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L’histoire de Marie-Denise

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0:00 – 0:20 Quand je pense à ma vie en Haïti, et ça remonte quand même à quelques années, j’avais une vie… J’étais dans la vingtaine, donc je venais de finir l’université, ma vie était simple, ma vie était facile. J’allais au travail, j’avais des amis, je sortais, j’avais de la famille, ma vie s’inscrivait dans la légèreté et l’insouciance.
0:20 – 0:51 En fin de compte, je n’ai pas choisi le Canada, je pense que le choix s’est imposé à moi. J’ai dû partir dans des circonstances difficiles. Je suis partie d’Haïti suite à une arrestation arbitraire, donc ça s’est très vite déroulé et tout a déboulé très vite, donc suite à l’arrestation… Déjà que j’avais été ébranlée par cette expérience. Ensuite il a fallu quitter Port-au-Prince et en réalité ça a été plus mes parents, le réseau, les interventions politiques, qui ont fait que je suis partie précipitamment.
0:51 – 1:18 J’ai été arrêtée sur la route, j’allais à la plage avec mon ami à l’époque, et il y avait un couvre-feu et on n’était pas au courant du couvre-feu, donc il y a eu des arrestations arbitraires. Et à la même époque, il y avait eu un assassinat d’un membre de l’armée. Donc ils voulaient nous faire endosser ce meurtre et une fois qu’on rentrait dans la machine… Moi je me rappelle de cette phrase, à l’époque j’avais été arrêtée avec mon compagnon qui s’appelait Gérard, et il m’a dit : « Là, tu rentres dans la machine. »
1:19 – 1:46 Quand je suis arrivée à Montréal, j’ai eu la chance quand même de très vite intégrer un réseau au sein d’abord de la communauté haïtienne, qui m’a accueillie, et au sein de la famille. J’avais d’abord comme pied-à-terre, ma famille. Donc je n’avais pas les soucis immédiats de trouver un logement, de trouver un emploi, donc j’ai été accueillie par mes cousines, ma tante… Et au niveau familial, je pense que j’avais tout le besoin affectif, donc de ce côté-là, j’étais très nourrie.
1:47 – 2:03 Et là, j’ai fait une demande de statut de réfugié, donc il y a eu toute la partie plus lourde, légale, d’aller chez un avocat, de monter un dossier. Voilà, donc j’avais la peinture, le côté légal, le côté affectif, et tout doucement, je me suis reconstruite.
2:03 – 2:34 Je suis arrivée ici parce que j’avais de la famille ici. Mais après plus de vingt ans, je peux dire que je suis heureuse de vivre au Canada, je suis heureuse d’avoir pu passer ma vie d’adulte au Canada, je suis heureuse des mécanismes citoyens auxquels, je pourrais dire, je m’associe ou je me reconnais et je suis contente de ma vie, je trouve que j’ai une vie satisfaisante. Avec des hauts et des bas, comme tout le monde, mais dans les mécanismes citoyens, dans la notion de citoyenneté, dans les valeurs, je me retrouve.
2:35 – 3:07 J’espère qu’en partageant cette histoire, on peut peut-être rentrer dans une notion de dialogue et surtout une notion de curiosité de l’autre. J’ai souvent l’impression que quand on parle d’autres cultures, que les gens ont tendance à mettre les gens dans des boîtes. Là il y a la boîte pour telle culture, et là il y a une boîte pour une autre culture. Donc j’espère que ça amène peut-être une curiosité au niveau de la rencontre de l’autre, plutôt que de la culture de l’autre, dans toutes les multiplicités et diversités qu’il existe dans chaque petite boîte.