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Roger Davies : ma vie bien vécue au Canada

Qu’est-ce qui a amené votre décision d’immigrer au Canada ?

J’avais 23 ans lorsque je suis venu ici. Ce jour-là était le 10 mai 1968, une date que je n’oublierai jamais. À ce moment-là il était possible de recevoir le statut d’immigrant reçu à la frontière. Je m’étais extrêmement bien préparé avec l’aide d’un groupe de Quakers, à Bloomington, en Indiana; je demeurais proche de Bloomington à ce moment. Les Quakers faisaient partie d’un réseau plus large de conseillers de conscription et jouaient un rôle important dans le domaine aux États-Unis.

Il y avait une sorte de liste de contrôle dont vous aviez besoin et un système de pointage à cette époque. Il y avait une série de facteurs qui étaient considérés : l’éducation, aviez-vous un support financier, des perspectives d’emploi, un support personnel et ainsi de suite. Je m’étais donc préparé de mon mieux et j’ai été accepté à la frontière.

Après m’être démené à travailler aux États-Unis pour mettre fin à la guerre contre le Vietnam, me voici, j’étais conscrit par l’armée ! La présence de la conscription dans mon histoire, comme plusieurs autres, est importante. Les gens doivent comprendre l’importance extrême que représente la demande de conscription pour un citoyen. Peu importe ce que vous en pensez, fondamentalement l’état dit que « nous nous battons en guerre contre un autre pays et vous êtes réquisitionné pour tuer ou être tué. » C’est à peu près la plus grande limitation des libertés individuelles qu’on puisse imaginer, autant que d’être emprisonné.

Dans mon propre cas, à ce moment-là, je ne faisais pas partie des trois grandes églises de paix : le Brethren, les Quakers et les Mennonites. Même si je sentais que je pouvais bâtir un assez bon argument philosophique pour mettre de l’avant devant le comité de conscription – il y avait des groupes de citoyens, assignés à ces comités localement qui se faisaient une idée si quelqu’un devait se voir octroyé le statut d’objecteur de conscience ou non – je désirais venir au Canada.

Il y avait un certain nombre d’options. L’une d’elles était d’aller en prison en refusant de suivre la loi qui avait été instituée, une autre était de fuir le pays, une autre était d’essayer d’obtenir le statut d’objecteur de conscience, une autre était de devenir clandestin. Et il y avait des jeunes hommes, quelques femmes mais presque tous de jeunes hommes, qui ont choisi ces quelques options.

Je n’ai pas eu une période difficile pour décider de venir au Canada. Dans mon cas, cela a été facile en comparaison avec plusieurs des opposants qui sont venus, en particulier les déserteurs. Pour moi, c’était plus une aventure d’une certaine manière. Je connaissais le Canada, j’avais toujours aimé le Canada, je l’avais visité un certain nombre de fois et mes parents et amis me supportaient. Je veux dire, c’était très difficile pour mes parents, mais dans un certain nombre de cas les parents désavouaient leurs fils, et des familles étaient l’objet de dispute au sujet des décisions de plusieurs. J’étais un des chanceux.

J’ai travaillé contre la guerre, j’ai assisté aux grandes marches à Washington et j’étais impliqué dans une organisation appelée « les étudiants pour une société démocratique », qui était une organisation des années 60 avec une vision idéaliste de vouloir changer les choses de façon fondamentale. Mais j’étais aussi à un moment de ma vie où j’étais prêt pour quelque chose de nouveau. J’étais du genre à faire la même chose pour un certain nombre d’années et c’était là une aventure de cette façon.

Il y a quelque chose que j’ai fait qui est, je pense, assez intéressant. Les Quakers sont venus avec l’idée, ou ont entendu l’idée, que si vous abandonnez ou renoncez à votre citoyenneté américaine avant la date qui indique que vous devez vous enrôler, et que vous informez le comité de conscription que vous n’êtes plus citoyen américain, vous ne pouviez pas enfreindre la loi parce que vous ne pouvez pas être conscrit par un pays dont vous n’êtres plus citoyen. L’idée était qu’après être devenu citoyen canadien, vous pouviez retourner aux États-Unis pour une visite. Je n’ai jamais eu en tête de vivre aux États-Unis de nouveau, et l’idée ne m’a jamais traversé l’esprit durant toutes ces années. J’aime le Canada et je suis très heureux d’être ici. Et c’est ce que j’ai fait.

