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Gareth Henry, vêtu d'un costume d’affaires bleu, se tient les bras croisés et regarde dans la caméra

Gareth Henry

Gareth Henry est responsable de l'accès au service pour la fondation Toronto People with SIDA. Il défend les droits des personnes LGBTQ et fait don de son temps libre à Rainbow Railroad, une ONG qui aide les personnes LGBTQ à échapper à la violence et à la persécution dans leur pays.

Gareth habitait à Kingston, en Jamaïque, où la violence extrême contre la communauté LGBTQ est constante et répandue et où la police et le gouvernement ne la protègent pas. Depuis le début de sa vie d'adulte, la protection de ces personnes est sa mission. Il a finalement quitté son pays, car rester pouvait être une question de vie ou de mort.

Gareth a grandi dans le village de St. Mary’s, dans une famille « chrétienne, unie et compréhensive ». Dès le début, Gareth et sa famille ont reconnu son caractère unique. « Enfant, je savais que j'étais différent, dit-il, je me suis rendu compte que je n'étais pas comme les autres garçons de ma communauté. » Plutôt que de rejeter Gareth, sa famille a opté pour une protection minutieuse. Que ce soit à l'école, à la maison, à l'église ou pendant les fins de semaine, ils ont organisé un horaire strict afin de toujours savoir où il se trouvait.

Gareth a déménagé à Kingston à l'âge de 15 ans. Gareth explique qu'une fois à l'abri de l'œil de lynx de sa famille, il a finalement pu « être lui même, être authentique ». Il n'a pas communiqué avec sa famille. C'est une décision qu'il a prise, parce qu'il ne voulait pas mentir. C'était une discussion que tout le monde voulait éviter, « surtout ma grand-mère. En 77 ans, elle ne m'a [jamais] posé de questions au sujet de mon homosexualité, elle n'a jamais rien dit. »

Gareth a trouvé du soutien en faisant du bénévolat pour Jamaica AIDS Support, puis, en 1998, il a assisté à la création de J-FLAG, le forum jamaïcain pour les lesbiennes, les pansexuels et les homosexuels. « J'étais excité, explique-t-il, en parlant de cette période d'émergence, je voulais m'impliquer et faire des choses. » Il a commencé par assimiler tout ce qu'il pouvait en côtoyant les militants plus expérimentés. « Je me suis assis, j'ai écouté et j'ai appris grâce à eux. Je ne savais que très peu de choses, parce que j'ai grandi dans une famille très protectrice. »

Puis, en 2004, le cofondateur de JFLAG, une personnalité publique, a été assassiné, laissant derrière lui un grand vide. « Nous avons perdu notre voix », explique Gareth. Avec les médias qui harcelaient l'organisation pour des commentaires, J-FLAG s'est empressé de trouver un nouveau porte-parole. En Jamaïque, il était très dangereux de soutenir ouvertement une organisation militante représentant les personnes LGBTQ, mais Gareth s'est porté volontaire. « J'ai levé la main et j'ai dit que j'allais le faire! » C'était la première fois qu'il parlait en public et il a découvert qu'il avait du talent pour la chose.

« C'est à ce moment-là que j'ai commencé publiquement à défendre ces droits », explique Gareth. Gareth était un meneur naturel. Il a commencé à faire beaucoup de travail pour JFLAG, puis a été nommé coprésident de l'organisation.

