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Les nombreux visages de la gentillesse

La collection du Musée contient des centaines d'histoires d'immigrants qui ont bénéficié d'actes de gentillesse dans leur nouveau pays. Il s'agit habituellement d'un simple geste, comme offrir de l'aide, offrir quelque chose à manger, parler une langue familière. Ces moments ont bien souvent un énorme impact sur la personne et ils peuvent même avoir des répercussions sur plusieurs générations. C'est dans l'esprit des Fêtes que nous vous présentons quelques histoires de gentillesse qui se sont déroulées de différentes façons, mais toujours au bon moment.

Une boîte de Cornflakes
L'immigrante italienne Sara Davis se souvient d'une boîte de céréales bien spéciale. Sara est arrivée au Quai 21 à l'âge de 11 ans en compagnie de sa mère et de sa sœur. Elle se souvient qu'elle se sentait seule et qu'elle s'ennuyait des amis qu'elle avait laissés derrière elle. « Je me souviens que l'Armée du Salut était là pour nous accueillir quand nous sommes arrivés au Quai 21. Ils ont donné à ma sœur, mon frère et moi des boîtes de céréales Cornflakes, écrit-elle. Ce geste de gentillesse, pour un immigrant traversant un changement de vie très traumatisant... Ce n'est pas quelque chose que l'on oublie. »

Ce sentiment est demeuré avec Sara pour le reste de sa vie. « L'Armée du Salut est pour moi synonyme de geste de gentillesse et j'ai soutenu leur organisation pendant ma vie adulte. » Elle espère que des immigrants arrivant au pays pourront, tout comme elle, faire l'expérience de cette gentillesse.

« Comment allez-vous? »
L'immigrant italien Ulderico Ficaccio a passé son premier Noël au Canada à bord d'un train se dirigeant vers Timmins, en Ontario. Âgé de seulement 24 ans, il avait immigré seul et avait déjà le mal du pays. Ulderico se souvient du froid : « Il faisait -25 degrés Celsius, je n'avais jamais fait l'expérience de ce genre de froid, écrit-il. D'où je venais, la neige était très rare. »

Le lendemain de son arrivée, il a commencé son travail dans un camp de bûcherons où il coupait des arbres avec une hache et une scie. Un mois plus tard, il s'était surmené et il s'est retrouvé à l'hôpital avec les muscles abdominaux enflammés. « C'était l'un des moments les plus difficiles, parce que je... Je ne savais pas ce que j'avais, écrit-il. Je ne pouvais pas comprendre, parce que je ne parlais pas anglais. » Au huitième jour de son hospitalisation, une femme plus âgée est entrée dans sa chambre et lui a demandé : « Come stai? (comment allez-vous) ». Cette simple question a fait déborder quelque chose en lui. « Je n'en croyais pas mes oreilles, j'étais fou de joie, mais tout ce que j'ai pu faire, c'est pleurer, toutes mes émotions sont sorties. » Ulderico a enfin pu comprendre ce qu'il avait, qu'il allait s'en remettre et qu'il devait seulement passer trois autres jours à l'hôpital. « Elle est venue me rendre visite et m'a apporté des fruits tous les jours, jusqu'à ce que je puisse prendre congé de l'hôpital », explique-t-il.

Un pâté à la dinde
L'immigrante écossaise Mary Zahar avait dix ans quand son père a remporté une cagnotte de soccer. Il s'agissait d'un montant suffisant pour payer sa traversée jusqu'au Canada. Il est donc venu en premier pour « paver la voie, afin que notre famille puisse commencer une nouvelle vie ». Un an plus tard, Mary est venue le rejoindre à Edmonton, en Alberta, en compagnie de sa mère et de ses trois frères et sœurs.

Mary se souvient qu'après avoir passé sept jours à bord du navire, le voyage en train semblait tout particulièrement long. « Nous n'avions plus beaucoup d'argent pour la nourriture. Nous nous sommes donc débrouillés avec les pommes et des oranges que nous avions achetées sur le navire, ainsi qu'avec les gâteries que les passagers donnaient aux enfants. »

Photographie en noir et blanc d'une jeune fille vêtue d'un manteau d'hiver tenant une pomme offerte par une femme.

Une bénévole offre une pomme à un jeune immigrant.

