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Familles

La famille Ferrara

Je me suis rendu à Halifax en Nouvelle-Écosse, le 15 juillet 2003, et j’y ai passé une matinée intéressante de visite et de recherches sur mon arrivée au Canada, à bord du Vulcania. Nous avons accosté à Halifax, lors d’une journée nuageuse, le 29 décembre 1952.

Ce témoignage raconte l’histoire de Peppino, un garçon de neuf ans, émigrant au Canada en provenance de la ville d’Agnone, dans la région Molise, en Italie. Il s’est rendu au Canada avec sa mère Argia Patriarca Ferrara et sa sœur Filomena, âgée de onze ans.

Le voyage a commencé un jour de neige en décembre avec l’annulation du voyage en autobus. En guise de remplacement, une camionnette de type « pick-up » appartenant à l’un des habitants de la ville allait transporter la famille et l’oncle de Peppino, Antonino Anniballe, à Naples, où ils entreprendraient leur voyage vers le Canada. Bons vœux, adieux et larmes ont été échangés avec les membres de la famille et les amis. On pouvait entendre un ami qui criait : « Vous allez en Amérique, vous allez être riches, envoyez-nous de l’argent ! » Ce qui l’envahissait, c’était la peur de l’inconnu et de ce que l’avenir lui réservait. Mais il y avait aussi la joie et l’espoir de retrouver son père.

Le Vulcania a quitté Naples et navigué vers le détroit de Gibraltar en passant le long des côtes de l’Espagne, puis ce fut le Portugal et la France avant d’accoster en Angleterre. Après sa halte en Angleterre, le Vulcania a affronté les forces de la nature et a entrepris sa traversée de l’océan Atlantique, en route pour le Canada.

Durant le voyage, Peppino passait le temps en jouant avec sa sœur et les autres enfants, en visitant régulièrement le bar pour une boisson à l’orange, payée avec l’argent qu’il avait trouvé, sans doute perdu par des passagers qui n’avaient pas le pied marin. Il allait aussi jeter un œil sur la salle des machines, pour y voir et entendre les puissants moteurs rugissants et regardait les vagues s’écraser sur la vitre du hublot de la minuscule cabine. Les jours d’orage, marcher dans le couloir pour se rendre à la salle à manger tenait du défi. Lorsque la houle était à son plus fort, moins de personnes se rendaient à la salle à manger. À tel point qu’un jour, Peppino se retrouva seul à la table qui leur était assignée !

Enfin, les eaux calmes et la vue de la terre à distance d’observation ont apporté joie et soulagement aux passagers. Peppino était heureux, lui aussi : il serait bientôt réuni avec son père.

Lorsque le navire est arrivé au port d’Halifax, Peppino a constaté toute l’agitation parmi les passagers sur le navire, puis sur le quai avec les opérations de déchargement de la cargaison du navire. Il pouvait entendre et voir le déchargement des valises et des bagages et il était inquiet que les valises ne tombent et ne se brisent en révélant tout ce que sa mère avait apporté avec eux. On y trouvait des vêtements sur mesure, des marmites et casseroles, des matelas de laine, des couvre-lits et bien sûr quelques saucissons, du fromage et de l’alcool pour les membres de la famille de son père.

Après un certain temps, les passagers ont été autorisés à débarquer du navire et à entrer dans la zone des douanes pour l’inspection des bagages et le contrôle de la contrebande.

En attendant l’embarquement sur le train, alors qu’ils marchaient le long du Quai 21, Peppino et Filomena ont été approchés par un homme corpulent qui leur dit quelque chose qu’ils ne pouvaient comprendre. Ils ont présumé que l’homme s’inquiétait pour eux en raison de leur proximité des eaux profondes. Le temps d’attente s’étirait, à regarder par la fenêtre du Quai 21. Peppino y voyait le vaste terrain vague qui semblait s’étendre de façon interminable jusqu’au train qui transporterait les passagers jusqu’à leur destination et Peppino, jusqu’à son père.

Le voyage de deux jours les menant jusqu’à Windsor, en Ontario, fut meublé à  compter les arbres enneigés et les petites maisons décorées de lumières de couleur. Cet endroit inconnu que l’on nommait l’Amérique l’inquiétait. Y aurait-il des amis là-bas ? Lors de l’escale à Montréal, il fut rassuré quand il vit au loin la Croix sur la montagne. Ce signe familier le fit se sentir beaucoup mieux. Quand il est arrivé à Windsor, la veille du Nouvel An, il était si heureux et excité de voir son père, Francesco, que cela lui fit oublier le long voyage, la famille et les amis dont il avait été séparé.

Une semaine plus tard, il était inscrit à l’école et commençait sa première année. Peppino a vite appris la langue et a trouvé beaucoup de nouveaux amis. Plus tard durant l’année, il y eut une addition dans la famille : la naissance de la petite Loretta, sa sœur. À l’âge de treize ans, pour gagner de l’argent, il commença à travailler à temps partiel comme planteur manuel dans un salon de quilles. Il aimait l’école et y excellait.

En y repensant au son des cris de ses amis, les succès de Peppino comprenaient une famille aimante, des amis et la retraite d’un poste de gestion dans le domaine des services publics d’électricité où il a été responsable de 70 employés. Dans ses temps libres, réservés aux riches de ce pays, il a été bénévole pour l’ICHA - Italian Canadian Handicapped Association (www.icha.ca). L’objectif de cette organisation est d’améliorer la qualité de vie des personnes souffrant d’un handicap mental à Windsor, dans le comté d’Essex.

Il remercie ce pays généreux qu’est le Canada, d’être un endroit où les rêves peuvent se réaliser et où l’on peut jouir de la vie.