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C'est une histoire de débuts et de fins, montrant que l'un semble toujours conduire vers l'autre.

Une photographie portrait en noir et blanc d'une jeune femme aux cheveux noirs, portant une chaîne de perles

Celestina Naccarato

L'une de ces conclusions a eu lieu lors de la publication du poème primé Postcards for my Sister, d'Alessandra Naccarato qui a tout récemment gagné le prix de poésie de la CBC. Ce poème est le fruit d'une histoire plus grande qui s'étend sur des générations, de l'Italie du milieu des années 1950 jusqu'à Sault Ste. Marie, à Montréal, à Toronto en passant par le Musée canadien de l'immigration du Quai 21. C'est une histoire qui se poursuit encore de nos jours. C'est l'histoire de Celestina Naccarato, la grand-mère d'Alessandra. « C'est une histoire que j'ai racontée de bien des façons, pendant de nombreuses années », explique cette dernière.

Alessandra a repris le flambeau de cette histoire lorsque sa grand-mère âgée de 70 ans a décidé de quitter son deuxième mari après avoir subi des années d'abus. Alessandra a vu sa grand-mère pour la dernière fois peu de temps après cette décision. Elle a alors réalisé tout ce qu'il y avait encore à apprendre sur cette femme incroyable et cette immigrante italienne. Cette réalisation a ouvert une porte. « Ça a changé ma vie, se souvient-elle. Cette quête profonde s'est mise en branle, je voulais en savoir plus sur ce qui avait façonné cette femme pour qu'elle arrive à trouver la force de prendre une telle décision à l'âge de 70 ans. »

Toutes les histoires doivent avoir un commencement. Alessandra a donc fait un pèlerinage dans la ville italienne de Laino Borgo, où est née sa grand-mère. « J'étais alors la première personne de ma famille étendue à revenir », explique-t-elle. Certains descendants de la famille habitaient toujours dans ce village et grâce à leur aide, Alessandra a réussi à retracer les archives familiales. Elle a ensuite commencé à reconstituer le voyage que sa grand-mère a fait jusqu'au Quai 21 lorsqu'elle était jeune femme.

Les bouts de documents papier et les histoires orales ont permis à Alessandra de forger un récit. Une fois de retour au Canada, elle a commencé à diffuser cette histoire en utilisant les outils de son art, c'est-à-dire la parole, la poésie et le théâtre. « Certaines parties sont complétées par des mythes et par la magie de l'écriture. C'est ma façon de retrouver l'histoire qui, d'une certaine façon, a vraiment été perdue », explique Alessandra, en parlant de son œuvre émergente.

Comme Alessandra voulait que l'une des versions de son histoire devienne une « pièce théâtrale réaliste et magique explorant l'impossibilité de ce genre de voyage », elle a visité le Musée canadien de l'immigration du Quai 21 afin d'en apprendre davantage sur le voyage entrepris par sa grand-mère, ainsi que par d'autres immigrants. Une fois au musée, Alessandra a non seulement appris plusieurs choses à propos de ces voyages, mais elle a aussi été inspirée par les récits personnels. « Certains de ces souvenirs, ces images de personnes transportant des cuves d'huile d'olive pour ensuite se les faire arracher, se les faire prendre, ces derniers fragments de ce que ces gens avaient apporté. C'est ce qui m'a vraiment touché », explique-t-elle.

Grâce à l'aide de l'équipe du Musée, Alessandra a aussi retrouvé des informations cruciales à propos du voyage de sa grand-mère. « Mon grand-père n'est jamais retourné en Italie, mais ma grand-mère l'a épousé avant de quitter le pays, ce qui semblait impossible, explique Alessandra. L'équipe du Musée avait des documents expliquant comment les choses se passaient à l'époque... Comment les gens se mariaient au téléphone et par procuration. » Pendant les années 1950 et 1960, les mariages par procuration étaient assez communs chez les immigrants italiens, mais pour Alessandra, le fait que sa grand-mère soit venue au Canada de cette façon a été une révélation. « C'était incroyable d'entendre parler de cette partie de l'histoire dont on discute rarement, j'étais vraiment heureuse qu'on m'ait donné l'occasion de faire cette découverte. »

Avec cette pièce manquante du mystère maintenant découverte, l'histoire évoluait en quelque chose de complètement différent. « La pièce que j'étais venue écrire n'avait jamais voulu être écrite, si je peux le dire ainsi », explique Alessandra en rigolant. L'histoire de sa grand-mère grandissait et changeait, comme si elle avait pris vie.

Alessandra trouve qu'il est fascinant de voir la façon dont un récit familial peut changer. « Je crois que c'est comme ça que ça se passe avec les histoires familiales, explique-t-elle. Elles sont normalement transmises par différents membres de la famille et se transforment au fil du temps jusqu'à ce que l'on se retrouve avec cette vieille histoire complètement différente faite de vérités et de mythes. » Alessandra ajoute cependant que « ces mythes expriment parfois mieux la vérité que la vérité elle-même. » Dans son travail, Alessandra explore cette métamorphose tout en évaluant constamment le rôle qu'elle joue elle-même par rapport à cette évolution. « Ma sœur et moi sommes les deux premières femmes à être nées dans la lignée [de ma grand-mère]; elle n'a eu que des fils. Tant de choses ont changé pour nous, la vie que nous menons à titre d'artistes, comme personnes vivant seules, la différence entre nos vies est immense », explique Alessandra.

« Cette aventure m'a vraiment poussée à retracer ces origines et à comprendre comment ils ont façonné ma famille et moi-même, poursuit-elle en pensant aux milliers d'immigrants qui ont fait du Canada leur demeure. Ce voyage m'a aussi poussée à comprendre ce que tout cela voulait dire pour ces Canadiennes issues de l'immigration. »

Les débuts et les fins de Celestina ont mené aux débuts d'Alessandra. L'histoire qu'elle a découverte pour la première fois à Laino Borgo, qu'elle a étoffée au Musée et qu'elle a développée en un corpus de travail se poursuit, et Alessandra sent l'obligation de continuer. « Ces histoires sont empreintes d'une certaine urgence, explique-t-elle. C'est comme si nous devions nous dépêcher de les revisiter pour en recoller les morceaux que l'on peut retrouver pendant qu'il est encore possible de le faire. » Alessandra prévoit retourner en Italie prochainement. Son oncle a acheté la maison où sa grand-mère a grandi et elle veut continuer à faire des recherches sur son patrimoine familial.

« Ce travail créera une passerelle qui permettra aux prochaines générations de connaître des bribes de son histoire et de pouvoir comprendre sa descendance. »

Postcards for my Sister, d'Alessandra Naccarato a remporté le prix de poésie de la CBC et peut être lu en ligne, ici (en anglais).

Les visiteurs qui souhaitent dépoussiérer les débuts et les fins de leur propre famille peuvent venir le faire au Centre d’histoire familiale Banque Scotia.