Skip to the main content

Avec de l’espoir et détermination : Du camp de réfugiés aux écoles de médecine dentaire canadiennes

Les frères Khamsum Wangdu et Kunsang Namgyal, premiers de leur famille à aller à l'école, ont trimé dur pour obtenir leur diplôme en dentisterie à l'université de Katmandou, une réalisation d'autant plus impressionnante parce qu'ils sont réfugiés tibétains. À la remise des diplômes, les célébrations ont été interrompues quand ils ont appris qu'ils ne pourraient pas effectuer l'examen de licence, parce qu'ils n'avaient pas « les bons documents ». Bien que leur famille soit d'origine tibétaine, ils n'avaient pas, comme l'explique Khamsum, « les documents juridiques nécessaires qui prouvaient que nous appartenions quelque part. »

« C'était dévastateur, renchérit Kunsang. Nous avions travaillé si fort. » Les frères ont fait appel de leur dossier auprès du Consultat médical népalais, mais en vain.

Kunsang et Khamsum connaissaient bien ce sentiment de dérive. Nés dans un camp de réfugiés, un village d'environ 300 personnes seulement, ils n'avaient rien connu d'autre. Khamsum se souvient d'avoir réalisé, en grandissant, que « notre village était très isolé des autres villes; nous avons une frontière... en quittant le camp, on s'apercevait que la langue n'était pas la même, tout comme la culture. »

Ils regardaient la télévision sur le seul téléviseur du camp. Ils y voyaient le Tibet dans les films ou les nouvelles. Bien que cela ait renforcé leur sentiment d'isolation, ils avaient aussi l'impression de se rapprocher de leur communauté aux liens étroits. « On se sentait connectés, même à des milliers de kilomètres de distance, affirme Khamsum. Nous n'étions pas dans notre pays, mais nous étions avec notre peuple. »

Depuis leur plus tendre enfance, on conseillait sans cesse aux frères de s'éduquer et d'aller à l'école. Ils ont travaillé de tout cœur pour atteindre leur rêve de devenir dentistes. Leur vocation est née du fait que leur grand-père est décédé suite à une infection découlant d'une extraction dentaire effectuée par un dentiste non qualifié. Les frères avaient une excellente relation avec leur grand-père. « Quand cela se produit, c'est un choc, explique Kunsang. Je me souviens avoir décidé que si je pouvais devenir dentiste, je pourrais en quelque sorte aider les gens. »

Il était donc réellement écrasant de se voir bloquer l'accès à l'examen. Avant qu'ils puissent décider d'une marche à suivre, un autre coup s'acharne sur eux : un tremblement de terre dévastateur ravage le Népal en 2015. L'ambassade canadienne a accéléré leur demande d'émigration, en partie en raison de la catastrophe. Et pourtant ils n'avaient pas vraiment espoir.

La paperasse, des entrevues et des formalités, de même que le rappel constant par le gouvernement népalais qu'ils étaient apatrides, rendaient le processus d'autant plus difficile. « Nous y allions, nous formulions des demandes, et puis nous étions mis de côté », raconte Khamsum, décrivant les allers et retours constants entre le camp et Katmandou pour les entrevues et la paperasse. Ils ont cependant persévéré, et la famille a officiellement été en route vers le Canada au bout de quelques mois.

À leur départ du Népal, Kunsang se souvient d'un sentiment de libération. « Un réel soulagement, explique-t-il. Nous avions fait face à tant d'obstacles en raison de notre naissance apatride, qui n'était pas un choix du tout. Alors lorsque l'avion a décollé, je me sentais complètement différent. » Il rit. « Quelle expérience irréelle. »

Ils ont atterri à Toronto, puis se sont immédiatement inscrits à des cours d'anglais. Les frères n'avaient que les rudiments de l'anglais. Il était donc impératif d'apprendre, comme il faut, « non seulement la langue, mais la culture et la mentalité des gens, explique Khamsum. C'était une très bonne idée de suivre ce cours. »

En découvrant leur nouveau pays, ils ont été désarçonnés par l'accueil et la gentillesse qu'ils ont reçus. « Nous n'avions jamais l'impression d'être différents, raconte Kahmsum. Même si nous étions venus comme réfugiés... nous n'avons jamais été traités différemment. C'est une grande société où l'on rencontre des gens de partout dans le monde, qui ont chacun leur propre culture. L'expérience de se lier avec eux est absolument extraordinaire. »

Les frères ont peu à peu vu leur chemin s'esquisser. « Nous n'avions qu'une chose en tête, raconte Kunsang. Nous avions des études en dentisterie au Népal, et nous avons rêvé d'un jour exercer le métier de dentiste ici au Canada. » Ils ont entrepris avec enthousiasme les cours préparatoires pour entrer dans un programme de dentisterie pour les dentistes de l'international. Des centaines d'heures d'études afin de réussir l'examen d'évaluation de base par les autorités de licences professionnelles, ainsi qu'un examen d'anglais international, ont valu le coup. Khamsum s'est enrôlé à l'université de Toronto, alors que Kunsang a été accepté à l'université Dalhousie.

La cérémonie des diplômes n'aura lieu que dans deux ans, mais compte tenu du chemin parcouru, ils sont heureux de voir la lumière au bout du tunnel. C'est un sentiment indescriptible. Ils sont débordants de gratitude envers le pays qui les a accueillis et qui leur a permis de se frayer un chemin. « Les nombreuses opportunités dont nous avons pu profiter étaient incroyables, épatantes », raconte Khamsum.

Les deux frères espèrent que leur histoire inspirera les nouveaux arrivants qui baignent encore dans le difficile processus d'immigration. « Ça en valait la chandelle, affirme Kunsang. Certes, les défis sont nombreux et intimidants, mais avec un peu d'effort, il y a toujours une lumière au bout du tunnel.

Peu importe la situation, si vous y croyez, si vous avez un rêve, il y a toujours moyen de l'atteindre. »

Khamsum est d'accord. « Il faut croire en soi-même, parce que si nous avons pu y parvenir, n'importe qui peut le faire. »

Deux hommes regardant sérieusement la caméra, un portrait encadré du Dalaï Lama est accroché en arrière-plan

Les frères Khamsum Wangdu, à gauche, et Kunsang Namgyal

Crédit : Andrew Wallace, Toronto Star

La Journée mondiale des réfugiés a lieu le 20 juin. Soulignez cette occasion en lisant ou en écoutant d'autres histoires de ceux qui sont venus au Canada en tant que réfugiés, de notre collection : https://quai21.ca/recherche-nos-collections-en-ligne.

Ou, visiter le Musée pour découvrir notre nouvelle exposition Refuge Canada, qui explore la place du Canada dans la crise mondiale des réfugiés et qui dévoile les contributions des nouveaux arrivants venus au Canada comme réfugiés, comme c'était le cas de Khamsum et Kunsang.