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Un homme souriant debout contre une balustrade, derrière lui il y a de l'eau, un paysage urbain et une montagne.

Tehseen Ahmed à Vancouver

Tehseen Ahmed savait qu’il voulait venir au Canada au moment où il a réalisé qu’il était homosexuel. « Nous parlions du Canada comme d’un paradis sur Terre... Peut-être qu’un jour, je pourrai aller au Canada et y être en sécurité, je pourrai épouser un homme et être fier de moi-même. »

Son voyage a commencé dans un campus universitaire à Karachi, au Pakistan. En plein milieu de leurs études, Tehseen et ses amis préparaient secrètement ce qui allait être le premier défilé de la Fierté du Pakistan. Un jour, il a entendu ses amis discuter avec passion de quelque chose qu’ils avaient entendu à la télévision. Une déclaration diffusée par le président du Pakistan avait annoncé que « nous ne pouvons pas accorder de droits aux homosexuels dans notre pays, parce qu’il n’y a pas d’homosexuels au Pakistan. » Tehseen était indigné. « C’est un mensonge. Nous devrions montrer au monde que nous existons. »

Le groupe a rassemblé près de 50 personnes pour son défilé. « Tout s’est très bien passé, raconte-t-il. Nous avons porté des T-shirts aux couleurs de l’arc-en-ciel et nous avons marché sur une autoroute très fréquentée. » Une vidéo du défilé a été diffusée sur les médias sociaux. Même si leur identité était soigneusement masquée, leur message était clair. « Nous existons », dit Tehseen.

Le Pakistan est l’un des pays les moins tolérants du monde en matière de droits des personnes LGBTQ. Selon Tehseen, les sanctions peuvent inclure d’être écrasé ou lapidé. Ainsi, lorsque la BBC a contacté le groupe pour une entrevue, ils étaient à juste titre terrifiés. Mais l’idée de transmettre leur message à l’international était impossible à refuser. De plus, la BBC leur avait assuré un anonymat complet. Malheureusement, la promesse n’a pas été tenue.

« Les vidéos n’étaient pas vraiment floues... et ils n’ont pas du tout altéré les voix, se souvient Tehseen. Dès que les vidéos ont circulé partout, nous avons été chassés de chez nous. »

En un instant, tout a changé. Sa famille l’a refusé. Tehseen a été forcé de se cacher. « Imaginez un peu, un étudiant à l’université... Un jour il va à l’université comme d’habitude, et puis, à son retour, il est dans la rue... essayant de se cacher... Je ne sais même pas comment décrire ce sentiment. »

Il a commencé à contacter des organisations de défense des droits de la personne dans le monde entier pour raconter son histoire. L’une d’entre elles, les Rainbow Refugees, installée à Vancouver, en Colombie-Britannique, lui a conseillé de quitter le Pakistan. Tehseen s’est rendu en Afghanistan par un itinéraire qui l’a conduit dans les zones tribales des deux pays, « où toutes les guerres et les effusions de sang ont lieu, dit-il. Il n’est pas très facile de passer de cette zone même si je suis citoyen du Pakistan... »

En Afghanistan, il s’est retrouvé doublement persécuté, à la fois pour son homosexualité et pour sa nationalité pakistanaise. « J’ai eu très peur, dit-il, et j’étais complètement seul. Personne ne couvrait mes arrières ou ne me parlait pour me demander si j’allais bien ou non... Chaque seconde était incertaine. »

L’UNHCR a placé Tehseen dans un programme de protection d’urgence. Après quatre mois, sa demande de réinstallation a été acceptée. Lorsque les fonctionnaires lui ont demandé où il voulait aller, Tehseen s’est souvenu de son rêve de liberté et d’acceptation. « J’ai dit... Je sais que ce n’est pas moi qui décide, mais si possible, j’aimerais aller au Canada. »

Entre le moment où il a enfilé un t-shirt arc-en-ciel pour le défilé et son départ pour le Canada comme réfugié, seulement un an s’était écoulé. Tehseen a atterri à Vancouver le 1er octobre 2010, lors d’un accueil surprise organisé par les membres de Rainbow Refugees. Le groupe l’a acclamé et a agité un drapeau canadien géant pour lui à son arrivée à l’aéroport.

L’histoire de Tehseen comporte un thème récurrent : la gratitude. Il est conscient que son voyage, bien qu’il l’ait effectué seul, ne s’est pas fait en vase clos. Il est reconnaissant, tout d’abord, pour le soutien de ses amis, qui ont défilé avec lui dans le défilé de la Fierté, un acte de défiance qui a entamé le voyage de Tehseen. Ensuite, il est reconnaissant envers les Rainbow Refugees, qui l’ont encouragé à quitter le Pakistan et qui l’ont conseillé dans sa demande de réinstallation. Et il ne saurait oublier l’UNHCR, qui a insisté sur l’urgence de la demande.

Ce mois-ci, cela fera dix ans qu’il est arrivé. Son parcours au Canada l’a ramené aux Rainbow Refugees comme bénévole, et à Genève où il a représenté le Canada lors des consultations tripartites annuelles de l’UNHCR sur la réinstallation. Aujourd’hui, il habite avec son mari et guide les nouveaux arrivants au cœur de l’Immigrant Services Society of British Columbia, où il vient d’être promu au poste de directeur adjoint du programme d’alphabétisation et de compétences essentielles avancées.

Tehseen dit que son chemin a été façonné par les groupes qui l’ont appuyé pendant son voyage, mais pas seulement par l’aide qu’ils lui ont apportée. « Ils m’ont profondément inspiré, ce qui m’a également donné envie de faire carrière dans les services sociaux. » C’est pourquoi il choisit aujourd’hui de rendre la pareille, « pas seulement parce que le Canada m’a donné une protection, mais aussi parce que ma place est ici. C’est mon pays, c’est ma demeure. »

L’histoire de Tehseen Ahmed fait partie de Refuge Canada, l’exposition itinérante du Musée, qui se trouve au Galt Museum and Archives jusqu’en janvier 2021. Découvrez le calendrier de notre exposition itinérante, Refuge Canada ici >