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Il existe de nombreux types d’enseignants, et certains sont inoubliables. Van-Nha Tran aurait pu être l’un d’entre eux. Cet enseignant de géographie à Saigon était habité par le désir d’enseigner honnêtement, et c’est là qu’est né son désir de venir au Canada.

Van-Nha Tran est né en 1955; il était le sixième enfant d’une famille de dix. La première école qu’il a fréquentée était un séminaire où la plupart des étudiants se dirigeaient vers une carrière de prêtres. Van-Nha a plutôt poursuivi des études en psychologie à l’université de Saigon. Il était un excellent étudiant. Plusieurs de ses souvenirs heureux d’enfance remontent à l’époque où il fréquentait l’école.

À mi-chemin dans son diplôme, le gouvernement vietnamien s’est transformé. « Après ‘75, le gouvernement communiste a changé beaucoup de choses à l’université. » Van-Nha a dû changer de maîtrise et passer de la psychologie à l’histoire et géographie du Vietnam, l’un des trois cheminements permis par le nouveau gouvernement.

Il se souvient d’avoir activement fait le choix de rester positif. Il voulait percevoir cette situation comme une occasion d’apprendre quelque chose de nouveau. Il était cependant difficile d’ignorer la façon dont l’histoire était maquillée pour correspondre à une vision précise.

« Toujours, c’est des informations contrôlées, explique-t-il. C’est comme, la géographie, c’est pas pire parce que c’est naturel. Mais dans l’histoire… on a l’autre point de vue sur un même événement. »

Après avoir obtenu son diplôme, Van-Nha est devenu enseignant de géographie. Il ne voulait pas être une source de mensonges pour ses étudiants. « J’ai essayé de trouver une façon à dire la vérité, mais comment éviter de contrer directement le gouvernement? Sinon, que je pouvais avoir des problèmes. »

Van-Nha s’est marié et a eu des enfants, et l’idée de donner ce genre d’éducation à ses propres enfants est alors devenu pour lui impensable. « Parce que c’est… à la maison, on dit une chose, mais à l’école, on dit une autre chose. Donc, les enfants vont se mélanger », explique-t-il.

« Oui, c’est pour ça que… j’ai quitté le pays. »

Écoutez l’histoire de Van-Nah Tran, qui fait partie de la collection d’histoires orales du Musée >

Van-Nha s’est dit que la meilleure solution était de commencer par s’installer, puis de faire venir sa famille par la suite. Un cousin de Van-Nha était déjà au Canada et était en mesure de l’aider en le parrainant. Van-Nha s’est donc retrouvé à prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie : celle de quitter sa femme et ses trois enfants

« Au début, on ne peut pas imaginer qu’est-ce qui se passe quand on a décidé de partir, explique Van-Nha. Le problème, c’est que on ne sait pas que je serais mort ou vivant, et on ne sait pas quand on peut se rejoindre. »

Van-Nha a entamé la première étape de son voyage vers le camp de réfugiés thaïlandais de Banthad vers la fin du mois de janvier 1988. Il se souvient très bien du jour où il est arrivé. C’était le 26 janvier, le même jour que son huitième anniversaire de mariage.

Il a vécu dans les limbes pendant deux ans. Il a continué de communiquer du mieux qu’il a pu, mais le courrier n’était pas très fiable, en plus d’être irrégulier. Dans une lettre, il a dit à son épouse : « Chaque mois, au début du mois, si vous n’avez pas de recevoir mes lettres, vous écrivez pareil. Moi aussi, j’ai fait dans le cas. » Il a reçu sa première lettre six mois après son arrivée.

Tout comme lorsqu’il était aux études, il a choisi de rester positif. « Si vous pensez positivement, vous pouvez sauver votre vie en premier et vous pouvez partager votre expérience aux autres, » explique Van-Nha. Van-Nha offrait des cours de français pour une somme modique et a trouvé de la joie dans l’enseignement. Il envoyait tout l’argent qu’il gagnait à sa famille.

Un homme portant une chemise blanche et tenant un sac en plastique. Il est à côté de ce qui semble être un autobus. Les passagers sortent leurs bras par la fenêtre.

Photographie de Van-Nha Tran quittant le camp de Panat Nikhom, en Thaïlande, octobre 1990.

Musée canadien de l’immigration du Quai 21 [DI2017.142.5]

C’est en 1990 que sa demande de parrainage a finalement été acceptée. Van-Nha est arrivé au Québec au mois d’octobre. Au printemps 1991, il avait son permis de conduire, un emploi chez Dunkin Donuts, et avait rempli tous les papiers nécessaires pour demander la venue de sa famille.

« Je m’adapte très vite, explique-t-il. Donc, juste quelques mois après, je me débrouillais pour faire toutes les choses nécessaires pour m’adapter à la société d’accueil en attendant l’arrivée de ma famille. »

Sur une ligne du temps, le voyage de Van-Nha est marqué de longues périodes d’attente, ponctuées de changements rapides. Une étape importante tous les deux ans. Les membres de la famille de Van-Nha sont venus le rejoindre en 1993. Deux ans après son arrivée au pays et près de cinq ans après son départ. Leurs retrouvailles à l’aéroport furent un moment de prise de conscience. Tant de choses avaient changé, et tant de choses étaient restées les mêmes.

« C’est vraiment très émouvant, se souvient-il. C’est surtout que, pour ma fille, quand j’ai quitté le pays, elle avait juste six mois… Elle m’a sauté dans mes bras toute de suite pour m’embrasser. »

« On peut sentir comme… comment on a surmonté un grand obstacle, que, enfin, nous avons réussi qu’est-ce que nous avons prévu. »

Un homme, une femme, deux garçons et une fille) devant un autel décoré d’ornements festifs.

Photographie de la famille Tran à Sherbrooke, au Québec, 25 décembre 1993. Ils passaient leur premier Noël ensemble, au Canada.

Musée canadien de l’immigration du Quai 21 [DI2017.142.2]

Aujourd’hui, Van-Nha Tran est président de l’Association des Vietnamiens de Sherbrooke. Son premier patron chez Dunkin Donuts lui a proposé de devenir copropriétaire d’un nouveau point de vente. Il est également propriétaire d’un restaurant vietnamien et d’un magasin de tabac.

Parmi toutes ses réussites, ce qui compte le plus pour Van-Nha est de pouvoir envoyer ses enfants à l’école sans souci. « J’ai beaucoup apprécié le système d’éducation au Canada en général et au Québec, affirme-t-il. Et j’aimerais remercier beaucoup le monde qui nous a aidés à nous imbriquer dans la société d’accueil et nous a donné une chance, sans discrimination. »