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De Winnipeg avec amour : Tarcisio Filippelli célèbre ses 50 ans au Canada

J’ai rencontré pour la première fois et me suis lié d’amitié avec Tarcisio Filippelli en 2002 alors qu’il visitait le Quai 21 en provenance de Winnipeg. Des centaines de courriels et des années plus tard, il nous a visité de nouveau, emmenant cette fois avec lui son histoire (voir plus bas) et son album de photos de famille.

Tarcisio raconte : « Il y a quelques années, j’ai commencé à songer à retourner à Halifax afin de célébrer le 50e anniversaire de l’arrivée de ma famille au Canada. J’ai encouragé ma sœur et ma mère à m’accompagner, mais je m’y suis finalement rendu seul. »

« Quelle impression étrange et émotivement chargée que de revenir au Quai 21 pour la deuxième fois, cette fois afin d’honorer l’arrivée de ma famille en provenance de Naples, en Italie, à bord du Vulcania. Nous sommes arrivés au Canada le 30 janvier 1960 et 50 années plus tard, le 8 octobre 2010, m’y voici de nouveau. »

« J’avais acheté des briques commémoratives en hommage à mes grands-parents, à mes parents, à ma sœur et à moi-même. Alors, en apercevant nos noms gravés sur les briques du mur, j’ai eu les larmes aux yeux et je fus envahi par la nostalgie. Je pensais à mon père, maintenant décédé et à la bravoure dont il a fait preuve en quittant sa famille d’Italie pour venir au Canada. »


De gauche à droite : Maria Almeida, responsable des relations avec les donateurs, Tarcisio Filippelli, Carrie-Ann Smith, gestionnaire de la recherche et Marie Chapman, chef d’exploitation du Centre d’histoire familiale Banque Scotia.

« J’étais si fier d’avoir fait le voyage jusqu’à Halifax afin de participer au 50e anniversaire de l’arrivée de ma famille au Canada par le Quai 21. Cette initiative a solidifié pour moi et pour ma famille la signification de cette journée et comme il faisait bon de voir que le rêve de mon père d’une vie meilleure pour sa famille s’était bel et bien réalisé. »

Nous avons passé une belle journée en compagnie de Tarcisio et j’ai bien hâte de le revoir à l’occasion du 55e anniversaire de son arrivée.

Si vous désirez planifier une visite spéciale au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, réaliser une entrevue d’histoire orale ou simplement poser une question, écrivez par courriel à Carrie-Ann Smith à bibliotheque@quai21.ca ou signalez le 902-425-0071.

L’histoire de Tarcisio

Même si mon certificat de naissance indique le 1er janvier 1954, je suis né en réalité le 31 décembre 1953 à Mendicino, dans la province de Cosenza, en Italie. Tout en tentant d’offrir une vie meilleure à sa famille, mon grand-père Antonio Conte (père de ma mère) a travaillé et voyagé dans divers pays avant d’immigrer au Canada en 1951. Il était de bien des façons un pionnier car sa venue ici a permis à d’autres membres de la famille comme ma grand-mère Maria (Greco) Conte, d’immigrer au Canada. Mon père Giuseppe (âgé de 30 ans), ma mère Teresina (29 ans), ma sœur Tonina (2 ans et moi (6 ans) furent les dernières personnes à effectuer la traversée à bord du Vulcania en 1960.

Le voyage a débuté par un voyage en train, le soir, entre Mendicino et le port de Naples. Mon grand-oncle, Vincenzo Madrigrano (le frère de mon grand-père Antonio) nous accompagnait pendant la première partie du voyage et a passé la journée avec nous alors que nous nous familiarisions avec le port. Ce soir-là, après que nous fûmes montés à bord du Vulcania, nous lui avons fait nos adieux.

La taille de ce navire était si impressionnante pour moi, qui le regardait de mes yeux d’enfant. Alors que nous montions à bord par la passerelle, j’étais époustouflé par la présence de ce navire qui me semblait si gigantesque.

Une fois à bord, les passagers se mirent en file afin de présenter leurs passeports et documents à l’inspection. Avant le départ, ma famille est montée sur le pont pour voir si on n’apercevrait pas notre grand-oncle dans la foule. Je me souviens combien j’étais intrigué par l’équipage qui s’affairait à lever l’ancre en préparation du départ.

Bien que les 11 jours de traversée affectèrent la santé de ma famille, mon premier coup d’œil vers le Canada n’en fut pas gâché. On nous avait donné une formation en cas d’urgence avec une veste de sauvetage. La plupart du temps, les repas étaient sommaires sauf à une occasion ou ma famille a eu droit à un repas plus satisfaisant lors d’une visite à un pont supérieur. À une occasion, je me souviens avoir été fasciné par la puissance des vagues que le navire provoquait dans son sillage. À certains moments, la poupe était éclaboussée par leur magnificence. À part quelques escales dans des ports, le Vulcania mis le cap directement sur Halifax après son départ. Lors d’une de ces escales, dans la noirceur de la nuit, mon père et moi sommes allés brièvement à terre avant de reprendre notre chemin.

