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Des documents découverts par le personnel du Centre d’histoire familiale Banque Scotia au Musée contiennent un manifeste de passagers arrivés à New York en 1952. Ces lettres noires dactylographiées épellent les noms de six membres de la même famille, tous des Djokic.

Il existe de nombreuses façons de faire des liens avec le patrimoine d’une famille. Pour le violoniste Marc Djokic, les noms et les dates dactylographiés sur ce document ne représentent que des moments dans le temps. L’histoire de sa famille s’ouvre plutôt à lui grâce à un filin vibrant de musique, tissé par son grand-père.

Une page jaunie, percée de trous, sur laquelle se trouvent des lettres noires tapées dans un tableau.

Un manifeste de passagers entrant montre que la famille Djokic est arrivée à New York au mois de juillet 1952.

Pierre Djokic, un immigrant serbe de l’ex-Yougoslavie qui a survécu aux camps de concentration, est venu aux États-Unis en passant par la France. Il a voyagé avec Raymonde, la grand-mère de Marc. Ils ont apporté peu de biens matériels, mais ont rempli leur demeure de musique. « Même s’il avait plusieurs enfants et que tous leurs besoins reposaient sur un seul revenu, il était extrêmement important pour lui que chacun d’entre eux apprenne un instrument », explique Marc. La musique était la clé de leur bonheur, et Marc croit que c’était un baume pour les blessures créées par la guerre.

Faire de la musique a procuré à cette famille une joie qui a soudé ses membres, et de là sont nées d’autres branches de leur arbre généalogique. Les sept enfants de Pierre et de Raymonde ont étudié la musique classique. Philippe, le père de Marc, a fréquenté l’école Juilliard où il a rencontré la pianiste Lynn Stodola, la mère de Marc. Ils ont déménagé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, afin d’enseigner à l’université Dalhousie. Marc et sa sœur Denise sont nés à Halifax.

Toujours en suivant le filin, nous retrouvons le jeune Marc, encore enfant, écoutant attentivement la musique d’un violon émergeant du sous-sol de ses parents, où son père donne des cours de musique. Les premiers souvenirs qu’il a se déroulent presque toujours sur une toile de fond musicale. « Il y avait de la musique, raconte Marc. J’en entendais peut-être même dans le ventre de ma mère. » Cette musique a déclenché quelque chose en lui. « Quand vous êtes un jeune enfant et que vous voyez quelqu’un jouer d’un instrument... Vous voulez l’essayer. Vous voulez le prendre et en jouer. »

Vers la fin de ses études secondaires, Marc savait que jouer du violon était pour lui plus qu’un passe-temps. C’était une vocation. Il a fait ses débuts dans un orchestre à l’âge de 14 ans, avec l’orchestre d’Halifax. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des violonistes les plus prolifiques du Canada, et ses interprétations ont été décrites comme étant puissantes et virtuoses.

Un homme portant une veste et un chapeau de couleur sombre tient un violon et un archet. Un rivage océanique se trouve en arrière-plan.

Crédits d’image : Waël Chanab

Marc croit que son talent a été forgé directement dans le patrimoine de sa famille. « Je leur dois vraiment mon métier, explique-t-il, en parlant de ses grands-parents. C’est vraiment quelque chose de puissant... La musique était vraiment la seule chose qui pouvait lier notre histoire d’immigration. »

Le grand-père de Marc a continué à s'entourer de musique toute sa vie. Marc a joué pour lui et il a écouté des chansons traditionnelles serbes sur sa radio. Alors qu'il approchait de la fin de sa vie, c'était un réconfort d'entendre les chansons traditionnelles de sa patrie. Elles lui rappelaient son voyage et le patrimoine musical que ses enseignements ont fait grandir.

Comme la musique de Marc est liée à ses racines internationales, Marc dit qu'en tant que musicien classique « je me sens connecté au monde »

« L'immigration peut être vue dans la musique classique, historiquement et aujourd'hui », explique Marc, « elle a réuni des compositeurs et des musiciens du monde entier pour embrasser la culture, les traditions et les idées les uns des autres. »

« C’est probablement pour cette raison que les gens disent que la musique sauvera un jour le monde. »

Marc fait la promotion de cette philosophie dans une grande partie de son travail. Sur son premier album, « Solo Seven », il interprète plusieurs compositeurs canadiens en mettant l’accent sur leurs influences internationales. « L’un des principaux objectifs de mon album était de présenter une liste très diverse de compositeurs canadiens provenant d’une multitude de patrimoines. » Marc dit s’être senti particulièrement proche des pièces d’un compositeur, Ana Sokolovic, au nom de famille serbe, comme le sien. Ces compositions ont été inspirées par des danses et des rythmes traditionnels de Serbie. Cette occasion de les maîtriser était « presque comme une autre formation sur la musique traditionnelle serbe, explique Marc. Je savais que c’était dans mon sang. »

« J’ai pensé à mon grand-père. S’il était vivant, il serait très fier. »

Marc Djokic se produit à Halifax janvier 2020, dans le cadre de « Magnificent Mozart », de la série des œuvres magistrales (Masterwork’s Series) de Symphony Nova Scotia. Son album, Solo Seven, peut être acheté sur son site Web.

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