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Suzan Friedman Erlichster croit fermement qu'un simple acte de gentillesse peut faire écho pendant toute une vie.

Et c'est un moment qui est resté avec elle pendant près de 60 ans.

Dans la foulée de la révolution hongroise en octobre 1956, et avec l'invasion soviétique subséquente de leur patrie, Suzan, sa sœur Eva et ses parents, Jeno et Elizabeth, ont quitté leurs anciennes vies et de commencer à neuf.

On lui avait refusé sa première demande pour se rendre à New York, probablement en raison de l'état de santé de Jeno, mais comme le gouvernement canadien travaillait activement à réinstaller les réfugiés hongrois, la famille a décidé d'aller à Halifax.

Portrait de la tête et de l’épaule d’une jeune fille.

Suzan

C'est donc le 28 février 1957 que Suzan, à neuf ans, et sa famille sont arrivées au Quai 21 à bord du Vulcania.

Un sentiment de soulagement s'est rapidement transformé en confusion à leur débarquement.

« La première chose qu'ils ont faite, c'est prendre des radiographies; ma mère, ma sœur et moi avons pris la gauche, et mon père a pris la droite. Je n'ai pas eu la chance de lui dire adieu. À ce jour, je ne sais même pas où [il est allé] », explique Friedman lors d'une entrevue téléphonique, décrivant ce souvenir comme « extrêmement douloureux ».

Son père a été diagnostiqué de fibrose pulmonaire bilatérale; il a été gardé en isolation pendant plusieurs semaines.

Entre temps, la famille a été avisée de rester sur place. Les provisions pour les personnes de foi juive, notamment les aliments kascher, se faisaient cependant rares.

C'est alors qu'ils ont rencontré Meta Echt, une réfugiée juive allemande qui est arrivée au Quai 21 le 7 mars 1939.

Meta Echt, qui était bénévole au Quai 21 et qui accueillait les immigrants au nom de la Société d'aide aux immigrants juifs, avait pour habitude d'offrir de la nourriture à la famille pendant leur séjour.

« Je me souviens qu'elle cuisinait tous les jours. Je l'ai attendue, puis elle est venue. Je me suis souvenu de son visage – c'est comme ça que je l'ai retrouvé – je me suis souvenu de son visage, je me suis souvenu de son sourire. C'est une gentillesse que je n'oublierai jamais, parce qu'elle ne nous donnait pas seulement de la nourriture. Elle s'assoyait toujours avec ma mère », se souvient-elle.

La famille Friedman a aussi été invitée à souper chez Meta Echt, une invitation que sa fille, Marianne Ferguson, affirme avait lieu souvent.

Trois filles sur l’herbe avec une jeune femme.

Meta Echt et sa famille

Musée canadien de l’immigration du Quai 21 [DI2013.1018.4]

« Mes parents étaient tous deux très accueillants; lorsqu'il y avait un étranger en ville, comme ça, et qu'ils étaient là pour un certain temps, ils les invitaient à la maison », se souvient-elle.

Quelques semaines plus tard, elle et sa mère et sa soeur se sont installées à Montréal, où leur père les a rejoints plusieurs mois plus tard.

Friedman a obtenu un baccalauréat en biochimie à l'Université McGill, puis, comme tout le reste de sa famille, a déménagé à New York, où elle a obtenu un master, aussi dans la biochimie.

Elle a continué ses études et a obtenu un doctorat en immunologie à Boston, puis un diplôme postdoctoral à Harvard, pour finalement devenir chercheuse et professeure en immunologie.

Elle a épousé Joe Erlichster, avec qui elle a eu des jumelles.

Mais peu importe ce qu'elle faisait ou où elle était, elle a toujours eu le souvenir de Mme Echt à l'esprit.

« Je n'oublierai jamais cette gentillesse. Elle était si pure, si aimante, explique-t-elle. Pendant des années, je n'avais jamais rencontré une personne comme elle, j'ai dit que je devais la retrouver. »

Plus de cinq décennies plus tard, le 17 août 2008, Suzan, son mari et ses jumeaux sont arrivés à Halifax, déterminés à trouver Meta Echt ou un membre de sa famille pour les remercier de leur générosité.

Ils ont visité le Quai 21, ont dépouillé tous les documents de la bibliothèque universitaire locale, ont parlé à un grand nombre de personnes, mais leurs recherches ont été infructueuses, jusqu'à ce que Friedman et Ferguson reçoivent un appel téléphonique par un contact à la synagogue locale.

Mme Friedman a dit qu'elle s'est sentie soulagée et heureuse d'avoir pu reprendre contact avec Ferguson.

Mme Ferguson a dit qu'elle avait apprécié l'appel et qu'elle se sent immensément fière lorsque les gens lui rappellent comment sa mère les a aidés.

Et, comme si l'occasion de retrouver et de parler à la fille de Mme Echt n'était pas suffisante, la première fois que Friedman est venue au Musée, elle a été inondée de ses souvenirs d'enfance du temps qu'elle a passé sur les lieux.

« J'ai reconnu la pièce et j'ai ressenti la douleur du temps où nous étions séparés de mon père, j'ai ressenti cette douleur, affirme-t-elle. J'ai ressenti l'excitation d'avoir eu ses images dans ma tête pendant tant d'années et d'enfin pouvoir les voir en chair et en os. C'est un sentiment d'accomplissement. »

Mme Ferguson a fait du bénévolat pour le Musée canadien de l'immigration du Quai 21 pendant plusieurs années et sa petite-fille en fait maintenant tout autant.

Mme Ferguson se souvient cependant où tout a commencé, passant d'innombrables heures de son adolescence à accueillir des immigrants avec sa mère.

« Ma mère a souvent accueilli beaucoup, beaucoup de survivants de l'holocauste et me demandait de venir l'aider, Mme Ferguson a-t-elle expliqué au Musée. C'est là que je suis redevenue consciente du Quai 21 et, ayant été si bien traités quand nous sommes arrivés, nous avons fait la même chose pour ceux qui arrivaient et plusieurs d'entre eux étaient des gens à l'allure bien triste. »

Entre-temps Friedman, qui habite maintenant dans la région de Tel-Aviv, n'est plus une enseignante ou chercheuse. Elle apprend maintenant l'hébreu à titre d'étudiante.

Chaque semestre, les étudiants de sa classe doivent faire une présentation sur quelque chose qui leur est cher.

Le sujet de sa présentation sera le Quai 21 et l'immigration canadienne. Elle expliquera comment la chance d'avoir rencontré une femme a restauré sa foi en la gentillesse des gens.

Elle dit qu'elle espère que sa présentation démontrera que « d'une certaine façon, la gentillesse d'une personne peut changer le monde. Elle doit avoir changé plusieurs vies. »

C’est claire que sa première impression du Canada lors de son arrivée a eu un impact incommensurable sur sa vie.