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Une histoire parmi un million – Cinquantenaire de la fermeture du Quai 21


Carte postale du SS Nieuw Amsterdam, années 1950
Crédit : Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.374.1)

À quand remonte la dernière fois que vous avez fait quelque chose pour la première fois? Quand avez-vous éprouvé pour la dernière fois le sentiment d’anxiété qui accompagne le fait de ne pas savoir ce qui vous attend? Quand avez-vous ressenti pour la dernière fois l’énergie nerveuse et l’excitation d’un nouveau départ et d’un nouveau potentiel? Ce sont là les sentiments de près d’un million d’immigrants qui ont immigré par le Quai 21 entre les années 1928 et 1971. Leur expérience comportait de longs voyages en mer, des examens médicaux, des entretiens civils, des mises en quarantaine et des détentions (pour certains), des inspections douanières et, peut-être, l’embarquement dans un train vers d’autres destinations. Le Quai 21 a été un centre d’immigration pendant 43 ans. Il a donc absorbé les 43 ans d’histoires d’arrivée au Canada des nombreuses personnes qui y sont passées.

Il semblerait que la dernière famille à être passée par le Quai 21 ait été la famille Matthews, venue d’Angleterre pour s’installer à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse. Comme l’affirme Peter Matthews : « Tout au long de mon enfance, il m’a semblé que je connaissais beaucoup de choses sur le Canada, car mon grand-père et trois de ses frères y avaient émigré au début des années 1900. Ils étaient des ramasseurs de tourbe dans les Prairies, en Saskatchewan... J’ai grandi en entendant des histoires sur la vie au Canada, avec ses hivers froids, ses grands espaces et la "petite école". » Peter a grandi dans le Surrey, en Angleterre, pendant la Seconde Guerre mondiale et a vécu près d’un camp armé alors que les forces alliées se préparaient à une invasion en Europe. Le terrain servait de terrain d’entraînement aux troupes britanniques et canadiennes. Peter a donc passé une grande partie de son enfance à interagir avec les soldats. « Il n’y avait aucun doute, dit-il. Nous préférions être avec les Canadiens. Ils étaient si ouverts, amicaux, gentils et patients, et ils avaient toujours du temps pour nous... Nous étions intrigués par leurs accents, qui nous semblaient étranges, et nous aimions imiter les mots étranges qu’ils utilisaient comme "OK", "Buddy", "Eh" et "Crumbs". » À l’époque, Peter ne savait pas que le Canada deviendrait un jour son avenir.

Un homme se tient debout avec son bébé et son fils.

Photographie de Peter Matthews, son fils Justin et son enfant Daniel.
Crédit : Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1767.3)

Une fois adulte, Peter a obtenu un emploi dans l’East Yorkshire, comme agent du développement de la pêche. Son emploi incluait du travail de consultation en Nouvelle-Écosse, ce qui a mené à une offre d’emploi dans la région. « Nous avons pris la décision [ma femme et moi] de quitter un bon emploi en Grande-Bretagne, se rappelle-t-il, de venir au Canada et de changer nos vies à jamais. Tout ça après une discussion de dix minutes dans notre chambre, tout au plus. » Selon Peter, le voyage de sa famille serait non seulement l’un des derniers forfaits proposés aux immigrants, mais aussi le dernier voyage du SS Nieuw Amsterdam. Peter se souvient de la traversée de l’Atlantique avec plaisir. « Nous avons finalement accosté au Quai 21 à 11 heures du matin, le 21 juin 1971. Bien sûr, nous ne savions rien du Quai 21 ni de son importance. Pour nous, et je soupçonne pour tous les autres, ce n’était qu’un entrepôt sale et poussiéreux. » La famille Matthews a été la dernière à quitter le navire, car la femme de Peter ne voulait pas perturber la routine de ses enfants et les avait mis au lit pour une sieste. « Est-ce que cela fait de la famille Matthews les derniers immigrants à passer par le Quai 21? se demande Peter. Impossible de le savoir avec certitude, mais il semble bien possible que nous l’ayons été! Si c’est le cas, nous sommes très fiers d’avoir cet honneur... Ce qui est important, c’est que nous sommes installés au Canada depuis 27 ans et que nous sommes fiers d’être Canadiens... Nous avons la chance de vivre dans une grande et vieille maison en bois, avec des moulures et des planchers en bois franc, construite par un capitaine de pêche de Lunenburg pour sa jeune épouse il y a quatre-vingts ans, juste au bord de l’eau... Il ne sera jamais question de repartir. »

Une femme pousse un landau.

Caroline Matthews
Crédit : Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1767.2)

Le livre Quai 21 : Une histoire, rédigé par Steve Schwinghamer et Jan Raska, explique que lors de sa dernière année complète de fonctionnement, en 1970, le Quai 21 a vu arriver 2 281 voyageurs. C’est fort peu, comparé aux 98 695 voyageurs traités au plus fort des arrivées de passagers, en 1951. L’émergence du transport aérien abordable et accessible a marqué une transition, passant du transport maritime au transport aérien. L’émergence de l’aéroport international d’Halifax comme principal point d’entrée dans la province a accéléré la fermeture du Quai 21. Le 1er avril 1971, le Quai 21 a cessé toutes ses opérations d’immigration. À l’époque, les navires de passagers n’arrivaient qu’une fois par mois. Les voyageurs qui avaient besoin d’une nuitée étaient placés dans d’autres logements en ville. Le centre de détention était fermé, de sorte que les détenus de l’immigration étaient logés dans les prisons locales ou transférés dans des quartiers de détention au Québec. Les passagers ordinaires, eux, recevaient leur examen d’immigration à bord.[1]

L’histoire de Peter Matthews n’est qu’une des nombreuses histoires qui ont commencé par l’entrée au Canada en passant au Quai 21. Peter et son épouse sont retournés au Quai 21 en septembre 2013 pour partager leur histoire d’arrivée lors d’un événement célébrant le 140e anniversaire de la Holland America Line. Pour bon nombre de personnes, retourner au Quai 21 aujourd’hui est une sorte de pèlerinage à la fois émotionnel et nostalgique. Un commentaire laissé au Musée canadien de l’immigration du Quai 21 affirme : « Le Quai 21 a été un portail vers une nouvelle vie pour ma famille. La gentillesse des gens était mémorable, un bon avant-goût du genre de pays que nous appellerions "chez nous". » Cet attachement émotionnel au Quai 21 était très commun. Quelques décennies après la fermeture des installations, des plans ont été mis en place pour commémorer cet endroit et son importance historique. Le musée national qui en résulte est consacré à l’expérience des immigrants et raconte les histoires comme celle de Peter Matthews et de tous les immigrants qui sont venus avant lui, et après.[2]


Justin Matthews, qui a traversé l’Atlantique en 1971 à bord du Nieuw Amsterdam avec ses parents, Peter et Caroline, est photographié à côté de sa brique sur le Mur d’honneur Sobeys du Musée.


  1. Steve Schwinghamer et Jan Raska, Quai 21 : Une Histoire, (Ottawa: University of Ottawa Press, 2020), 191 – 192
  2. Steve Schwinghamer et Jan Raska, Quai 21 : Une Histoire, (Ottawa: University of Ottawa Press, 2020), 199 – 200

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