Pendant qu'il accomplissait tout ce dur travail, parallèlement aux victoires durement gagnées, la violence contre sa communauté s'est envenimée. Pendant les quatre années qui ont suivi, 13 collègues de Gareth ont été assassinés, dont son meilleur ami, Steve. « Peu de gens ont besoin se rendre sur la scène d'un meurtre pour identifier un ami, explique-t-il, ça reste avec vous toute la vie. Ça ne part plus. » Ce souvenir a l'horrible propriété d'être comme un rêve et il se demande encore si c'est vraiment arrivé. « Est-ce que j'ai vraiment identifié Steve? Oui, Gareth, c'était Steve. C'était Steve. »

Plutôt que de se tapir alors que toutes ces vies étaient enlevées, Gareth a parlé plus haut et plus fort. « J'ai défié tous les obstacles qui se sont dressés devant moi. » Gareth inspirait et menait sa communauté et il est lui-même devenu une cible. Les menaces de mort fusaient de partout, du public, des voisins, des chauffeurs de taxi et même de la police. L'adresse de sa maison était publiée dans les journaux locaux, où on parlait de lui et de ses amis en utilisant les termes « prostitués homosexuels ».

« Et malgré tout, ma détermination et ma passion pour ce qui est juste n'ont pas changé. »

Jusqu'au jour de la Saint-Valentin 2007. Gareth était dans un centre commercial et il est intervenu lorsqu'il a vu deux femmes trans se faire attaquer. Une altercation est survenue, la police a été appelée et ils ont attaqué Gareth. « J'ai été battu par quatre policiers devant une foule d'environ 300 personnes, explique-t-il, c'était une journée horrible. » Il a par la suite essayé de se cacher, mais des policiers en uniformes arrêtaient sa voiture en plein trafic pour lui dire : « Nous allons te trouver, nous savons où tu habites et nous allons te tuer. »

C'est à ce moment-là que Gareth a craqué. Il a embauché un avocat, il a fait une demande pour obtenir le statut de réfugié et il a décidé de fuir au Canada. Il est arrivé au mois de janvier 2008. Laisser le travail qu'il avait en Jamaïque derrière a été pour lui un choix déchirant, un choix qu'il remet encore en question. « Après avoir déménagé ici... je me disais encore : "Bon sang, je n'aurais pas dû." » Il sait cependant que c'était la seule option. « De mon vivant, je veux voir une société jamaïcaine où les gens sont traités de façon égale, explique-t-il, puis mon intuition m'a dit : "Ouais, si tu veux voir ça, Gareth, tu vas devoir partir." »

Le sentiment de sécurité que Gareth ressent au Canada ne vient pas du fait qu'il pense qu'il n'y a pas d'homophobie ici, mais plutôt du fait qu'il sait que si quelque chose lui arrive, la loi est de son côté. « Je dois ma vie au Canada », explique-t-il.

En ce qui concerne le futur, Gareth exprime un optimisme prudent. Il place sa confiance dans les prochaines générations de jeunes Jamaïcains et son travail avec Rainbow Railroad leur est dédié. Il fait tout ce qu'il peut pour les faire sortir du pays en toute sécurité, afin qu'ils puissent être la voix de l'avenir. Il peut sembler surprenant qu'il les aide à fuir le pays qu'il veut changer, mais selon Gareth, « nous ne pouvons pas tous rester, car nous ne pouvons pas tous mourir en même temps. »

Lorsqu'il regarde vers l'avenir, toutes les pensées de Gareth se tournent vers la communauté pour laquelle il travaille sans relâche. « Je veux servir ma communauté du mieux que je le peux, explique-t-il, je veux trouver des façons créatives de soutenir, d'inspirer et de donner de l'espoir à ceux qui pensent qu'il n'y en a plus. »

L'histoire de Gareth se trouve dans notre exposition Refuge Canada, tout comme l'épingle de sûreté symbolisant son travail et sa conception de la vie.

L'exposition aborde également la décision de la Cour suprême du Canada qui précise qu'une personne peut revendiquer le statut de réfugié en raison de son orientation sexuelle. Cette décision a fait du Canada un meneur en ce qui concerne la reconnaissance des réfugiés LGBTQ. L'exposition Refuge Canada est présentée au Musée canadien de l'immigration du Quai 21 jusqu'au 11 novembre, puis elle entamera sa tournée nationale.

Une épingle de sécurité sur l'affichage comme artefact d'exposition

Artefact d'épingle de sûreté dans l'exposition Refuge Canada

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