Commission Royale sur l’Immigration Chinoise, 1885

Résumé

La Commission Royale sur l’immigration chinoise fut créée pour démontrer la nécessité de contrôler l’immigration chinoise au Canada. Un grand nombre de travailleurs chinois sont venus au Canada dans les années 1880 pour travailler au segment de l’ouest du Chemin de fer Canadien Pacifique. Plusieurs politiciens, syndicalistes et résidents de race blanche de Colombie-Britannique protestaient, disant que les chinois étaient immoraux, sujets aux maladies et inassimilables. La commission recommanda d’imposer à chaque chinois désireux d’immigrer au Canada un droit de 10 dollars.

La Commission Royale sur l’immigration chinoise fut créée pour démontrer que le contrôle de l’immigration chinoise au Canada était dans le meilleur intérêt du pays. Près de 15 000 travailleurs chinois sont venus au Canada dans les années 1880 pour travailler au segment de l’ouest du Chemin de fer Canadien Pacifique en Colombie-Britannique. Bien que les employeurs aient été généralement favorables à la main-d’œuvre chinoise, peu coûteuse et fiable, plusieurs politiciens, syndicalistes et résidents de race blanche de Colombie-Britannique rejetaient la présence des chinois et demandaient une loi antichinoise afin de restreindre leur immigration constante. Le premier ministre John A. Macdonald refusa d’abord de déposer des lois prohibitives, reconnaissant l’importance incontournable de la main-d’œuvre chinoise pour la construction du chemin de fer. Cependant, le chemin de fer était pratiquement terminé et la grogne populaire augmenta. Macdonald finit par céder aux pressions et créa une commission royale pour étudier la possibilité de limiter l’immigration chinoise.[1]

Les commissaires J.A. Chapleau et J.H. Gray recueillirent des témoignages à propos de l’immigration chinoise lors d’audiences publiques dans toute la Colombie-Britannique durant l’été de 1884, comparant ceux-ci aux constats provenant de la côte du Pacifique des États-Unis. Au total, 51 témoins présentèrent des témoignages à la commission, y compris des politiciens, des employés de l’état, des avocats, des officiers de police, des gens d’affaires et des travailleurs. Les deux seuls témoins chinois consultés furent deux représentants du consulat chinois de San Francisco.[2]

Plusieurs témoins affirmèrent que les chinois étaient immoraux, malhonnêtes, malpropres, sujets aux maladies et incapables de s’assimiler, basant souvent leur témoignage sur des lieux communs plutôt qu’une expérience personnelle. Les communautés chinoises furent décrites comme étant surpeuplées et malpropres; on les accusa même de pratiquer le jeu, la prostitution et la consommation d’opium sur une grande échelle. D’autres protestaient, disant que l’afflux de travailleurs chinois faisait concurrence au travail des Blancs et empêchait la venue d’une immigration blanche européenne plus souhaitable. L’appui à l’immigration chinoise était surtout le fait d’entrepreneurs et d’employeurs voulant tirer bénéfice de cette main-d’œuvre bon marché.

Dans leur rapport final déposé en 1885, les commissaires établirent que peu de preuves soutenaient les allégations portées contre les immigrants chinois. Ils déclarèrent que les chinois étaient jugés selon des normes inéquitables entachées de généralisations abusives quant à leur caractère et à leurs habitudes. L’incidence du crime, des maladies, de la prostitution et du jeu n’était pas plus élevé chez les chinois que dans d’autres communautés ethniques, pas plus que leur présence n’affectait négativement l’emploi de Blancs ou l’immigration. Le rapport suggérait plutôt que l’immigration chinoise était généralement bénéfique, fournissant une main-d’œuvre essentielle au développement de l’industrie en Colombie-Britannique.[3]

En dépit de l’absence de toute preuve incriminant une menace de l’immigration chinoise, le rapport final recommandait qu’une loi modérée restreigne l’immigration chinoise au Canada. Les commissaires concluaient que le ressentiment et l’hostilité récoltés contre les chinois et la demande soutenue du public pour une telle loi rendait certaines restrictions raisonnables.[4] L’exclusion totale des immigrants chinois n’était pas conseillée car pouvant affecter l’industrie canadienne et d’éventuels partenariats commerciaux avec la Chine. Les commissaires proposaient plutôt l’imposition d’un droit d’entrée de 10 dollars pour chaque personne d’origine chinoise désireuse d’entrer au Canada.

Introduction

Bibliothèque et Archives Canada. Rapport de la Commission Royale sur l’immigration Chinoise. Rapport et Témoignages, 1885.


  1. Ninette Kelley et Michael Trebilcock, The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy (« La création de la mosaïque : une histoire des politiques canadiennes d’immigration »), (Toronto: University of Toronto Press, 1998), 94-95.
  2. Harry Con et al., From China to Canada: A History of the Chinese Communities in Canada (« De la Chine au Canada : une histoire des communautés chinoises au Canada ») (Toronto: McClelland and Stewart Limited, 1982), 53.
  3. Peter Ward, White Canada Forever: Popular Attitudes and Public Policy Toward Orientals in British Columbia (« Un Canada blanc à jamais : attitudes populaires et politiques publiques à l’égard des orientaux en Colombie-Britannique ») (Montreal: McGill-Queen’s University Press, 1978), 39.
  4. Kelley et Trebilcock, 97.