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Familles

Mary et Leonard Vermey
Février 1953 - Groote Beer

Nous nous sommes mariés le 5 février 1953 et deux semaines plus tard, le 20, nous étions à Rotterdam et montions à bord du Groote Beer pour nous en aller au Canada et y commencer notre vie ensemble.

La nourriture était bonne sur le navire. Ce dont je me souviens le plus, c’est surtout les fruits frais qu’on nous servait au dessert… et il y en avait beaucoup !

Il y avait de très grandes salles remplies de lits superposés pour dormir, femmes et enfants dans une salle et les hommes dans une autre… pas très agréable pour des nouveaux-mariés !

La météo était mauvaise et la mer houleuse, beaucoup de gens avaient le mal de mer, et nous aussi. Parfois, le temps était si mauvais qu’on était incapables de sortir du lit et on ne s’est pas vus l’un l’autre pendant des jours. Je me souviens qu’un matin, le responsable est venu et a ordonné que toutes les femmes prennent les couchettes du haut et les enfants, celles du bas. Ils ont placé des filets pour qu’ils ne tombent pas. Le responsable ne portait ni sa veste, ni son nœud papillon. Je pense qu’il ne se sentait pas bien, lui non plus.

Parfois, c’était très brumeux et la corne de brume retentissait presque tout le temps. On nous a demandé de préserver l’eau. Le voyage allait prendre plus de temps à cause de la météo et ils allaient en manquer.

Quand le navire s’est approché de Halifax, quelqu’un a dit qu’il pouvait voir la terre et tout le monde est allé sur le pont, nous n’étions plus malades. Un petit bateau est venu et il remorqua le Groote Beer dans le port. C’était l’après-midi quand nous sommes arrivés et nous avons dû rester à bord du navire jusqu’au lendemain matin.

Ce soir-là, la salle à manger était à nouveau remplie et nous nous sentions tous assez bien pour manger. En face de moi à la table se trouvait un jeune homme, je l’avais vu durant la première nuit à bord du navire. À ce moment-là, il avait les joues roses et un beau visage en santé. Maintenant, il avait l’air pâle et amaigri. Il nous a dit qu’il n’avait pas été capable de manger de toute la semaine.

Puis, le matin est venu, nous avons pris le petit déjeuner et tout le monde s’est préparé à quitter le navire. Nous étions au Quai 21. Il y avait le bâtiment, qui ressemblait plus à une grange ou à un grand hangar. Quand nous sommes entrés, il y avait ces femmes en habits gris. Elles étaient membres d’un ordre religieux, je pense. Elles nous ont aidés et nous ont dit tout ce qui nous était nécessaire de savoir.

On pouvait dîner. Je ne me souviens pas si c’était gratuit ou si nous avons eu à payer. Nous avons mangé des frites et pour la première fois de ma vie, j’ai vu et goûté du ketchup. Je n’ai pas aimé ça… mais maintenant, j’aime bien !

Puis nous avons dû passer par la sécurité et ouvrir nos valises. Avec de grandes pinces, ils ont sorti tout leur contenu. Ils n’ont rien trouvé rien d’illégal, mais j’ai eu bien du mal à remettre tout en place.

Ensuite, il fallait monter à bord du train qui nous attendait. Il a fallu beaucoup de temps avant que tout le monde soit à bord et encore plus encore avant qu’on commence à bouger. C’était maintenant le soir et on ne voyait plus grand chose.

Il n’y avait aucun lit dans le train. Nous avons donc dû dormir assis… et en s’appuyant l’un sur l’autre. Mais au moins, nous étions ensemble à nouveau.

Le lendemain, tout ce que nous avons vu, c’était de la neige : des voitures enneigées montrant seulement leur toit et des toits de maisons et de granges chargés lourdement de neige.

Je ne me souviens pas combien de temps nous avons passé sur ce train. Nous avons rejoint Brockville et nous sommes descendus. Le frère de mon mari et sa femme y vivaient et nous sommes restés chez eux pendant près d’une semaine. Je ne pense pas que nous n’ayons jamais eu aussi froid de toutes nos vies alors que nous étions là. Ils nous ont amenés à la gare et nous voilà repartis pour la dernière partie de notre voyage. Nous avons dû effectuer un transfert à Toronto, ce qui a été un peu compliqué, mais nous avons finalement trouvé le bon train, en direction de Chatham.

Il n’y avait plus beaucoup de neige et plus nous approchions Chatham, moins il y en avait. Les champs de blé et les gazons étaient beaux et verdoyants. Le Sud de l’Ontario avait eu un hiver très doux, nous a-t-on dit.

Nous sommes arrivés à Chatham. Ma tante et mon oncle, qui étaient venus au Canada plusieurs années plus tôt, nous y attendaient. Ils nous ont amenés pour rencontrer l’agriculteur pour lequel nous allions travailler. Il s’appelait Walter Clements et il avait signé pour nous donner du travail pendant un an. Nous avons vécu chez ma tante jusqu’au premier avril, puis la maison où nous allions vivre s’est vidée et nous étions enfin autonomes.

Nous n’avions pas à payer de loyer pour la maison, nous avions du lait gratuitement et Walter payait l’électricité. Nous nous sentions vraiment choyés, nous avions l’eau courante, l’éclairage électrique et le gaz pour chauffer et cuisiner. Nous n’avions jamais rien eu de tout ça en Hollande.

Mon mari était payé 100 $ par mois et moi, j’avais 60 cents l’heure pour travailler dans les champs. C’était de très bon salaire pour l’époque. Walter et son épouse Ruth ont été très bons pour nous et nous ont aidé de toutes les façons qu’ils le pouvaient. Nous sommes restés là pendant 10 ans. Le travail était dur, mais pas autant qu’en Hollande.

Nous avons finalement quitté cette maison et avons loué une grande et vieille ferme qui se trouvait proche et nous cultivions encore des tomates et des concombres pour Walter. Nous avons vécu dans cette vieille maison pendant 16 ans, puis en 1979, nous avons acheté la maison dans laquelle nous vivons encore aujourd’hui. Quand mon mari était âgé de 62 ans, il a dû prendre sa retraite pour des raisons de santé.

Nous n’avons jamais été déçus d’être venus au Canada, la vie a été bonne pour nous et l’est toujours. Nous nous sommes très heureux et reconnaissant d’être ici. Nous avons cinq belles filles et quatre beaux garçons. Ils ont tous une bonne éducation et de bons emplois payants et nous avons 13 petits-enfants et presque cinq arrière-petits-enfants.

Nous aimons ce pays. Merci au Canada de nous avoir accueillis.