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S'échapper vers la terre au-delà du mur

Dans son dernier livre d'images, The Land Beyond the Wall, l'auteure et illustratrice Veronika Martenova Charles raconte l'histoire d'Emma, une jeune fille si assoiffée de liberté qu'elle quitte sa demeure et commence une traversée ardue de l'océan en direction d'une terre étrangère où elle doit redécouvrir sa voix. L'histoire d'Emma est en fait une réinvention lyrique de la véritable expérience qu'a vécue l'auteure lorsqu'elle s'est enfuie de la partie de l'Europe contrôlée par les Soviétiques pour venir au Canada. C'est aussi la première fois que Veronika écrit ou dessine ce qu'elle a vécu lorsqu'elle habitait dans le centre de détention du Quai 21. Elle explique que son livre « est très personnel ».

En se remémorant sa vie à Prague qui était à l'époque derrière le rideau de fer, dans le bloc soviétique de l'est, Veronica dit qu'elle « pense avoir eu une enfance ordinaire et heureuse ». « Lorsque vous êtes enfant, vous ne réalisez pas ces restrictions. En rétrospective, il y en avait plusieurs, mais les enfants ont des amis, une mère et un père qui les aiment, tout va bien. »

La volonté naturelle de Veronika de vivre de façon créative s'est développée avec l'âge. Dans un environnement où la liberté d'expression était limitée et que les communications étaient étroitement surveillées, Veronika a poursuivi toutes les avenues créatives possibles. Elle a joué du violon, elle a chanté dans une chorale, elle a suivi des cours d'art et elle a fait du dessin. Sa passion pour la créativité, combinée à une saine dose de rébellion, a transformé Veronika en chanteuse rock florissante et elle a commencé à faire des tournées avec un groupe lorsqu'elle était adolescente. En mai 1970, lorsqu'elle avait 19 ans, Veronika et son groupe se sont arrêtés à Gander, à Terre-Neuve, alors qu'ils étaient en voyage vers Cuba pour y faire une tournée.

Veronika Martenova Charles comme adolsecent.

Veronika Martenova Charles comme adolsecent

Veronika a immédiatement été frappée par l'étrangeté du Canada. « Je me souviens à quel point c'était différent (rires). On nous a donné de la nourriture, je crois que c'était du céleri haché, je n'avais jamais rien goûté de semblable. » Ces différences, bien que petites, ont été suffisantes pour lui montrer à quel point le monde était réellement grand et lui montrer qu'elle avait encore beaucoup à découvrir. Elle a réalisé qu'un désir de voir le monde se développait en elle, qu'il y avait tant de choses qu'elle ne savait pas : « il y avait cette soif ». Plus tard, lorsqu'elle marchait sur une plage cubaine, Veronika a soudainement pris une décision qui allait changer sa vie. « Il y avait ce vent de liberté, j'ai pris la décision à cet instant, ce n'était pas planifié, que si l'avion arrêtait à Gander, je ne retournais tout simplement pas. »

En rétrospective, Veronica explique que ce choix était aussi une façon de se donner le rôle de « l'héroïne » d'une histoire d'aventure afin d'être prête à se lancer dans un grand périple, en plus d'être une façon d'atteindre son « plein potentiel ». Elle savait que si elle partait, elle n'aurait jamais l'occasion de revenir, car, comme l'explique Veronika, à cette période de l'histoire une personne qui fuyait la Tchécoslovaquie « était considérée comme un traître politique et cela impliquait plusieurs années d'incarcération ».

L'avion s'est effectivement arrêté à Gander pour refaire le plein. Veronika est débarquée et n'est pas remontée à bord. Elle a trouvé une porte dans l'aéroport sur laquelle se trouvait un panneau disant « immigration » et en utilisant un peu d'anglais qu'elle avait trouvé dans son dictionnaire, elle a expliqué son plan à l'agent. Comme elle n'a pas eu la permission de reprendre ses bagages, Veronika a commencé sa nouvelle vie au Canada avec un « sac à maquillage dans lequel se trouvaient quelques dents de requins venant de la plage, et un peigne » et ne portant qu'une robe d'été. L'agent d'immigration a installé Veronika dans un motel pour la nuit et l'a transportée au Quai 21 d'Halifax le jour suivant.

