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Écrite par Carrie-Ann Smith, Chef, responsable de la mobilisation du public

Groupe de personnes qui portent ensemble des vêtements d’hiver chauds.

Elsie et Ed, entourés de leur famille et de leurs amis le jour de leur mariage en temps de guerre.

Crédit : DI2016.191.13

En général, j'aime plutôt le temps que je passe au travail, mais je crois n'avoir jamais autant ri qu'au cours des trois derniers jours passés à la Réunion canadienne des épouses de guerre et familles. C'est ma bonne amie Elsie Mills et ses amies Pat Malek et Nancy Crooker qui m'ont tant fait rire.

Portrait d’une jeune femme portant un béret militaire.

Ruby Fletcher pendant la Deuxième Guerre mondiale

Crédit : S2012.702.1

J'ai rencontré Elsie au début de l'année 1999. Le personnel du Musée avait finalement déménagé de nos petits bureaux éloignés pour s'installer dans ceux du Quai 21, mais les rénovations n'étaient pas encore terminées. Un jour, j'ai rencontré Elsie à l'extérieur du Musée. Elle en apprenait sur les lieux historiques, lisait les plaques des monuments et semblait réfléchir aux chemins que sa vie lui avait fait suivre. Je l'ai emmenée à l'intérieur du Musée et je lui ai préparé une photographie du Britannic, le navire qui l'a conduit au Quai 21 pour la première fois en 1945. La même année, Elsie et sa fille Betty sont revenues au Musée pour assister à son ouverture officielle, le jour de la fête du Canada. Elsie a fait don de son histoire et une amitié a vu le jour. Quelques années plus tard, son histoire faisait partie du livre de Linda Granfield, Brass Buttons and Silver Horseshoes: The Story of Canada's British War Brides. Linda a dit à Elsie que le Musée ne possédait pas de fer à cheval en argent dans sa collection, alors Elsie a passé le mot et sa meilleure amie, l'épouse de guerre Ruby Fletcher, a donné le sien. Ruby n'était pas en mesure de faire le voyage jusqu'à Halifax, alors c'est Elsie qui nous a apporté le fer à cheval en argent. Ce jour-là, lors de son discours, Elsie a eu une vision prophétique de ce que le Quai 21 pourrait devenir. Elle a dit : « le Quai 21 appartient à tous ceux qui ont vu le Canada, qui sont sortis de l'ombre et qui se sont retrouvés dans l'inconnu. Aucune d'entre nous ne savait dans quoi elle s'embarquait, mais nous l'avons fait quand même. Je suis revenue visiter le Quai 21 pour le voir... Ruth Goldbloom, l'ancienne présidente du Quai 21, m'a rappelé cet air que nous avions l'habitude de chanter quand nous étions petites : "This little light of mine, I'm going to let it shine". Je voudrais voir cette lumière briller dans tous ceux d'entre nous qui sommes passés par le Quai 21. Imaginez si nous envoyions tous nos histoires et que nous en faisions une bibliothèque, imaginez si tous les parents et les grands-parents qui viennent ici devenaient des membres... Ce serait tout un spectacle. »

Avec les années, Elsie nous a aidés à bâtir notre collection et à garnir notre Mur d'honneur et notre Mur de service en parlant du Musée aux groupes communautaires du sud de l'Ontario. Elle nous a rendu visite pour l'un de ses anniversaires et j'ai appris quelques trucs sur la planification de promenades en scooter pour les dames. Si vous ne connaissez pas l'hôtel Prince George à Halifax, il est situé aux trois quarts d'une colline très abrupte à la base de laquelle se trouve le port. Elsie et sa fille Betty étaient toutes deux en scooter, ce qui me rendait très nerveuse. Nous avons donc opté pour un taxi afin de nous rendre à notre destination et avons pris le Harbour Hopper, le véhicule touristique amphibie d'Halifax. Ce n'était pas la meilleure idée que j'ai eue, car embarquer dans le Harbour Hopper est un peu délicat, mais, une fois bien installé, c'était amusant. J'ai tout particulièrement aimé les moments où Elsie reprenait le guide touristique à propos de l'histoire britannique et canadienne.

Une jeune femme se penche pour regarder une femme en fauteuil roulant, elle lui sourit affectueusement.

Elsie et Carrie au Musée canadien de la guerre en 2007

Crédit : © Musée canadien de l'immigration du Quai 21

Elsie et moi étions de nouveau réunies pour l'événement de train des épouses de guerre en 2006 et une fois de plus à Ottawa, le jour de la fête des Mères de l'année suivante, à l'occasion de l'inauguration de l'exposition sur les épouses de guerre de Bev Tosh au Musée canadien de la guerre. Vous pouvez très bien imaginer que j'étais très enthousiaste lorsque j'ai appris qu'Elsie, à 94 ans, serait présente à la Réunion canadienne des épouses de guerre et familles d'Halifax du mois de mai 2016. En terminant nos préparatifs, Elsie a expliqué que Pat, la fille de Ruby Fletcher, et son amie Nancy viendraient la rejoindre.

