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Femmes et hommes célibataires

W.A.T. van den Byllaardt
21 avril 1957 – Ryndam

Je suis arrivé à Halifax le 21 avril 1957 à bord du SS Ryndam, de la HAL. Durant le voyage, nous n’avons connu qu’une journée de mauvais temps sur l’Atlantique Nord mais la salle à diner ne fut pas aussi fréquentée qu’elle aurait pu l’être. Le service, les divertissements et le personnel étaient formidables. Nous débarquâmes durant l’après-midi et le processus fut lent car un autre paquebot était arrivé presqu’en même temps que nous, ce qui créait une forte congestion dans la grande salle d’accueil. Il fallut pas mal de temps pour franchir les guichets de l’immigration et trouver nos bagages. Pendant ce temps, des bénévoles nous souhaitèrent la bienvenue au Canada et nous distribuèrent des boîtes de corn flakes Kellog prêtes à manger et une bible.

Le train nous attendait et quitta la gare tard en soirée, nous emportant vers un futur incertain dans un pays étranger. Le train « le Pionnier », tiré par une locomotive à vapeur, était très inconfortable avec ses banquettes de bois, ses toilettes bouchées et aucun chauffage. Il fut difficile ce soir-là de trouver le sommeil. Le train faisait de nombreux arrêts et stoppait parfois longtemps au milieu de nulle part. Chaque fois que le train s’arrêtait assez longtemps en gare, mes compagnons de voyage, Walter et Edith Loff (je ne les ai jamais revus), achetaient des victuailles pour notre long voyage. Walter vivait au Canada depuis un an et il parlait bien anglais. Notre première impression, à l’aube, fut que nous avions vu très peu de fermes et quand nous en vîmes une, elle nous parut une sorte de hangar en mauvais état entouré de granges. Nous pensâmes : comment quelqu’un peut-il vivre dans de telles conditions ? Mais en y regardant mieux, nous vîmes une grosse voiture rutilante devant les bâtiments. À Montréal, nous fûmes accueillis par ma sœur, arrivée 14 jours plus tôt à bord du SS Maasdam. Elle y avait loué un appartement. Après avoir passé un moment chez elle, nous poursuivîmes notre voyage vers l’Ouest. Nous partîmes vers Edmonton, Alberta, à bord du « Super Continental ». Ce train comportait des banquettes assez confortables pour y dormir et le service à bord était bon. Les repas étaient coûteux, mais nous nous arrangions pour acheter des victuailles en route. Le panorama changeait au fil des jours alors que nous traversions maintenant les immenses prairies qui nous faisaient nous sentir tous petits.

Un de mes cousins qui vivait à Edmonton depuis un certain temps vint nous accueillir. Ce fut un accueil très chaleureux, assorti d’un bon repas. Puis, nous partîmes à la recherche de chambres à louer. Nous trouvâmes à nous loger le jour-même, un vivoir muni d’un poêle (pas d’eau courante) et une chambre entièrement meublée partageant une salle de bain commune à l’étage (à 50 dollars par mois). Le jour suivant, j’allai prendre mes bagages à la gare ferroviaire. En revenant à nos chambres nouvellement louées, le taxi me déposa à l’adresse que je lui avais donnée. Ce n’était pas l’endroit où j’avais loué un appartement et je me tenais là, dans un environnement inconnu, cherchant à reconnaître quelque chose, mais rien à faire. Une voiture s’arrêta pour me demander si j’avais besoin d’aide et, avec mes quelques mots d’anglais, je parvins à expliquer les ennuis dans lesquels je m’étais plongé. Il me dit que j’avais confondu les numéros de rues et les numéros d’avenues et, en quelques minutes, il me conduisit au bon endroit. Avant de me quitter, il s’assura que tout était parfait. Je suis toujours reconnaissant de l’aide que cet étranger m’a offerte, elle m’a laissée un souvenir indélébile. Durant les six premiers mois, je travaillai de petits contrats en petits contrats comme charpentier, jusqu’aux premières chutes de neige, au début de novembre. Les métiers de la construction cessaient le travail et beaucoup de gens se retrouvaient sans emploi en raison des températures sous zéro. Je trouvai un emploi dans un atelier de métal en feuille et de chauffage. Je servais d’assistant à un homme originaire de mon pays qui installait des chaudières dans des maisons neuves. J’ai toujours gardé de bonnes relations avec le vieux propriétaire et son fils (M. et K. Kreuningen).

Au bout d’un certain temps, on m’offrit de devenir apprenti dans une entreprise plus importante. J’avais suivi des cours à la SAIT, à Calgary, Alberta, pour obtenir ma certification de compétences des métiers (deux mois par année durant cinq ans). Edmonton ne disposait pas encore à cette époque d’une école de métiers (NAIT) et je devais donc parcourir 200 milles pour accéder à cette formation. Lorsque j’eus mes documents de certification de manœuvre, je quittai Edmonton et déménageai à Burnaby, Colombie-Britannique, où je travaillai à plusieurs grands projets provinciaux. Depuis, j’ai exercé le métier de contremaître en tôlerie pour de grandes entreprises de Vancouver.

J’ai pris ma retraite dans l’Okanagan. Ma femme et moi prévoyons parcourir le Canada et un jour, nous prévoyons visiter le Quai 21 à Halifax, Nouvelle-Écosse. Cela ravivera certainement beaucoup de souvenirs de ces premiers moments…