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Le cadeau d'un nom : Une histoire pour le Mur d’honneur Sobey

Gros plan d'une femme âgée aux cheveux blonds et d'un homme portant des lunettes, penchant les têtes ensemble et souriant.

Diane Poitras avec son mari, Rhéo, pendant leur visite au Musée.

Diane Poitras tend la main pour toucher une plaque sur le mur d’honneur Sobey du Musée, gravée de deux noms bien différents : son nom québécois et celui de Janina Szeptuszynska, sa mère biologique. L’émotion sur son visage raconte l’histoire d’une quête achevée, de bonheur et de soulagement. C’est un moment qu’elle n’oubliera jamais.

La mère biologique de Diane était enceinte d'elle quand elle est arrivée au Quai 21. À ce jour, elle ne sait pas grand-chose de la vie de la femme qui l’a portée de l’autre côté de l’Atlantique et l’a confiée à la Crèche de la Réparation, un ancien orphelinat de Montréal.

Elle a toujours su qu’elle avait été adoptée. Diane a eu une éducation merveilleuse en Gaspésie aux soins de ses parents aimants. Ce n’est qu’à l’âge adulte, mariée et mère de ses propres enfants, qu’un désir de connaître son patrimoine a suscité une recherche plus sérieuse sur ses origines biologiques.

Elle s’est adressée aux services sociaux du Québec pour obtenir tous les renseignements qu’ils pouvaient lui fournir. Quand une enveloppe est arrivée, elle était si excitée qu’elle ne pouvait pas l’ouvrir. Son mari lui en a lu le contenu.

Les détails étaient peu nombreux, mais ils étaient stupéfiants. Les bribes esquissaient le portrait d’une Polonaise venue au Canada comme réfugiée pour fuir l’Europe d’après-guerre. Diane était bouleversée d’apprendre que sa mère biologique était immigrante, et la description des yeux gris, des cheveux bruns et de l’intelligence de la femme a incité son mari à s’exclamer : « Diane, c’est toi! »

« J’étais super contente. C’était un des bons moments dans toute l’histoire qui va suivre. »

Son instinct immédiat a été d’organiser une réunion. C’était très douloureux quand sa demande de rencontre a été refusée. Diane dit qu’elle peut comprendre, « mais j’ai eu énormément de peine parce que j’aurais aimé au moins avoir son nom pour combler mon histoire. »

Diane a gardé une ligne de communication ouverte, s’informant auprès des services sociaux au sujet de sa mère biologique tous les deux ans. En 2010, lorsqu’elle a appris qu’elle était décédée, elle ne connaissait toujours pas son nom.

En 2017, le projet de loi 113 a adopté et levé la confidentialité des dossiers d’adoption au Québec, suivant l’exemple d’autres provinces comme la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Manitoba, l’Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador.

« Finalement le 18 octobre 2018, on me donne le nom de ma mère. Le prénom était bon, mais le patronyme existait nulle part. » Malgré tout, elle a persévéré jusqu’à ce que, quatre mois plus tard, une autre lettre est arrivée. Diane a finalement pu poser les yeux sur le nom complet de sa mère. C’était une preuve dactylographiée et officielle de sa propre histoire. Une porte d’entrée vers son patrimoine s’était enfin ouverte.

Diane a demandé l’aide d’un généalogiste québécois pour comparer l’orthographe à d’autres documents publics. Une amie polonais l’a confirmé et lui en a montré la prononciation. Auprès du Centre historique des Sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, Diane a trouvé des documents qui montraient que Janina avait été aidée par la paroisse et les dates de son arrivée à Montréal. Grâce à ces nouvelles connaissances, elle a communiqué avec le personnel du Centre d’histoire familiale Banque Scotia au Musée pour déterminer de quel navire il s’agissait, ainsi que sa date d’arrivée : le RMS Scythia, le 20 décembre 1948.

Plus Diane en apprenait sur Janina Szeptuszynska, plus elle y trouvait un sens. Elle a renforcé sa propre identité, « ça rend plus vraie mon identité, explique-t-elle, ça la rend plus solide. Ça agrandit et renforce mon histoire. » C’était aussi devenu quelque chose de plus grand, quelque chose qui faisait partie de la vaste histoire de l’immigration au Canada.

Lorsque Diane a appris l’existence du Mur d’honneur Sobey au Musée, elle a su que ce serait la meilleure façon de rendre hommage à cette histoire. Elle a rempli le formulaire pour demander une brique.

« Je le fais pour rendre hommage à ma mère. Et c’est tellement important de donner à Janina sa dignité et d’honorer son courage. »

Une femme à côté d’un mur de briques qui est bordé de plaques d’argent gravées de noms.

La brique de Diane Poitras sur le mur d’honneur de Sobey rappelle l’histoire de l’immigration de sa mère biologique.

« On parle de courage, de séparation, de souffrance et d’exil. Et dans le fond, l’immigration de ma mère c’est ça aussi, explique-t-elle. Mais quand on visite le musée, on prend conscience des épreuves et des difficultés que les immigrants ont dû affronter. »

La plaque de Diane a été ajoutée au Mur d’honneur Sobey à la mi-novembre 2019. Quelques semaines plus tard, elle s’est rendue au Musée. Lors de sa visite guidée de l’exposition Histoire du Quai 21, elle a franchi les mêmes portes en bois à double battant que sa mère a franchies. Elle a placé des roses dans le portail, et en regardant le port, elle a ressenti un grand réconfort : « J'avais l'impression d'entrer dans mon histoire.....J'étais enveloppée d'un sentiment de paix... »

Une plaque argentée sur fond de brique sur laquelle il est écrit Diane Poitras Janina Szeptuszynska.

La brique de Diane et Janina sur le mur d’honneur Sobey

Ils ont gravé des briques sur le Mur d’honneur de Sobey pour éterniser des moments dans le temps, comme ceux de Janina et Diane. Chacune symbolise une décision, parfois une lutte ou un sacrifice, mais toujours un voyage. Comme une toile, les histoires qui ont commencé avec ces noms s’étendent à travers les générations, s’ajoutant au tissu plus vaste qui est l’histoire du Canada.

Un couple se tient main dans la main à l’entrée du Musée canadien de l’immigration au Quai 21.

Diane et Rhéo dans la même porte d’entrée par laquelle la mère biologique de Diane est entrée au Canada.

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