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Familles

Corrie J. Douma
16 avril 1958 – Waterman

Après dix jours à bord du SS Waterman de la ligne Hollande-Amérique, nous sommes arrivés à Halifax vers 19 h le 16 avril 1958, une demi-journée avant l'heure prévue. Nous étions tout excités de voir la terre à l'horizon et, par la suite, de rentrer dans le port de Halifax. Comme je voyageais seule avec les enfants, je devais les garder auprès de moi en tout temps. Ils auraient bien aimé rester sur le pont pour voir le navire s'amarrer au quai, mais je ne pouvais pas les laisser seuls pendant que je m'occupais des bagages. Il y avait des centaines de personnes à bord, il nous a donc fallu un certain temps pour nous rendre sur la rampe et pour enfin poser les pieds sur la terre ferme. La première « terre ferme » sur laquelle nous avons marché était en fait le Quai 21. Ce n'était pas un endroit de luxe. Il ne s'agissait en fait que d'une immense salle comportant un certain nombre de comptoirs où nous devions faire la queue pour pouvoir parler avec l'officier d'immigration, le guichetier du Canadien National pour l'achat des billets de train, les préposés aux bagages, etc.. Je n'ai pas vraiment fait la queue en compagnie de mes deux enfants; Marten, qui n'avait pas encore tout à fait deux ans, pouvait enfin courir partout sans devoir me tenir la main et avait décidé d'en profiter pleinement; Barb, alors âgée de presque trois ans, était apparemment consciente qu'était venue l'heure du coucher et avait commencé à se déshabiller en plein milieu de la salle. J'ai dû l'arrêter en lui indiquant qu'il n'y avait vraiment aucun lit dans les environs !

Puis, de manière inattendue, un homme a appelé mon nom : « Y a-t-il une Mme Douma dans la salle ? ». Je suis allée vers lui un peu inquiète, en espérant qu'il n'y ait pas de problème de dernière minute avec l'immigration et je lui ai dit : « Oui, c'est moi, Mme Douma ». Il m'a ensuite dit : « Suivez-moi dans ce bureau. Votre mari est au téléphone et souhaite vous parler. » Je ne pouvais pas en croire mes oreilles ! Je devais aller le rejoindre par train à Moncton où il avait trouvé du travail pour les Chemins de fer nationaux du Canada. Nous arriverions après minuit, mais j'étais certaine qu'il serait là à nous attendre, désireux de nous voir tout autant que nous de le voir. J'ai donc déposé ma valise et j'ai suivi l'homme avec empressement jusqu'au téléphone que j'ai décroché pour entendre à nouveau cette voix si familière. Nous n'avions pas parlé depuis six semaines, car il avait quitté la Hollande par avion avant nous afin de trouver un emploi ainsi qu'un endroit où nous loger.

Nous n'avons parlé que très brièvement, mais il m'a dit qu'il allait nous retrouver à Truro, à environ une heure de Halifax. La compagnie lui avait donné congé afin qu'il puisse venir à notre rencontre à Halifax, mais comme notre navire était arrivé plus tôt que prévu, notre train était parti avant même qu'il n'ait eu le temps de se rendre à Halifax. Il allait donc descendre du train à Truro et attendre le train d'immigrants. Après être tous passés par les agents d'immigration, nous avons été conduits à travers une sorte de tunnel menant directement au quai de la gare et au train. On nous y a indiqué quels étaient nos sièges et, après un certain temps, le train a commencé à se déplacer. Nous n'avons pas vu grand-chose de Halifax, car il faisait déjà nuit. Mais en réalité, cela ne nous importait pas vraiment. Tout ce que nous voulions à ce moment était que le train nous amène à Truro pour y retrouver mon mari. Barb et Marten étaient rendus très fatigués; ils s'étaient blottis contre moi et s'étaient tous deux endormis en peu de temps.

Après un long moment, le train s'arrêta. Je me suis demandé durant tout le trajet comment mon mari allait bien pouvoir nous retrouver dans un train aussi long. Et pourtant, avant même que le train ne redémarre de Truro, il était là ! Quelqu'un à la gare de Truro avait pu lui dire dans quelle voiture nous nous trouvions. Tout semblait si bien organisé et tout le monde avait été si patient et amical avec nous. Quelle merveilleuse entrée au Canada nous avons connue ! Pour ne pas réveiller les enfants, mon mari leur fit de petites bises, mais Marten se réveilla et le serra immédiatement dans ses bras. Le train quitta Truro et roula pendant plus de trois heures… trois heures ! En Hollande, nous aurions traversé le pays du nord au sud en trois heures. Mais nous étions au Canada. Il faudrait des jours pour traverser le pays en entier jusqu'à la côte Ouest. Heureusement, l'hôtel que mon mari avait réservé se trouvait juste en face de la gare de Moncton. En pleine nuit, chacun de nous porta un enfant et quelques bagages jusqu'à notre chambre d'hôtel. Ah, quel bonheur ! Des lits pour tout le monde !

Après six longues semaines de séparation, nous étions de nouveau réunis.