'Halifax, en Nouvelle-Écosse, vers l'Ontario et leurs destinations : Perth et Britannia (Ottawa).

Alois est arrivé à Perth le 27 avril 1949. Il a commencé à travailler le même jour dans une ferme près de la ville, qui appartenait à George et Mary Drysdale. Il se souvenait souvent des difficultés de cette ferme, et a partagé beaucoup de bons souvenirs au sujet des voisins qui s'entraidaient et qui avaient été si accueillants.

Alois a rapidement appris la nouvelle langue. Grand-père Drysdale venait à la grange et au champ tous les jours pour lui enseigner de nouveaux mots. Parce qu'il a appris l'anglais plutôt rapidement, il a occasionnellement été interprète pour le bureau du chômage lorsqu'il fallait aider de nouveaux immigrants. Son utilité au bureau du chômage s'est avérée pratique pour obtenir un emploi après la fin de son contrat à la ferme.

Anezka est arrivée à Britannia le 29 avril 1949 et a commencé à travailler pour Dr Cummings, un dentiste, et sa famille. En attendant, Alois a immédiatement commencé à chercher un moyen de faire venir Anezka à Perth. Avec l'aide du bureau de chômage, elle a pu déménager à Perth, et ils ont été réunis.

Alois et Anezka se sont mariés le 26 novembre 1949, se sont installés à Perth, et ont vite eu trois filles, Lili, Pauline et Lois. Ils ont eu la joie d'avoir une petite-fille chérie, Sandra, et deux superbes arrière-petits-fils, Kolton et Weston.

Alois et Anezka travaillaient dur et étaient respectés. Ils adoraient leur ville de Perth. Leur famille, leur maison et le Canada étaient tout ce qui comptait pour eux. Alois a travaillé avec plaisir et succès pendant 41 ans chez Perkin’s Motors. Il a géré les allées de bowling pendant plusieurs années, puis est devenu l'un des meilleurs vendeurs au pays pour General Motors Canada.

Agnes a lancé sa propre entreprise de pâtisserie et de traiteur. Elle était bien connue pour ses tartes extravagantes, ses gâteaux de mariage, d'anniversaire et de fête, ses sandwiches raffinés, ses petits fours, ses pâtisseries de Noël et beaucoup de pâtés délicieux! Chaque gâteau chez « Mrs. Kolarik’s Cakes » était une création unique. Ses talents étaient extraordinaires, et son souvenir reste chez de nombreuses familles et générations grâce à ses incroyables œuvres d'art.

Les trois filles et la petite-fille sont toutes devenues membres de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Le mari de Pauline, Greg, a été le premier gendarme à entrer dans la famille, suivi de Lili, puis Lois. Pauline et sa fille Sandra étaient infirmières agréées avant de s'inscrire à la GRC, Sandra comme policière et Pauline comme fière membre civile.

Al et Agnes ont été mariés 58 ans et étaient dévoués l'un à l'autre jusqu'au bout. Agnes est décédée le 11 novembre 2007, et Al l'a rejointe le 14 septembre 2011. Arrière-grand-père Al a vécu assez longtemps pour rencontrer et bénir son premier arrière-petit-fils, Kolton, nommé d'après le nom de famille « Kolarik ». Ce jour et cette union sont une toute autre histoire! Alois savait que son temps approchait, et il lui fallait rencontrer Kolton avant se rejoindre sa bien-aimée Anezka.

Leur patrimoine? Leur famille, et leur désir de faire une meilleure vie. Leur courage, leur bravoure, leur sacrifice et leur douleur n'ont pas été en vain. Merci, Anezka et Alois, Maman et Papa, pour tout. Surtout pour l'occasion de vivre, de travailler, de servir et de contribuer à faire du Canada le meilleur pays du monde.

Merci, Canada, d'avoir accueilli ces deux braves personnes, leur permettant de planter un nouvel arbre généalogique en terre canadienne.

Cliquez chaque image pour voir la photo en grand format.