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« Nisei », signifiant « deuxième génération », est un terme japonais qui fait référence aux enfants nés de parents japonais. Celles et ceux qui sont nés au Canada, mais qui ont été envoyés au Japon avant la Seconde Guerre mondiale pour y revenir par la suite, sont nommés les « kika-nisei ». Comme le voyage unique qu’ils ont fait s’est déroulé aux extrémités de la guerre, ils ont pu échapper les camps d’internement souvent associés avec les récits des Canado-Japonais.

Haruji Mizuta est un kika-nisei. Il commence en expliquant que « tout le monde [l]’appelle Harry ».

L’histoire de la famille d’Harry est une toile complexe d’itinéraires. Ses parents ont d’abord immigré en Colombie-Britannique au début et au milieu des années 1900. Son père a quitté Osaka en 1906 pour venir travailler pour le chemin de fer du Canadien Pacifique. Sa mère, qui faisait partie d’un mariage arrangé, est arrivée en 1926. Son premier mari est cependant décédé.

Harry est né en 1933 à Revelstoke, en Colombie-Britannique. Sa sœur est née trois ans plus tard. Leur citoyenneté canadienne a été forgée par leur naissance.

Les quatre membres de la famille sont retournés au Japon en 1938 pour s’installer dans le petit village de Mio, dans la préfecture de Wakayama. Harry explique qu’il était courant que les enfants japonais nés au Canada soient envoyés au Japon pour y suivre une éducation japonaise typique. « C’était principalement une question d’éducation, dit-il, et ça pouvait aussi être une façon pour leurs parents de minimiser leurs frais de subsistance au Canada. »

Dans ce petit village japonais, le père d’Harry s’ennuyait beaucoup du Canada. « Il n’arrivait pas... comment dire... à s’y faire, explique Harry, au mode de vie de ce petit village. » Une grande partie de cette déconnexion était due à la barrière linguistique qu’il y avait entre le japonais d’Osaka et le dialecte parlé dans le village. Il est revenu au Canada après seulement deux ans.

Comme le père d’Harry était de retour à Revelstoke et travaillait pour le CFCP et que le reste de la famille était au Japon, la Seconde Guerre mondiale est devenue une toile de fond incontournable pendant les cinq années suivantes de leurs vies. Ils ont perdu contact avec le père d’Harry, mais ils ont appris que certaines circonstances lui avaient permis d’échapper aux camps d’internement. Revelstoke se trouvait à l’extérieur de l’ordre des 100 milles côtiers et Harry explique que « comme ils avaient besoin de main-d’œuvre pour entretenir le chemin de fer, il a pu continuer de travailler ».

Il est facile d’imaginer leur surprise et leur soulagement lorsque le père de la famille a resurgi au Japon. À partir du port de Raga, près de Tokyo, il a envoyé un message qui disait tout simplement : « Je suis là ».

Les membres de la famille sont restés ensemble jusqu’en 1955, lorsque Harry a décidé de retourner au Canada. Il a eu sa majorité et ses années formatrices pendant les 17 années qu’il a passées au Japon. Maintenant, Harry dit qu’il aura toujours le sentiment qu’il est Japonais dans son cœur : « J’essaie d’être Canadien... mais quand je dois prendre des décisions importantes, je le fais toujours avec un raisonnement japonais. »

Photo de portrait d'un vieil homme vêtu d'une veste en tweed et d'une chemise bleue, assis dans un fauteuil rouge.

Harry Mizuta

À son retour, il n’a pas reçu un accueil chaleureux. Harry a eu de la difficulté à se trouver un emploi et se souvient des noms péjoratifs qu’on lui a lancés. « J’ai compris que ma priorité était d’apprendre l’anglais. La société canado-japonaise ne m’acceptait pas comme Canado-Japonais, car j’agissais à la japonaise », explique-t-il.

Il a fait de petits boulots et s’est inscrit à une école de formation professionnelle en mécanique automobile. Bien que la langue ait continué à lui donner du fil à retordre, il a utilisé ses connaissances techniques pour réussir les examens, puis il a décroché un emploi dans une usine de fabrication de moteurs. Il a économisé chaque sou et a réussi à ouvrir un centre de service automobile. « J’ai rapidement appris qu’il n’est pas possible d’aller très loin avec 1 500 dollars, dit-il, mais d’une façon ou d’une autre, j’ai survécu. »

Comme il était le seul Asiatique avec une station-service sur une rue qui en comptait six autres, « au début, il n’y avait pas beaucoup de clients ». Il a cependant persévéré et les affaires ont pris du mieux. C’est pendant cette période qu’il a rencontré son épouse, Akemy. Ils se sont mariés dans un temple bouddhiste en 1961 et étaient entourés par près de 70 invités.

En cherchant un endroit où s’installer, les nouveaux mariés ont réalisé que bien des portes leur étaient fermées. Ils ont finalement réussi à louer un appartement situé derrière un restaurant. « Un endroit terrible », dit Harry. Cet appartement n’avait pas de chauffage et était infesté de souris. Leur première fille y est née, mais le couple savait que leur situation était insoutenable pour une nouvelle famille. Ils ont épargné suffisamment d’argent pour verser un acompte sur une maison.

Leur nouveau quartier était multiculturel et semblait charmant, du moins, au premier coup d’œil. Un an plus tard, Harry a cependant découvert ce qui se passait derrière leurs dos. « Nous étions les premiers Asiatiques à déménager dans ce secteur, explique-t-il, et tous les voisins de notre quartier ont fait circuler une pétition pour nous expulser. »

Il a appris que la pétition avait pris naissance chez la famille qui se trouvait directement de l’autre côté de la rue. Il s’agissait des mêmes personnes qui avaient été assez gentilles pour proposer de garder leur fille. « Ça m’a plutôt choqué, mais considérant tout le reste, il n’y avait rien là de nouveau. »

Harry parle de cette expérience dans ce clip de son histoire orale de notre collection. (Clip est en anglais) >

Malgré toutes les difficultés, Harry avait commencé à vraiment s’enraciner. Il était temps d’accueillir ses parents dans leur maison. « Dans la tradition japonaise, c’est le garçon aîné qui a la responsabilité de s’occuper de toute la famille ». Les parents d’Harry sont arrivés en 1964 et la famille a été réunie pour une toute dernière fois.

Depuis ces premières journées pendant lesquelles Harry s’est réinstallé à Vancouver, les choses ont beaucoup changé pour lui. Il est passé de la station-service à une entreprise fructueuse d’exportation de bois vers le Japon. Harry est maintenant retraité et quand il repense à son aventure, il ressent des émotions partagées. Il se sent reconnaissant, mais triste.

« Au début, vous êtes tellement reconnaissant », dit Harry en expliquant que vivre au Canada lui a permis de s’occuper de ses parents, puis il ajoute : « mais il y a aussi beaucoup de déception... Au Japon... je me suis dit, peut-être qu’il y a plus de liberté au Canada. Mais ce n’était pas... beaucoup de discrimination... ce fût une déception. »

« Mais d’autre part, beaucoup de bonnes personnes nous ont aidés. Je n’ai donc pas de regrets. »

Harry Mizuta a également fait don de son histoire d'immigration écrite. (Histoire est écrit en anglais) >