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Des histoires de bravoure et d’amour : les épouses de guerre Joan Dumaine et Joyce Audrey Amirault

Femme joue avec bébé sur une couchette d’un vieux navire de transport.

Mme J.W. Perry, une épouse de guerre, et sa fille Sheila à bord du SS Letitia, en route vers le Canada, en 1946.

Crédit : Carney J. Gloster, Bibliothèque et Archives Canada

Joan est arrivée en train à Montréal dans une tenue de printemps avec des chaussures ouvertes. En mars. Il y avait 8 pieds de neige au sol quand elle a quitté la gare. Elle se défend qu’à son départ de l’Angleterre, le printemps était en pleine floraison, et il y faisait chaud. Joan se souvient d'avoir été étonnée par les magasins canadiens contenant des vêtements et de la nourriture qu'elle n'avait pas vus pendant toute la durée de la guerre. Elle se souvient que, sur le bateau reliant Southampton au Quai 21, les enfants recevaient des bananes à manger, mais ne savaient pas quoi en faire et essayaient de les manger avec la peau. Pendant ce voyage, elle s'est souvent demandé ce qu'elle faisait et ce qu'elle allait faire.

« Entre 1942 et 1948, plus de 60 navires différents en provenance du Royaume-Uni, de la France, des Pays-Bas, de la Belgique, de l'Irlande, de l'Italie et de Terre-Neuve ont amené des épouses de guerre et leurs enfants au Canada, transportant plus de 97 % d'entre elles au Quai 21 », à Halifax, explique Jan Raska, chercheur au Musée. Dans son livre Quai 21 : Une histoire, rédigé avec Steven Schwinghamer, ils expliquent qu'il y a eu environ 48 000 mariages de militaires canadiens pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale. Commençons par deux de ces histoires...

Paul Dumaine (né à Saint-Hyacinthe, au Québec) s’est engagé dans l’armée à 18 ans et s’est porté volontaire pour aller en Europe. Il a rencontré sa femme alors qu’il était en poste sur la côte. Il a acheté un vélo avec son salaire et l’a utilisé pour aller au cinéma. Il se souvient d’une fois où une fille s’est avancée vers lui dans la cour. Il ne parlait que le français, et pas l’anglais, mais il se souvient lui avoir dit : « Vous. Venez. Cinéma? » Cette fille s’appelait Joan. Elle deviendra la femme de Paul.

Une mariée est assise avec un grand bouquet de fleurs tandis que le marié se tient à côté d’elle.

Photographie de Joan et Paul Dumaine le jour de leur mariage, 1945.

Crédit : Musée canadien de l’immigration du Quai 21 [DI2014.481.1]

Joan est née à Brighton, dans le Sussex, en Angleterre. Elle vivait dans une belle maison de six chambres avec sa famille. Elle se souvient de la déclaration de guerre et que le gouvernement est venu inspecter sa maison. Ayant de la place à revendre, sa famille a été chargée d'accueillir deux garçons évacués de Londres, âgés de 9 et 11 ans. Pendant les six années de guerre, la famille de Joan a aussi accueilli un policier, un pompier, un sergent canadien avec sa femme et ses deux enfants, six commandos britanniques, puis six autres commandos. Paul avait également une chambre dans la maison et y restait les fins de semaine, lorsqu'il était en congé. Joan se souvient que Paul passait devant leur maison en camion. Il sautait d'un côté, courait par la porte d'entrée jusqu'au garde-manger, où il prenait des biscuits ou des gâteaux, puis repartait et sautait à nouveau sur le camion qui arrivait au coin de la rue.

Le 19 août 1942, Paul a reçu l'ordre de récupérer son équipement, car il partait pour la France, atterrissant à Dieppe. Selon Paul, beaucoup d'hommes étaient excités de voir enfin de l'action. Paul a failli mourir sur la plage de Dieppe et Joan ignorait qu'il était même parti...