Trois jours après mon arrivé à Toronto, je suis allé au consulat américain et j’ai dit au type qui était là que je voulais renoncer à ma citoyenneté. Il a dit : « Savez-vous ce que vous faites » ? Et j’ai répondu : « Oui, je sais exactement ce que je fais. » J’ai expédié les papiers au comité de conscription et ils ne les ont pas reconnus, de quelque façon. Alors, mon cher père a pris un avocat et ils ont été obligés de reconnaitre qu’ils ne pouvaient plus me conscrire désormais. Mais la situation a faite que pendant cinq ans je n'avais pas de pays. Je suis arrivé comme immigrant mais je n’avais pas de citoyenneté quelque part. J’étais jeune, mais je referais la même chose.

J’étais impliqué dans une organisation appelée « Union des exilés américains » (UAE), une organisation qui aidait les déserteurs et les insoumis. La première fois que je suis venu à Toronto, je suis resté avec des gens et j’ai obtenu de l’aide pour connaître la ville, et j'ai fini par faire la même chose, ayant du monde qui demeura dans l’appartement que j’avais.

Après cinq ans je suis devenu citoyen canadien, je suis retourné aux États-Unis et il y a eu un moment intéressant à la frontière me demandant : « Qu’est-ce qui va se passer ? » J’ai été autorisé à entrer et j’ai donc pu visiter ma famille. . C’était le genre de chose que j’espérais, qu’un jour je pourrais retourner et visiter des endroits et des personnes – comme c’était avant l’amnistie de Carter.

Comment était la vie au Canada ?

C’était un changement majeur. En repensant à la vie aux États-Unis, une année ou deux précédant ma venue au Canada, j’étais impliqué dans tant de travail de justice sociale, et j’avais vécu pendant une période à New-York dans une vie de bohème. Ensuite, après deux ans au Canada, je suis à Terre-Neuve, enseignant, avec une femme et un bébé dans un petit village ! Sans prêter beaucoup d’attention à quoique ce soit de la guerre et de ce qui se passe aux États-Unis, puisque que je ne regardais pas beaucoup la télévision.

Ma première expérience d’enseignement à Terre-Neuve, la première chose à faire a été de comprendre ce que les gens disaient ! Et après quatre ans, mon épouse Judith, notre jeune fille et moi sommes arrivés à Halifax. Après avoir étudié quelque temps à l’école d’art, j’ai enseigné pour un certain temps l’éducation spéciale. De là j’ai enseigné dans une école alternative financée par les services sociaux, que j’ai vraiment appréciée. Nous avons enseigné aux étudiants qui avaient décroché ou qui ont été expulsés de leur école secondaire locale et nous avons aussi eu des programmes extérieurs merveilleux. Je suis allé enseigner aux adultes au centre correctionnel pour environ une décennie et finalement j’ai coordonné l’amélioration de l’alphabétisation ainsi que l’anglais langue seconde au sein de deux succursales de la bibliothèque régionale. Avant ma retraite, j’ai remplacé un ami et enseigné un cours sur l’écologie et la religion à l’Université Saint Mary. En regardant en arrière, je suis satisfait de la carrière que j’ai eue. J’aime travailler avec les gens dans des situations difficiles et après un temps, je crois avoir développé un talent pour le faire.

Comparé à plusieurs, plusieurs personnes qui ont quitté l’oppression, j’ai vraiment eu droit à un traitement de faveur et j’en suis bien conscient. C’est pourquoi j’aime travailler avec les réfugiés. Je suis maintenant bénévole, soutenant les Immigrant Services Association of Nova Scotia ISANS (anciennement connu sous le nom Immigrant Settlement & Integration Services) et je me suis fait quelques très bons amis de cette façon.

Je veux vraiment dire que parce que le Canada était là pour moi et qu’il m’a accepté, une partie de mon arrière-pensée était que je voulais donner ce que je pouvais, et je pense que de nombreux opposants à la guerre qui sont venus au Canada avaient le même genre de sentiments.

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