Le 30 janvier 1960, une belle journée ensoleillée, la neige couvrait le sol. Alors que le navire approchait de la côte canadienne et que la terre était en vue, mon père m’a soulevé dans ses bras afin que moi aussi, je puisse apercevoir la terre. J’ai immédiatement été saisi par la couverture blanche qui recouvrait tout ce que je voyais. Ce n’est que plus tard que j’appris que ce que j’avais vu s’appelait de la neige. Et ce fut pour moi toute une découverte que de savoir que cette étendue blanche avait un nom. À Mendicino, la neige était si rarement épaisse, blanche et froide. Ça me semblait tellement étrange de voir de la neige au Canada, parce qu’onze jours auparavant, à notre départ de Mendicino, il n’y en avait pas un flocon.

Au moment d’accoster et de faire descendre les passagers, le capitaine nous a souhaité bonne chance. Une fois encore, nos documents furent inspectés et nous reçûmes le STATUT D’IMMIGRANT REÇU. Juste à côté du débarcadère, il y avait une gare d’où nous pouvions partir vers l’ouest.

Ce voyage en train consistait en un trajet vers Montréal, où nous avons changé de train pour nous rendre à notre destination. À l’approche de Sioux Lookout, je me rappelle avoir vu mon père contempler le paysage, probablement perdu dans ses pensées au sujet de la nouvelle vie qui l’attendait, lui et sa famille. Une fois le train en gare, j’ai pu voir la famille de ma mère debout sur le quai par un froid mordant de février pour nous accueillir.

Ce sont ces membres de la famille qui nous ont hébergés chez eux afin que nous ayons un endroit où demeurer. Ils étaient venus au Canada avant nous et s’étaient établis dans le nord de l’Ontario. Heureusement, leur maison était suffisamment grande pour abriter sept adultes et deux enfants.

Une de mes premières leçons culturelles fut d’apprendre combien le patin sur glace était populaire. Le lendemain de notre arrivée, mon oncle m’a emmené avec lui voir à quoi ressemblaient des patins. Il m’a fait signe que moi aussi j’apprendrais à patiner en grandissant. J’ai réalisé à ce moment que ma passion pour le soccer, sport de prédilection en Italie, était remise à plus tard. Vu que nous étions au Canada, on m’a initié au hockey et à toute la culture qui l’entoure.

En septembre 1960, j’ai dû quitter ma famille afin de fréquenter l’école pour malentendants de l’Ontario, à Belleville. Le souhait de mes parents à l’effet que je reçoive une meilleure éducation était une grande part de leur motivation à immigrer.

En 1964, ma famille a décidé de déménager à Toronto pour se rapprocher de Belleville. Pendant quelques années, lors de congés scolaire, j’ai souvent visité ma famille, jusqu’à ce que celle-ci déménage à Winnipeg, en juin 1968, pour se rapprocher de la famille de ma mère. Je suis alors parti compléter ma formation à l’école pour malentendants du Manitoba. Toutes les familles qui avaient partagé la maison de Sioux Lookout avaient maintenant leurs propres maisons à Winnipeg et tout le monde était heureux bien que nous nous ennuyions de l’Italie et avions hâte d’y retourner. Depuis notre arrivée au Canada, je suis retourné huit fois en Italie, ma mère trois fois et mon père a fait le voyage à quatre reprises. J’ai des tas d’amis et de parents en Italie. Je crois qu’il est vrai de dire que les immigrants appartiennent à deux mondes.

Mes parents souhaitaient que leurs enfants aient une meilleure vie et je crois qu’ils étaient heureux de leur décision, mais je sais bien que leur cœur se trouvait toujours en Italie. J’ai aussi de forts liens avec Mendicino, Cosenza, Italie.

Je suis fier d’être un ancien du Quai 21. J’ai fait l’achat de quatre briques du mur Sobey en hommage à moi-même, mais aussi à mes parents (Giuseppe et Teresa Filippelli), à mes grands-parents (Antonio et Maria Conte) et à ma sœur (Tonina Filippelli Fiorentino).

Je me souviendrai toujours d’un conférencier invité qui a fait une présentation au nouveau Centro Caboto de Winnipeg en 1998. Il disait, et je suis tout à fait d’accord avec lui, que nous, les enfants des générations qui nous ont précédé, devrions remercier et respecter ces pionniers d’être venus au Canada enrichir leur vie et celle de ceux et celles qui les ont suivis.