Le vrai plaisir a commencé le vendredi 20 mai, alors que le hall de réception de l'hôtel Westin se remplissait de médias qui voulaient parler aux dames. Elsie a donné une très bonne entrevue qui a été diffusée la journée même à l'émission Live de 17 h. Ma citation préférée provenant des entrevues d'Elsie est sa description du petit village de Brussels en Ontario, où elle s'est installée lorsqu'elle est arrivée au Canada. Elle a dit « c'est le dernier village que Dieu a créé et Il a oublié de revenir ».

Femme âgée riant alors qu’elle est assise dans un fauteuil roulant avec beaucoup de drapeaux Union Jack attachés.

Elsie sur son scooter « tout équipé » lors de la Réunion canadienne des épouses de guerre et familles à Halifax, en mai 2016

Crédit : Gracieuseté d'Elsie Mills

Les rires ont réellement commencé le lendemain, lorsque Pat, la fille de Ruby, a corrigé Elsie qui, depuis deux jours, appelait son amie Nancy par le nom de Shirley. Dans le psaume 23-6 en anglais, on retrouve la phrase partielle « surely, love and goodness » [NDT : « Certainement, l'amour et le bien »], et d'une façon ou d'une autre, au cours de ces deux jours, alors que Nancy semblait être devenue Shirley/Surely, Elsie et Pat étaient devenues Love et Goodness. Les trois dames avaient maintenant de nouveaux surnoms qui leur ont collé à la peau pour le reste de la réunion. J'ai dû avertir le révérend chanoine Charles Black, qui célébrait la prière du matin, qu'il y aurait des éclats de rire hystériques s'il prononçait cette phrase et qu'il ne devrait pas le prendre personnellement. Il m'a assuré qu'il utilisait un ordre de prière du matin de 1930 qui ne contiendrait pas ce psaume en particulier. Pendant la célébration, tout le monde était à son affaire, à peine un ricanement... Jusqu'à ce que le Père Charlie présente sa femme, prénommée Shirley.

Elsie a continué de me faire sourire pendant les jours qui ont suivi la réunion avec les photographies que nous nous sommes échangées par courriel. Sur une note, elle a écrit : « Maintenant je dois retourner à mon train-train quotidien. C'est un peu difficile après avoir eu le statut de princesse, LOL ». Ma citation préférée demeure cependant; « Très très fatiguée, mais je plane encore. Qui a besoin de pot quand on dispose du Quai 21 et d'une réunion, LOL ».

Elsie dit que ce n'était pas sa dernière visite et je crois bien que Pat et Nancy passeraient volontiers une autre longue fin de semaine à Halifax. Nous attendrons avec impatience le retour de Shirley, Love et Goodness.

Un groupe joue sur scène comme une foule regarde, il y a des images projetées sur un écran derrière le groupe.

150 invités de la Réunion canadienne des épouses de guerre et familles profitent de la musique de la New Players Choral Society lors d'un après-midi de thé organisé en leur honneur au Quai 21

Crédit : © Musée canadien de l'immigration du Quai 21

L'histoire d'Elsie :
Assise à la fenêtre, je laissais aller mon regard au-delà d'un champ de maïs. Tant d'années ont passé et tant de choses sont arrivées. Nous sommes en août 1999 et la journée est magnifique. Le soleil brille et le ciel semble immense. C'est là la première impression que j'ai eue du Canada, le 25 mai 1945.

J'étais la 6e de 10 enfants, mon père était un constructeur et travaillait pour l'amirauté en Angleterre. J'ai commencé à travailler dans un hôpital à Londres, en Angleterre. J'avais décidé de faire carrière comme infirmière, mais le travail psychiatrique était difficile. Mon père, qui n'était plus au quartier général de l'amirauté de Londres, en Angleterre, avait été déménagé à l'hôtel Pump Room à Bath, temporairement transformé en bureaux pour l'effort de guerre. Mon père avait déménagé ma mère et les jeunes membres de la famille à Bristol. J'ai donc changé d'hôpital et je me suis installée à l'hôpital Fishponds de Bristol, pour être auprès d'eux. Les bombes tombaient fréquemment et on pouvait entendre les sirènes de raid aérien toutes les nuits. On demandait aux femmes de se joindre au service. J'occupais un emploi réservé, mais j'ai décidé de joindre l'armée de l'air en tant que W.A.A.F et j'ai commencé un entraînement régulier comme préposée aux soins dentaires. J'ai été affecté à Paignton dans le comté de Devon et la main capricieuse du destin a fait son œuvre. Mon futur époux canadien était en convalescence dans un hôpital à Brixham dans le comté de Devon à environ 10 milles de Paighton. J'étais en service le soir où nous nous sommes rencontrés, je n'étais pas censée être à la danse, mais j'y étais! Ed était avec un groupe qui était venu à la danse. Il n'avait plus assez d'argent pour rentrer, alors je me suis arrangée pour qu'il me soit redevable d'une course de taxi. Je lui ai toujours dit que je l'ai marié pour m'assurer qu'il me rembourse et je continue de dire qu'il ne l'a pas fait!