De la collection Bert Wetmore. [R2013.1477.3]
Musée canadien de l'immigration du Quai 21

Une fois à Edmonton, l'installation a présenté un défi pour tous les membres de la famille. Mary écrit qu'ils ont acheté « une cabane pour quatre à 200 $ ». Elle se souvient tout particulièrement des Murphy, les gens bienveillants qui leur ont vendu cette demeure. « J'imagine qu'Elda Murphy a vu notre situation difficile, tous ces enfants, pas d'argent, écrit-elle. » Pour souhaiter la bienvenue à notre famille, Elda Murphy est « arrivée à notre porte avec un pâté à la dinde, des légumes et, je crois, un dessert quelconque ». Mary écrit que sa mère a pleuré du simple fait de ce geste « attentionné, généreux et de bon voisinage ».

« Les Murphy et mes parents sont devenus des amis à vie. »

Comme à la maison
L'immigrant du Soudan du Sud Abuk Tong est arrivé au Canada grâce à l'aide de son oncle, en compagnie de sa mère et de ses quatre frères. Ils ont échappé à la guerre qui se déroulait au Soudan et ont habité dans un « camp ougandais » pendant trois ans, avant d'immigrer à St. John's, à Terre-Neuve. Les quatre frères ont étudié à « l'une des meilleures écoles de Terre-Neuve » et Abuk se souvient de s'être immédiatement senti accepté.

« Nous avons rencontré tant de gens, écrit-il, des gens si accueillants et, plus que tout, très patients avec nous, car nous apprenions l'anglais comme langue seconde. Pour la première fois depuis longtemps, nous nous sommes sentis comme à la maison dès que nous sommes arrivés ici. Partout où nous allions, les gens nous accueillaient avec chaleur et gentillesse. »

« Prendre la décision de déménager au Canada a été le meilleur choix que nous avons fait dans notre vie. Le Canada est notre demeure! »

Une invitation
L'immigrante roumaine Mary Dwyer avait huit ans lorsqu'elle a fêté son premier Noël au Canada, en 1930. Avec la dépression, ce temps des Fêtes s'annonçait maigre pour la famille.

Un jour, Mary a rapporté une lettre à la maison. Elle provenait de sa maîtresse d'école et s'adressait à toute la famille. Il s'agissait d'une invitation à une fête de Noël donnée à l'Église anglicane St. Philips, située sur l'avenue Spadina. Les plus vieux étaient sceptiques. « Ma mère, mon père et mon oncle étaient inquiets qu'il s'agisse d'une convocation concernant quelque chose de mal que nous aurions fait. » Leur inquiétude découlait de traumatismes passés. Le père de Mary avait servi dans l'armée austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale et il avait vécu de sombres jours en tant que prisonnier de guerre, jours pendant lesquels, comme l'écrit Mary, « il a vu des atrocités indicibles au nom de la religion ».

Les membres de la famille ont décidé d'aller jeter un coup d'œil tous ensemble. Ils ont approché l'église avec appréhension. Mary se souvient de quelle façon son oncle Andy est allé de l'avant et a « jeté un coup d'œil par la porte de l'entrée ». Ce qu'il a vu était une image parfaite de la splendeur des Fêtes et de son esprit d'accueil.

« Un arbre de Noël décoré, des tables sur lesquelles scintillait de l'argenterie, des bols de fruits et de bonbons à chaque table. » Mary décrit la réaction et le soulagement de son oncle lorsqu'il a réalisé « qu'ils allaient [les] nourrir ».

Mary n'a jamais oublié ce premier Noël canadien. Ce simple geste de bienvenue est ce qui a eu le plus grand impact. « C'est ce qui a vraiment été remarquable pour nous, explique-t-elle, que les gens aient été prêts à tendre la main, qu'ils se soient donné la peine de veiller à ce que nous ne manquions de rien. »

En cette période des Fêtes, toute l'équipe du Musée canadien de l'immigration du Quai 21 vous souhaite de vivre bien des moments de tendresse, de joie et d'amitié.

Une photo en noir et blanc d'une jeune fille suspendant un ornement à un sapin de Noël, une femme l'aide à placer l'ornement sur l’arbre.

Une bénévole aide un jeune immigrant à décorer un sapin de Noël.

De la collection Bert Wetmore. [R2013.1477.3]
Musée canadien de l'immigration du Quai 21