Skip to the main content

Le Bataillon noir n’est plus « le secret militaire le mieux gardé du Canada »

L'histoire du 2e Bataillon de construction n'aurait peut-être jamais vu le jour sans l'aide d'un heureux hasard.

Dans les années 1940, alors qu'il travaillait pour le CN, le sénateur Calvin Ruck a rencontré des collègues de travail qui étaient des vétérans de l'unité et il a voulu en savoir plus sur les épinglettes du bataillon qu'ils portaient.

Des décennies plus tard, en 1986, le regretté sénateur a écrit et publié Canada's Black Battalion: No. 2 Construction, 1916-1920. L'histoire est ensuite devenue de plus en plus connue.

« Mon grand-père n'a jamais fait la guerre, mais chez lui, il a mené un combat racial presque tous les jours et je crois que c'est l'une des raisons pour lesquelles il s'est senti aussi proche de ces hommes, a dit Lindsay Ruck, qui a écrit l'avant-propos de l'édition du 30e anniversaire du livre de son grand-père, réintitulé The Black Battalion: Canada's Best Kept Military Secret.

Lorsqu'il a fait la découverte de leur histoire, une histoire connue de si peu de gens, et lorsqu'il a commencé à faire de la recherche et à écrire le livre, il est devenu de plus en plus déterminé à honorer ces hommes avec la dignité qu'ils n'ont jamais reçue comme soldats canadiens. »

Susan Glasgow, la petite-fille maternelle d'Harry Sparks, un soldat du bataillon, se souvient effectivement qu'elle n'a rien appris au sujet de l'unité dans ses cours d'histoire de l'école secondaire.

La professeure d'histoire à la retraite explique : « Nous avons appris des choses sur tous les autres, mais rien sur ces hommes qui sont allés à la guerre pour se battre pour une liberté qu'ils n'avaient pas à la maison. » Tout ce qu'elle sait vient de son grand-père.

« Je me souviens seulement de l'entendre dire qu'ils devaient entrer dans les tranchées lorsqu'il y avait des coups de feu. »

Au début de la Première Guerre mondiale, il était difficile, voire impossible pour les soldats noirs de s'enrôler.

Sir Sam Hughes, ministre de la Milice et de la Défense du Canada, avait laissé la décision aux commandants, qui ont presque tous refusé d'enrôler de futurs soldats uniquement en raison de la couleur de leur peau.

Mais en 1916, l'Armée canadienne était confrontée à un nombre grandissant de pertes sur les champs de bataille, en plus de faire face à une forte diminution de son taux de recrutement de volontaires, à la pression publique grandissante et au débat des parlementaires de la Chambre des communes à savoir si l'on devait permettre aux minorités visibles de s'enrôler.

Il en a résulté la formation du 2e Bataillon de construction le 5 juillet 1916.


Le 2e Bataillon de construction

Crédit : Windsor Museum, Ontario

Pour voir le plus grand photo, cliquez ci-dessous :

L'unité, qui était d'abord installée en périphérie de Pictou, en Nouvelle-Écosse, a été déplacée dans un lieu situé à une heure de Truro. C'est là qu'ils ont passé des mois à s'entraîner pour leur déploiement imminent en Europe.

Bien qu'il était permis de recruter à travers tout le Canada, plus de la moitié des membres de l'unité venaient de la Nouvelle-Écosse.

Environ 165 hommes venaient du sud des États-Unis et le bataillon était complété par des immigrants des Antilles britanniques, dont plusieurs étaient venus travailler dans la région industrielle de Cap-Breton.

Le 25 mars 1917, le bataillon a quitté le port d'Halifax pour se rendre en France en passant par l'Angleterre.

Une fois arrivée en France, l'unité a été jointe au Corps forestier canadien, abattant des arbres, fournissant du bois pour l'entretien des tranchées situées sur le front et construisant aussi des routes et des chemins de fer.

« Pour moi, en tant que Néo-Écossaise noire d'origine, c'est avec une grande fierté que mon grand-père, il y a 100 ans, alors que les Noirs pouvaient à peine regarder les Blancs... Il a servi son pays et il l'a fait avec dignité et fierté, explique Glasgow. Et je pense qu'il avait espoir qu'en faisant ce qu'il a fait, à son retour en Nouvelle-Écosse, la vie serait meilleure pour ses descendants. »

Le bataillon est revenu à Halifax en 1919 et a été officiellement dissous en septembre 1920. C'était la fin de la première et dernière unité noire ségréguée du Canada.

« Cette histoire fait partie de l'histoire canadienne et tous les Canadiens, jeunes ou vieux, devraient connaître ces braves hommes qui ont risqué leurs vies pour un pays qui, à une certaine époque, leur a dit qu'ils n'étaient pas aptes à se battre en raison de la couleur de leur peau, affirme Lindsay Ruck. Les livres d'histoire sont remplis de récits héroïques d'hommes et de femmes qui ont bravé tous les obstacles pour faire de ce pays ce qu'il est aujourd'hui et la place du Bataillon de construction mérite d'en faire partie. »


Joseph Alexander Parris ( le deuxième à partir de la gauche )

Crédit : Postes Canada

Joseph Alexander Parris, le père de Sylvia Parris, a servi dans le Bataillon et se retrouve sur une photographie iconique qui est devenue un timbre-poste canadien distribué lors du Mois du patrimoine africain 2016.

Elle dit que l'unité a eu comme impact de montrer que les hommes noirs « méritaient d'être respectés et traités comme des citoyens à part entière ».

« L'unité a aussi été en mesure de montrer à la communauté de la Nouvelle-Écosse que lorsque la communauté noire a uni ses forces, elle a réussi, avec du temps et de la persévérance, à réaliser quelque chose, ajoute-t-elle.

Je crois donc que pour la communauté, c'est un événement qui a été valorisant, et je crois que cela a démontré à la communauté plus large que des gens voulaient contribuer, qu'ils voulaient faire partie de la communauté. Et c'est le racisme systémique de l'époque qui empêchait tout ça de se produire. »

Pour célébrer la formation et le service de l'unité, le Black Cultural Centre for Nova Scotia a créé une petite exposition temporaire intitulée La communauté présente : Le 2e Bataillon de construction. Cette exposition sera présentée du 17 février au 1er mai 2017 dans la Salle d'hommage du Musée.

Le 25 mars 2017, une cérémonie spéciale aura lieu au Musée afin de souligner le 100e anniversaire du départ vers l'Europe du Bataillon.

« Ce sera un anniversaire très important, une étape très importante, affirme Russell Grosse, directeur général du Black Cultural Centre for Nova Scotia.

Ça rend la chose réelle. Ça nous aide vraiment à établir le fait que ces hommes ont été entraînés et qu'ils sont vraiment allés au combat pour faire ce qu'ils étaient appelés à faire. »


Joseph Alexander Parris ( centre )

Crédit : Black Cultural Centre for Nova Scotia