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La journée s’annonce chaude et ensoleillée. On y sent déjà les premiers signes de l’automne. C’est la journée parfaite pour une partie de soccer. Les cris et encouragements du terrain au parc Tremont Plateau d’Halifax fusent dans un mélange d’accents et de langues, allant de l’anglais au français, en passant par le trinidadien, le japonais, et bien d’autres. Leur langue commune, par contre, est le sport, avec le but commun de remporter la mêlée compétitive qui met fin à l’entraînement d’aujourd’hui.

HFX Wanderers Football Club, le club de soccer professionnel d’Halifax, ont fait éruption sur scène ce printemps lorsqu’ils ont entamé leur première saison dans la Première ligue canadienne. Comme tant d’autres équipes de soccer canadiennes, ils sont constitués de joueurs nés ici et ailleurs dans le monde. Ainsi, chaque équipe est un microcosme du multiculturalisme canadien. Les Wanderers sont d’ailleurs très fiers de leur nature et de l’histoire d’Halifax comme point d’arrivée pour les immigrants, comme l’indique leur devise, « Horizons différents, équipe unie» (Together from Aways).

« L’équipe est constituée de tellement d’ethnies différentes, de tellement de cultures, qu’elle est unique à sa façon », explique le directeur général et entraîneur de l’équipe, Stephen Hart, lui-même immigrant de Trinité et Tobago.

Un homme d’âge moyen avec des lunettes sur la tête et un jersey de soccer bleu fait signe à un joueur de soccer.

L’entraîneur Stephen Hart donne des instructions.

Alors que l’entraîneur Hart raconte son histoire, on constate que son parcours a été façonné par les leçons de son père, l’influence de différents entraîneurs, et un esprit compétitif. Le soccer a joué un rôle important dans son histoire personnelle. Ses plus anciens souvenirs sont de jeux de ruelle après l’école à San Fernando. « Si vous ne jouiez pas au soccer ou au cricket, vous n’aviez personne avec qui jouer. » Stephen jouait aux deux. « Mon père me disait que le cricket était le sport où je jouais le mieux, mais je préférais le soccer. »

À l’époque, un entraîneur d’équipe junior nationale qui habitait près de là surveillait l’avancée des talents de Stephen. Un jour, il a fait une présentation à la classe de Stephen et a demandé s’il jouait dans l’équipe de l’école. Il ne pouvait pas croire que la réponse était non. En ses mots, « Mais vous êtes fous! Je le vois jouer tous les jours de chez moi. »

« Après ça, j’ai pu jouer pour mon école », raconte Stephen sereinement.

C’était un encouragement dont il avait bien besoin. Peu après, alors que Stephen n’avait que 13 ans, les San Fernando Hurricanes ont affirmé à son père que Stephen devrait se joindre au club. Pour Stephen, qui venait de passer de fan enthousiaste à un joueur inscrit, c’était une tournure d’événements incroyable. « Quand j’y suis allé, j’ai vu beaucoup de joueurs que j’avais longtemps admirés lorsque j’avais assisté aux parties de soccer », raconte-t-il.

Son ascension dans le monde du soccer professionnel n’était pas motivée par l’appât du gain. Stephen n’a jamais réellement cru qu’il pourrait vivre de ce sport. Il a progressé parce qu’il était passionné par ce sport et par le sentiment de compétition. « Je voulais tout simplement jouer au plus haut niveau que je pourrais atteindre... Comme tous les jeunes, je voulais jouer pour mon pays. » Ce rêve s’est réalisé en 1980, lorsqu’il a été appelé à l’équipe nationale de Trinité et Tobago.

Pourtant, la majorité de la carrière et de la vie de Stephen a eu lieu à l’étranger. Ça a commencé avec une invitation de jouer dans les Huskies, l’équipe de l’université Saint Mary’s à Halifax. « Je me disais que je pourrais visiter une différente culture, un différent pays, et continuer à jouer au soccer », explique-t-il au sujet de sa décision de partir.

De 1981 à 2016, Stephen a joué pour les Huskies, les Halifax Privateers et le Halifax King of Donair. Il a ensuite été entraîneur pour les King of Donair et les Huskies. Son histoire a bouclé la boucle lorsqu’on lui a offert les rênes des HFX Wanderers et l’occasion de créer sa propre équipe dans la ville qui est devenue la sienne.

Le voyage de nomade de Stephen vers Halifax fait de lui le meilleur représentant, entraîneur et, parfois, figure paternelle pour cette équipe éclectique. « Je dis aux gens que je crois parfois être plus Canadien qu’une personne née ici, parce que j’ai choisi d’habiter ici. »

Sur le terrain, le défenseur André Bona se remet d’une blessure et trouve qu’il est difficile de rester sur le banc. André adore son sport, son équipe, et la communauté qu’il a découverte au Canada. En fait, il espère immigrer. « Le soccer, pour moi, c’est tout un ensemble de choses, explique-t-il. Même quand je joue au soccer sur le terrain― parfois les gens pensent que ce n’est que pour le plaisir, que c’est un jeu. Mais pour moi, c’est plus que ça. Quand on joue sur le terrain, on veut rendre quelque chose au public. C’est bien de pouvoir interagir avec lui. Ce lien est très important. »

Deux joueurs de football, l'un en uniforme bleu et l'autre en uniforme orange, s'affrontent pour le ballon.

André Bona, à gauche, lors d'un match contre Hamilton Forge.

Stephen connaît très bien les défis liés à l’immigration. Les leçons qu’il donne à son équipe traitent non seulement des défis à relever sur le terrain, mais aussi des défis à relever dans la vie, le tout avec passion et détermination. « Si vous décidez de faire ce changement dans la vie, vous devrez composer avec des temps difficiles, explique-t-il en parlant de l’immigration. Ces défis, si vous les avez déjà rencontrés, comme nous le faisons continuellement sur le terrain de soccer, vous les relevez en mettant la main à la pâte et en faisant du mieux que vous le pouvez. »

Le souvenir d’une expression que disait souvent son père le frappe soudainement. « Ce n’est pas grave si vous ramonez des cheminées dans la vie. Devenez le meilleur ramoneur possible. J’essaie d’être le meilleur possible dans ce que je fais, dans l’espoir d’avoir un effet positif sur les vies des jeunes. »

Une grande foule de fans enthousiastes occupent les gradins. Sur le terrain, une ligne de joueurs de soccer en uniformes bleus lèvent la main vers la foule.

HFX Wanderers adorent le soutien qu’ils reçoivent de leurs fans.

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