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Courtoisie de la famille Bartucci

« Au milieu des années 1970, pendant mon premier voyage d’affaires à Halifax, j’ai demandé à un chauffeur de taxi de me conduire jusqu’aux quais où arrivaient autrefois les immigrants, mais nous n’avons pas réussi à les localiser. Selon mes souvenirs, nous avons trouvé la zone en question, mais tout était condamné et délabré. Plusieurs années plus tard, en 2013, j’ai eu l’occasion de visiter le Quai 21, ce qui a fait rejaillir toutes sortes d’émotions en moi. En mars 2017, j’ai pu y amener toute ma famille, y compris mes 4 petits-enfants de l’Alberta, où nous habitons tous maintenant. Nous avons pris un portrait de famille devant la réplique d’un train d’immigrants du Canadien National dans le Musée, et je me sens lié à cette histoire. »

Je m’appelle Sam Bartucci. Je suis arrivé au Canada par la mer le 9 juin 1959. J’avais alors huit ans, et je voyageais avec ma mère et mon frère cadet. Je n’arrive pas à me souvenir de ce que j’ai mangé hier soir pour le souper, mais je me rappelle clairement du jour où nous sommes débarqués au Quai 21 à Halifax. Je suis né à Rende, dans la province de Cosenza située dans la région de Calabre, en Italie. Mon père est parti pour Toronto, au Canada, quand j’avais trois ans. Quand nous sommes partis de Naples, en Italie, j’étais donc très impatient de le revoir. Notre voyage s’est effectué à bord du Vulcania. Ma mère était terrifiée à l’idée de traverser l’océan, elle qui n’avait pas vu mon père depuis cinq longues années. De mon point de vue, le voyage était des plus excitants. Comme j’étais originaire d’une région rurale de l’Italie, je n’étais jamais monté à bord d’un train et je n’avais jamais vu l’océan. Le trajet en train jusqu’à Naples était tout nouveau et me remplissait d’attentes. Nous avons passé six ou sept jours en mer, et je me rappelle encore le voyage. Une seule raison avait poussé mes parents à venir au Canada : ils désiraient nous ouvrir des portes, à mon frère et à moi.

Quand nous sommes arrivés au Quai 21, je me souviens de m’être dépêché à descendre du navire en pensant que mon père nous attendrait sur le quai. Je ne savais pas que Toronto était située à deux jours de train d’Halifax! Ma mère était très nerveuse de voyager avec deux enfants. Je me souviens encore de la zone d’attente, des douanes à passer, et du long corridor menant à la station de train. Ma mère avait acheté une nouvelle machine à coudre environ un an avant de quitter l’Italie, qui était rangée dans une belle armoire. Quelqu’un lui avait dit que les agents des services frontaliers canadiens la saisiraient si elle était neuve et qu’elle devait lui donner une apparence usée. Avant notre départ, elle avait donc égratigné l’armoire pour qu’elle ait l’air vieillie. Ça lui a fendu le cœur de l’endommager. Elle a conservé cette machine pendant 51 ans, jusqu’à son décès.

Le train était rempli d’immigrants italiens, et nous avons tous reçu un sac de marchandises, contenant entre autres deux articles dont je me souviendrai toujours : une miche de pain Sunbeam et des céréales Corn Flakes de Kellogg’s. Le pain était tellement moelleux, ce qui était très inhabituel pour nous qui étions habitués au pain croûté italien. Et les céréales, nous ne savions pas quoi en faire! Tous les passagers du wagon ont commencé à déplorer la nourriture, puis nous avons tous en entonné l’hymne national italien. Même en tant que jeune garçon, c’était une expérience émouvante. Les maisons situées le long du chemin de fer paraissaient petites. Nous étions fascinés par les toits de bardeaux, les toits en Italie étant tous faits de tuiles de céramique. Nous étions en route vers Toronto, puis le train s’est arrêté à Montréal. Ma mère nous a alors fait enfiler des vêtements neufs pour revoir notre père, sans réaliser qu’il restait encore huit heures avant d’arriver à Toronto. Je me souviens du sentiment d’énervement qui m’a envahi quand j’ai revu mon père à la station Union au centre-ville de Toronto. Ainsi s’entamait notre périple dans un nouveau pays.


Courtoisie de la famille Bartucci

Les immeubles autour de la station Union semblaient gigantesques pour un petit garçon du sud de l’Italie qui n’avait jamais été dans une voiture ou vu de grands édifices auparavant. Pendant un temps, nous avons habité dans la Petite Italie au-dessus d’une épicerie italienne, partageant une seule chambre à coucher avec mes parents et une salle de bain commune avec d’autres locataires. Puisque mes deux parents travaillaient, ils ont rapidement réussi à économiser assez d’argent pour une mise de fonds afin d’acheter une maison à un coin de rue de l’endroit où nous louions un logement.

Mes parents ont eu des enfants assez tard. Mon père avait 50 ans quand nous sommes venus au Canada. Je me souviens que lorsque j’avais 9 ou 10 ans, j’accompagnais ma mère dans les usines dans le quartier de la mode, près de l’avenue Spadina, pendant qu’elle cherchait un travail. Je servais d’interprète puisque j’avais appris à parler anglais.

Mon enfance au centre-ville de Toronto a été incroyablement heureuse. Pleine d’amour.

On pourrait résumer les sentiments de mon père pour le Canada par un moment de réflexion qu’il a eu alors qu’il était un jeune septuagénaire retraité depuis environ trois ans. J’étais au début de la trentaine, marié, et je travaillais à Toronto en tant que directeur des finances d’une importante chaîne de supermarchés. Je rendais souvent visite à mes parents pour le dîner. Un jour, je suis sorti de la voiture et me suis dirigé vers la cour. J’ai aperçu mon père assis à la table de pique-nique à l’ombre, sous les treillis de raisins, et je lui ai demandé ce qu’il faisait. Il m’a répondu : « Je n’arrive pas à y croire; je suis un roi. Quel superbe pays, on me paie même quand je suis assis à ne rien faire. » Il faisait allusion aux chèques du Régime de pension du Canada, de Pension de la Sécurité de vieillesse et du Supplément de revenu garanti qu’il venait de recevoir par la poste.

Mes parents n’ont jamais appris à conduire ou à parler anglais, mais leurs rêves étaient plus qu’exaucés. Mon frère et moi avons connu beaucoup de succès, et le Canada nous a offert d’incroyables possibilités

« Papa, maman, j’ai eu plus de succès que je pouvais en rêver, deux enfants extraordinaires et quatre petits-enfants. »

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Courtoisie de la famille Bartucci

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