Son déménagement au Quai 21 a été difficile et même traumatisant. À l'époque, le centre d'immigration servait principalement de centre de détention pour les transfuges politiques du bloc soviétique et Veronika se souvient d'avoir été questionnée « encore et encore » par un interprète polonais. Elle explique : « ils pensaient que j'étais une espionne ». Elle se souvient aussi d'avoir été seule, effrayée et qu'il y avait des insectes, des cafards plus exactement. « Il y en avait tant! Elles montaient sur moi pendant la nuit. »

Veronika a passé trois mois au Quai 21, puis elle a reçu un permis temporaire lui permettant de travailler au Canada. Lorsqu'elle était seule, elle affirme que compassion qu'elle a reçue de la religieuse Florence Kelly, du révérend J.P.C. Fraser et de son épouse, tous des bénévoles, l'a sauvée. Voici ce qu'elle a à dire de son accueil au Canada : « C'était un environnement assez froid, ils n'avaient jamais rencontré quelqu'un comme moi ». C'est en grande partie grâce à l'aide qu'elle a reçue de la part des bénévoles du Quai 21 qu'elle a réussi à s'installer. « Sans ces gens, ça aurait été vraiment pire. »

L’art de la couverture de The Land Beyond the Wall.

L'art de couverture de The Land Beyond the Wall

Veronika’s The Land Beyond the Wall écrit par Veronika est une histoire qui s'est fait attendre pendant longtemps. La regrettée Ruth Goldbloom, cofondatrice du Musée du Quai 21, a abordé Veronika au milieu des années 1990 afin de lui demander d'écrire un livre pour enfants au sujet de son expérience, mais celle-ci n'a pas pu le faire. « Je n'étais pas prête à retourner dans ce coin de mon esprit. Je ne pouvais tout simplement pas y faire face. » C'est la crise syrienne qui a finalement fait ressortir l'histoire. « Les vagues de gens qui se déplaçaient en si grand nombre » et tout particulièrement l'arrivée de trois enfants réfugiés. Elle explique que c'est ce qui « fait ressurgir le tout ».

Bien que The Land Beyond the Wall soit ultimement une histoire d'espoir et d'épanouissement, Veronika a intentionnellement choisi de ne pas s'attarder sur la partie sombre de l'histoire. Elle voulait surtout que les enfants sachent que son personnage comprenait ce que c'était d'être « dans un endroit étrange lorsqu'on ne parle pas la langue et qu'on ne comprend personne ». C'est en faisant des lectures pour les enfants réfugiés dans les bibliothèques que Veronika a réalisé à quel point ces sentiments font vibrer les enfants et les relient entre eux. Elle dit que « les enfants écoutaient vraiment attentivement, que personne n'était agité » et explique que les « livres ouvrent nos yeux au monde ».

Tout comme Emma de The Land Beyond the Wall, la quête éreintante de Veronika a une fin heureuse. Ayant passé 47 ans au Canada, Veronika dit que l'une des meilleures choses est le multiculturalisme étendu. « C'est comme avoir le monde dans le creux de sa main. » Elle apprécie aussi grandement le fait que tout le monde peut aller à la bibliothèque, emprunter des livres et trouver de l'information sur tous les sujets. Cette appréciation, son voyage et ses expériences brillent dans son travail et elle dit que le plus important pour elle est la chance de pouvoir « redonner ». « Mes histoires prennent racine dans différentes cultures et j'essaie d'exprimer un point de vue voulant que peu importe d'où nous venons, nous sommes tous les mêmes. »

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Veronika travaille sur un dessin

Veronika Martenova Charles est l'auteure et illustratrice de plusieurs livres pour enfants dont Maiden of the Mist: A Legend of Niagara Falls, The Crane Girl, The Birdman, et la série Easy-to-Read Spooky Tales. Son tout dernier livre The Land Beyond the Wall, publié par Nimbus, peut être acheté à la boutique de livres Woozles, à la boutique de cadeaux du Quai 21 et en ligne.

Veronika sera aussi à la bibliothèque Halifax Central Library le 16 septembre, de 10 h à 16 h, pour le festival de livres et de magazines The Word on the Street. Elle adorerait que vous veniez la rencontrer sur place pour faire signer l'un de vos livres.

Veronika et la Soeur Florence Kelly.

Veronika et la Soeur Florence Kelly