Paul se souvient d'avoir couru le long de la plage et, au bout, d'avoir vu un mur protégeant la ville. Tous les hommes qui ont franchi le mur, selon Paul, sont morts. Paul a rejoint des hommes qui utilisaient un char dont les chenilles avaient décroché et qui était coincé sur des rochers comme couverture. Il se souvient de coups de feu, d'avoir été touché et que des éclats d'obus ont traversé son casque et frôlé son crâne, avant de perdre connaissance. À son réveil, il se souvient avoir eu envie d'aller au bord de l’eau pour se laver, mais ses jambes ne fonctionnaient pas correctement (à cause du choc). Il se souvient de l'arrivée d'une petite péniche de débarquement et d'avoir entendu des cris appelant les blessés. Paul a trouvé la force, s'est levé et a commencé à porter des hommes vers le bateau sous le feu des armes. Paul n'est jamais parti en bateau. Bien que blessé, il marchait encore, donc il n’était pas l’un d’eux. Les bateaux où Paul avait chargé les blessés ont été coulés par l’ennemi. Paul a été capturé et a passé 13 mois dans un camp de prisonniers de guerre en Prusse orientale, dans le nord de l'Allemagne.

Joan a eu des nouvelles de Paul par deux de ses amis qu'elle a rencontrés en ville. Ils lui ont dit que Paul avait été tué sur la plage de Dieppe. Les parents de Paul avaient reçu un télégramme du gouvernement canadien indiquant qu'il était porté disparu au combat. Après les funérailles, Joan a reçu un choc : une carte de Paul disant qu'il était dans un camp de prisonniers et demandant des cigarettes, du savon et une brosse à dents. Paul n'était pas un fumeur, mais dans le camp de prisonniers de guerre, les cigarettes étaient monnaie courante et servaient à soudoyer les gardes, notamment pour obtenir de la nourriture. Paul se souvient qu'on ne lui donnait presque rien à manger au camp. On leur donnait un morceau de pain, une pomme de terre et une soupe qui, selon Paul, était faite d'eau de vaisselle. Il portait des menottes tous les jours.

En tant que chauffeuse dans l’armée, Joan a conduit des ambulances et des voitures d’état-major. Elle devait s’embarquer pour la France le jour suivant, mais elle a reçu un télégramme de sa mère disant que Paul était de retour en Angleterre. Il a été libéré à la fin du mois de mai 1945. Joan a pris plusieurs jours de congé pour raisons familiales et a retrouvé Paul à l’hôpital. Peu après, ils se sont mariés. Ils ont passé deux semaines ensemble avant que Paul ne soit renvoyé au Canada. Joan l’a suivi en mars 1946.

Partageant une histoire similaire, Joyce Audrey Amirault est entrée dans le Quai 21 le 12 novembre 2020. Ce n'était pas la première fois que Joyce arrivait au Quai. Elle était entrée au Canada par le Quai 21 près de 75 ans auparavant, en tant que jeune épouse de guerre. Malgré le passage du temps, Joyce garde de merveilleux souvenirs d'une belle traversée sur le navire-hôpital Lady Rodney. Elle explique qu’elle n’a jamais eu le mal de mer et qu’elle a profité de chaque repas. Elle se souvient qu'elle avait hâte de débarquer à son arrivée à Halifax, mais que, comme c'était la fête de la Reine, elle a dû attendre à bord une autre nuit avec ses compagnes. Joyce a retrouvé son mari, le soldat Louis Amirault du West Nova Scotia Regiment, dans le comté de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. Louis avait été capturé pendant la campagne d’Italie, puis avait enduré deux années comme prisonnier de guerre. Ce jour-là, Joyce est arrivée au Quai 21 pour une raison très différente. Accompagnée de sa fille, Peggy, elle est venue voir les deux briques qui lui ont été offertes sur le Mur de service du Musée, l'une en son honneur, l'autre en l'honneur de son mari, toutes deux soulignant leur parcours. Les mots sur la brique sont peu nombreux, mais l'histoire qu’ils racontent est pleine d'amour. Joyce passe par les portes originales qu'elle a franchies en tant que jeune fille entrant au Canada. Elle pose pour des photos avec le Mur de service derrière elle. Les noms se détachent sur des briques différentes, chacun avec sa propre histoire : un voyage canadien.

Une femme en fauteuil roulant est assise devant un mur couvert de plaques vertes.

Joyce Audrey Amirault (à gauche) visite ses briques sur le Mur de service avec sa fille, Peggy.

Pour plus d'information sur le don d'une brique sur notre Mur de service, veuillez contacter Maria Almeida, gestionnaire des relations avec les donateurs, à l'adresse suivante : malmeida@quai21.ca or (902) 420-6656.

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