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Célébrer un centenaire : d’innombrables voyages en train

Pendant sa belle époque comme terminal d’immigration, le Quai 21 était le point de départ de voies ferrées qui traversaient le Canada comme des artères. Les wagons transportaient des centaines de milliers de personnes vers leurs nouvelles demeures et leurs nouvelles vies. Pour des agriculteurs des Pays-Bas, des travailleurs de l’Irlande, des familles de l’Italie et des réfugiés fuyant l’Europe d’après-guerre, l’appel « tout le monde à bord » a marqué la dernière étape d’un long voyage. Pour certains, il s’agissait d’une longue et inconfortable balade à bord d’un « wagon de colons » frugal, tandis que des places plus confortables attendaient d’autres personnes en première classe. Le rythme régulier des roues sur les rails était cependant un moyen que tous utilisaient pour mesurer leur anticipation alors qu’ils s’approchaient de leur nouvelle vie. Pour souligner le 100e anniversaire du CN, qui aura lieu au mois de juin prochain, nous vous présentons une sélection d’histoires de train tirées de notre collection.

Randal Cave, un immigrant de l’Irlande du Nord, se souvient qu’il était « assez terrifié ». Le voyage en navire ne l’a pas effrayé, mais en montant à bord du train, « J’ai réalisé l’ampleur du saut que je venais de faire en quittant mon épouse et un bébé qui allaient devoir me rejoindre ».

Pendant son voyage un agent avait remis à Randal une étiquette qu’il devait porter et qui l’identifiait comme un immigrant reçu ayant besoin d’aide. Au début, il était trop fier pour la montrer, mais il a avalé sa fierté après avoir débarqué à la gare Centrale de Montréal et s’être faufilé dans une foule animée d’étrangers francophones. « J’étais vraiment content qu’elle soit encore dans ma poche », explique-t-il.

Comme Randal, bien des hommes ont voyagé seuls, ouvrant la voie à leurs familles pour qu’elles les rejoignent plus tard. Certaines familles faisaient le voyage ensemble : mères, pères, tantes, oncles, cousins, cousines, ainsi que les nombreux enfants. La difficulté supplémentaire de voyager avec des enfants n’a pas beaucoup changé. Les agents d’immigration et les bénévoles étaient prêts.

Les Versluys sont arrivés au Canada dans l’espoir de trouver un nouveau départ après la Seconde Guerre mondiale. Cette famille comptait sept membres, dont cinq enfants de moins de 13 ans. Les agents d’immigration étaient là pour aider cette grande famille à organiser sa transition entre le navire et le train. « Nous avons été expédiés à l’avant de la file, se souvient Gerrit Versluys, qui n’avait alors que 9 ans. En peu de temps, nous nous sommes retrouvés dans une aire de détente où des bénévoles de la Croix-Rouge nous ont offert des biscuits et des breuvages. »

Fred Johansen, un jeune immigrant danois, a appris l’importance de rester ensemble. Son frère Kurt a écrit que lors d’un arrêt planifié, « il a débarqué du train sans que Maman ne le réalise... Heureusement, un employé du chemin de fer et le chef de train l’ont ramené à bord au moment même où le train commençait à rouler. Il va sans dire qu’une joyeuse réunion s’en est suivie. »

Les Froese, une famille de cinq personnes originaires de la Pologne, a déploré qu’il était difficile de rester propre. « Le train avait une locomotive au charbon. Nous étions donc toujours très noirs à cause de la suie, explique Gertrude en parlant de ce qu’elle a vécu avec ses frères et sœurs. Notre mère nous disait toujours de nous laver. »

En été, de l’eau glacée était distribuée dans les allées. Kenneth Vandenberg, un immigrant néerlandais a écrit que littéralement, « de gros blocs de glace offraient de l’eau potable aux passagers en fondant ». De façon générale, à bord du train, la nourriture et les boissons n’étaient pas chose simple. Certains avaient le luxe de manger dans une voiture-restaurant, tandis que d’autres, ceux qui voyageaient en wagon de colons, devaient s’approvisionner en articles mystérieux dans la petite épicerie du Quai 21. Certains articles, comme le pain Wonderbread, moelleux, blanc comme neige, et déjà tranché, ainsi que les conserves de Spam rose et salé ont suscité toute une gamme de réactions, du dégoût au régal.

Certains passagers ont faufilé leurs aliments-réconfort préférés à bord. « Ma mère avait aussi trois salamis cachés dans son sac à main, a écrit l’immigrante italienne Theresa Perri. Nous avons pu les savourer plus tard dans le train, lorsque nous nous sommes retrouvés à court de nourriture. »

L’étrange hébergement et les nouveaux aliments étaient vite oubliés en contemplant les paysages canadiens. Selon la perspective, l’hiver était soit un pays des merveilles étincelant, soit un paysage gelé et désolé. « Lorsque nous faisions escale à Québec, nous avons vu les grandes banquises du Saint-Laurent et les traversiers qui enjambaient le fleuve en poussant de côté les gros morceaux de glace, a écrit l’immigrant écossais Cecil Harrison. Partout où l’on regardait, il semblait n’y avoir que de la neige et de la glace. »

Les chutes de neige étaient vraiment le clou du spectacle et clouaient parfois même le train sur place. Les passagers devaient parfois donner un coup de main pour libérer les voies ferrées. L’immigrant italien Egidio Santori se souvient, dans ses textes, qu’« il y a eu une grosse tempête de neige et le train s’est arrêté. Les hommes ont dû sortir pour aider à dégager les rails avant que le train puisse continuer ».

Peu importe la météo ou la saison, la vue qu’offrait le train était une introduction éclairante à l’étendue géographique du Canada. « L’immensité du pays s’est rapidement imposée à nous, rapporte l’histoire de la famille Filipps. Des heures interminables de rien, seulement des forêts et des paysages agrémentés de seulement quelques villages et quelques villes... »

C’était aussi l’occasion de déballer et d’examiner l’éventail d’émotions qui accompagnaient le fait de recommencer à zéro. « À bord du train, je commençais à m’inquiéter au sujet de mon nouvel emploi, a écrit l’immigrante anglaise Sheila Newby, qui voyageait seule. En regardant le Canada défiler par la fenêtre du train, j’ai vraiment ressenti son immensité. Je n’ai jamais oublié ces terres vastes et ces incroyables paysages. Ainsi a commencé ma vie dans un nouveau pays. »

L’immigrante allemande Elizabeth Erskine a été émue par des sentiments patriotiques précoces, elle a écrit : « Le paysage des Maritimes, empli de forêts, de champs, de lacs et de ruisseaux, nous tenait collés aux fenêtres. Après toutes ces années, je n’ai jamais regretté d’être venue au Canada. »

Aujourd’hui, le Musée canadien de l’immigration du Quai 21 partage l’histoire de l’immigration vers le Canada, que ce soit par navire, en train, en voiture ou par avion, remontant 400 ans dans le passé pour revenir à notre époque. D’innombrables voyages se poursuivent et les contributions des nouveaux arrivants continuent d’enrichir l’économie, la culture et le mode de vie de notre pays. Ces histoires de train ont une place mémorable dans le voyage de nombreux nouveaux arrivants, tout particulièrement pour près d’un million de personnes qui sont arrivées au Quai 21.

Histoires d’immigration citées :