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Margot Overington : mes premiers pas comme pacifiste

En 1967, j’ai complété ma troisième année à l’Université Clark au Massachusetts, et je suis montée à bord d’un avion en direction du sud, pour Fort McClellan, en Alabama.

J’étais parmi les 150 femmes sélectionnées pour intégrer l’armée des États-Unis, grâce à un programme destiné aux femmes de haut calibre pour entrer dans l’armée en appui à l’effort de guerre du Vietnam; 150 femmes à l’aube de la dernière année d’université, réunies pour un entraînement expérimental de base, pendant quatre semaines. L’armée avait besoin de nous … et ils nous ont fait une offre financière substantielle afin d’obtenir les meilleure jeunes femmes aux États-Unis.

L’offre financière était attirante pour moi. En outre, mon père et toute sa génération ont servi dans toutes les ramifications militaires durant la Seconde Guerre mondiale, je n’avais donc aucune difficulté à tenir compte de l’offre de l’armée.

En arrivant à Fort McClellan, nous avons débuté notre entraînement de base… parce que nous étions des officiers en entraînement, nous jouissions d’un traitement spécial. L’offre consistait en quatre semaines d’entraînement… Si cela vous plaît, joignez-vous à nous. Si cela ne cadre pas, nous vous expédions n’importe où aux États-Unis.

C’était une grande base militaire. Il y avait des dizaines de milliers de lieutenants prêts à être expédiés outre-mer. Les seules personnes qui pouvaient fréquenter quelqu’un étaient les 150 femmes de ma section ! Parce que nous étions des officiers en entraînement, les rencontres étaient permises !

Pour la première et la seule fois de ma vie, le ratio homme / femme était à peu près de 1000 pour 1. SYMPATIQUE !

J’ai pensé que si je devais tuer un autre être humain, je voudrais savoir exactement pourquoi je devais le faire. Je voudrais regarder cette personne dans les yeux, et alors la tuer. Je voudrais savoir.

Chaque soir, je rencontrais un nouveau lieutenant. J’ai posé la question : « Étant donné que tu pars pour le Vietnam, comment peux-tu justifier tuer quelqu’un qui vit dans ce pays ? »

J’ai reçu des réponses comme :

« Je ne veux pas désappointer mes parents. »

« Je ne sais pas quoi faire d’autre. »

« Je ne veux pas aller en prison. »

« Je ne veux pas quitter les États-Unis. »

Cela a été mon premier « Ah-ha ». À aucun de mes rendez-vous avec un « bon parti », je n’ai trouvé quelqu’un qui avait réfléchi à ce qu’il allait faire.

Environ à la troisième semaine de l’entraînement de quatre semaines, nous avons eu une conférence obligatoire. Un sergent récemment revenu du Vietnam a donné une conférence sur la guerre chimique et biologique. L’immense amphithéâtre était bondé et débordant de places debout.

Il a débuté sa conférence avec cette phrase qui s’est gravée dans mon âme : « il est dommage que nous devions tuer, mais comme nous devons le faire… faisons-le efficacement. »

Une bombe atomique a explosé dans ma tête. Je ne me souviens de rien d’autre de la conférence à l’exception de ce principe de base incroyable. « Nous devons tuer. »

Mon deuxième « Ah-ha. »

Après la conférence, j’ai parlé avec un certain nombre de femmes de mon unité au moment où nous retournions ensemble à nos baraquements. Aucune à qui j’ai parlé n’avait remarqué la première hypothèse. « Nous devons tuer. »

Mon troisième « Ah-ha. »

Après la conférence, je savais que l’armée américaine, ma famille, mon pays, mon église s’entendaient à ce sujet, mais pas moi.

Je savais que je devais quitter; c’était immoral pour moi de vivre avec ce mensonge.

J’ai obtenu mon diplôme de l’Université Clark, le 2 juin 1968, et j’étais à bord d’un avion le jour suivant, en route pour le Canada. Je suis devenue immigrante à l’aéroport de Montréal, j’ai pris ma correspondance pour Toronto, où j’ai démarré ma vie d’adulte.

Je me suis installée en quelques semaines, et j’ai trouvé l’Union des exilés américains (UAE). L’Union a travaillé les nuits et les week-ends, au moment où le « Programme anti conscription de Toronto », une organisation supportée par les Quakers, a fermé. Nous avons mis sur pied un service d’urgence d’hébergement et de nourriture, pour que ceux qui passaient la frontière durant la nuit puissent trouver un endroit où arriver. Je faisais partie d’une coopérative qui prenait soin des déserteurs, parmi les plus difficiles à placer.

En 1971, j’ai déménagé à Halifax, et pendant un moment, je faisais partie du « Quaker Seymour Street house ».

Je vous remercie de me permettre de partager cette partie de mon voyage de vie.

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