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Certaines histoires d’immigration contiennent des méandres.

Le voyage d’Abdoulaye Baldé a été ponctué de pas en avant et de pas en arrière et de leçons bien difficiles. « Je considère que le Canada a été une université pour moi », explique-t-il.

Le plus jeune de quatre enfants, Abdoulaye a grandi en Guinée-Conakry entouré par une famille très protectrice, profondément fier de son patrimoine peul. « C’est une fierté justement, affirme-t-il, d’appartenir à ce grand peuple, réputé pour ses valeurs cardinales, qui sont la retenue, qui sont le courage, qui sont l’honnêteté. »

Mais des tensions, divisions et le danger commençaient à gronder dans sa communauté. Abdoulaye explique qu’à l’époque, la Guinée était sous régime militaire et qu’elle ne privilégiait pas les droits de la personne. À l’âge de 20 ans, il a participé à une protestation sur un campus universitaire, et on l’a emprisonné.

« C’est là où ma vie bascule. »

La famille d’Abdoulaye s’est immédiatement mobilisée pour le sortir d’une situation dangereuse qui aurait ruiné son avenir. Ensemble, ils ont combiné leurs ressources, vendu des terres, et ont trouvé un lieu qui leur offrirait de meilleures opportunités : le Canada. Il n’a pas choisi de partir, explique-t-il, « mais c’était une nécessité. »

Il a atterri à Montréal et a pris un taxi directement jusqu’au SARIMM (Service d’aide aux réfugiés et aux immigrants du Montréal métropolitain). Il est entré dans le bureau et a dit : « Je suis réfugié, je viens, je ne sais pas vers où aller, à qui m’adresser. »

Le personnel du SARIMM lui a donné un billet de métro et l’adresse du YMCA pour y trouver un logement temporaire. Apprendre à circuler en ville a été comme arriver sur une nouvelle planète. « C’est comme si on m’expliquait comment ça va être, ma mission sur la Lune », se souvient-il.

D’autres leçons ont suivi; Abdoulaye a appris toutes les compétences nécessaires pour survivre seul. Un moment particulièrement sombre est survenu lorsqu’il a eu besoin d’une appendicectomie d’urgence. Sur le formulaire à l’hôpital, il a inscrit le nom de sa plus proche parente, sa sœur, qui habitait à des milliers de kilomètres, de l’autre côté de l’océan. Il ne s’était jamais senti aussi seul qu’à ce moment-là.

« Bon, bref... ça, c’était une expérience qui m’a marqué et qui a marqué le temps... Malgré toutes les choses, j’ai le cœur lourd chaque fois que je pense à cet événement-là, à cette expérience-là. »

Pourtant, il en est sorti plus déterminé que jamais. Il a trouvé un emploi à faible impact dans une cabine de stationnement, afin de travailler tout en guérissant. Il a économisé, il renvoyait de l’argent à la maison, et a obtenu son permis de conduire. Il cherchait désespérément à recevoir de l’enseignement, mais son dossier de demande d’asile encore ouvert signifiait qu’il ne pouvait pas s’inscrire à l’école. Il a appris autant que possible sur Internet et à l’aide de la radio qui crépitait dans sa cabine.

Dans le bâtiment gouvernemental à côté de son stationnement, Abdoulaye savait que sa demande d’asile était en cours d’examen. Il a réalisé que la personne qui choisirait son destin était peut-être parmi celles qu’il laissait entrer et sortir de son stationnement. Quand le moment de son entrevue est venu, il était nerveux, mais optimiste.

Pourtant, au lieu d’un pas en avant, il a été forcé à faire deux pas en arrière. Abdoulaye croit que le refus qu’il a essuyé s’explique par une erreur de date qu’il a faite sur son formulaire. On lui a dit que sa demande d’asile avait été refusée et qu’il serait déporté. « Ça a été un coup d’tonnerre pour moi et ça a été le début d’un—d’une longue descente aux enfers, on va dire. »

Il a perdu connaissance dans la salle d’entrevue. Il croit que c’est pour cette raison que les agents ont cru qu’il tenterait de fuir ou de se faire mal; c’est pourquoi ils l’ont menotté et envoyé dans un centre de détention.

« C’est des expressions qui ont évolué au fil du temps : du donjon, on est allé en prison, de prison—centre de détention, détention—centre de prévention et plus tard on va trouver quelque chose d’autre. Donc, lui, en me voyant m’évanouir, il a considéré que la meilleure des choses pour lui de faire était de me menotter, me lire mes droits. »

Il avait habité à Montréal pendant deux ans.

La Guinée qu’il a retrouvée était plus ouverte, notamment dans les médias, et la première station de radio venait d’ouvrir. Abdoulaye y a vu l’occasion d’appliquer les leçons qu’il avait apprises au Canada, ainsi que de rentabiliser son amour pour la radio. Il a créé une émission intitulée Route-Info, qui parlait de la circulation, qui offrait des conseils sur la conduite défensive, et qui signalait les allées et venues de la police pour faire enquête.

De nouvelles connexions à la radio lui ont permis d’ouvrir une petite entreprise. Il a alors pensé : « Toutes ces choses que j’ai faites ici et qui m’ont permis de faire ce que j’avais là-bas, pourquoi ne pas tenter encore de revenir, malgré le fait que je suis un déporté? » Il a alors entrepris les démarches pour revenir au Canada.

En 2011, Abdoulaye a posé sa candidature à un programme d’immigrants qualifiés. Cette fois, il a été approuvé. Encore une fois, il avait devant lui un voyage transocéanique qui lui offrirait de nouvelles opportunités. Cela lui rappelait les mouvements nomades de ses ancêtres peuls.

« Ma vie d’avant et celle d’après que je suis venu, c’est là où ça m’a rappelé l’histoire du parcours de nos ancêtres, les Peuls, qui avaient fait immigration d’est vers l’ouest... Moi, j’ai fait l’inverse. »

Aujourd’hui, Abdoulaye habite à Calgary, en Alberta. Il affirme qu’il a plus appris au cours de ce parcours plein de méandres que dans n’importe quel cours à l’école. « J’ai appris plus que ce que j’aurais pu apprendre dans une université et je considère que le Canada est l’université pour moi. » Il gardera ces leçons pour l’avenir, et il est fier d’être un exemple de l’expérience si variée que représente l’immigration. « Je suis... un modèle de tout ce que vous pouvez connaître en matière d’immigration, affirme-t-il. L’arrivée paisible, le retour difficile, ensuite, le renvoi difficile, le retour facile et puis l’adaptation. »

« Donc, pour résumer, si y a une profession que j’ai ou un degré de formation, c’est de vous dire formation continue, parce que je continue toujours ma formation, et j’apprendrai. »

L’histoire d’Abdoulaye Baldé fait partie de la collection d’histoires orales du Musée; elle apparaît également dans Refuge Canada, notre exposition itinérante qui sera au Musée de Nanaimo jusqu’en septembre. Découvrez le calendrier de notre exposition itinérante, Refuge Canada, ici. >.

L'interview d'Abdoulaye a été menée en français et traduite en anglais.

Abdoulaye Baldé partage son histoire dans le cadre du programme d'histoire orale du Musée.