Un jeune homme en uniforme militaire se tient à côté de sa nouvelle épouse.

Le mariage d'Ed et d'Elsi

Crédit : Gracieuseté d'Elsie Mills

Nous avons été mariés pendant 48 ans et avons eu 4 enfants. Le plus vieux, Ian, avait 9 mois lorsque nous sommes arrivés au Canada et la fille cadette est née 8 mois plus tard. Nous avons 9 petits-enfants et 8 arrière-petits-enfants.

Ed s'est joint à l'armée en 1948 et a servi jusqu'en 1968. Avec son service de guerre, il a complété 26 ans de service actif.

La vie était toujours intéressante : nous avons vécu en Ontario, au Québec, puis encore en Ontario, en Allemagne, au Manitoba. Pendant la guerre, Ed a servi en Hollande et en Angleterre, puis à Chypre, en Corée et en Allemagne comme Casque bleu. Je trouvais la vie très occupée, mais avec ses absences fréquentes, c'était une vie solitaire. J'ai vécu dans toutes les formes et toutes les tailles de maisons. La plus petite était à Wasaga Beach, en Ontario, quand Ed est revenu de Corée. Elle était si petite que les chambres pouvaient uniquement accommoder un lit et une commode et nous devions ramper sur le lit pour entrer dans la chambre. Il y avait une rivière qui coulait au bas de la propriété et Ian avait l'habitude de demander gentiment aux pêcheurs de lui refiler un poisson presque toutes les semaines. C'était cependant beaucoup mieux que le baraquement en forme de H où nous vivions à Wolseley à London, en Ontario. Nous devions vraiment faire attention aux rats qui s'infiltraient par le tube amovible de trop-plein. Nous avons appris à bourrer le contour du tube avec du papier et quand ils le tiraient vers le bas, nous en ajoutions autour du sommet.

Vieille photo délavée d’un couple et leurs enfants assis sur l’herbe.

Ed et Elsie avec leurs deux premiers enfants au Canada

Crédit : Gracieuseté d'Elsie Mills

En 1949, la paie de l'armée était vraiment maigre et les bonnes maisons étaient difficiles à trouver. La polio était une menace constante pendant la saison estivale et la polio bulbaire nous a rendu visite. Notre fille cadette, Betty, a été une jeune fille très malade, mais elle est coriace et elle a survécu. Nous sommes ensuite partis vers Montréal. Nous avons vécu au-dessus d'un restaurant. Les enfants adoraient et rendaient fréquemment visite à l'étage du dessous.

En Allemagne, nous vivions au-dessus d'une boucherie et nous avons vu de biens drôles de façons de couper la viande. Depuis, je n'ai jamais vraiment apprécié les hot-dogs. Nous avons déménagé dans la zone des logements permanents des militaires mariés de Soest et Werl en Allemagne. C'était de beaux appartements à trois chambres, magnifiquement décorés. Nous avons déménagé à Winnipeg au Manitoba et nos meubles, après avoir été remisés pendant quatre ans, sentaient mauvais et sont tombés en ruine après seulement un an. Tout porte à croire qu'il y a eu une inondation pendant notre absence. L'armée ne croit pas aux compensations et vous fait signer des papiers qui indiquent que vous ne parlerez pas aux médias, alors, comme un bon soldat, vous acceptez la vie et vous continuez votre chemin. Nous avons déménagé dans une petite maison de la zone des logements permanents des militaires mariés de Winnipeg. En hiver, les murs des chambres de l'étage gelaient, tout comme tout drap ou toute couverture qui y touchait. À quel point fait-il froid à Winnipeg? La réponse : si froid que si vous suspendez votre lessive sur la corde à linge, les vêtements cassent, laissant les épingles avec ce quelles retenaient, comme les ourlets, le haut des pantalons ou la plante des bas, accrochés jusqu'au printemps. Je vous le jure !

En 1968, Ed a été très malade. Il a donc décidé de prendre sa retraite de l'armée. Nous sommes revenus à London, en Ontario, pour être près de sa famille.

Ma mère est décédée en 1953 alors que nous étions postés à Montréal et mon père est décédé en 1955 pendant que nous étions postés à la base Borden. J'ai eu l'occasion de retourner en Angleterre avec mes enfants en 1958 pour aller rejoindre mon mari en Allemagne et bien que je n'aie pas eu la chance de revoir mes parents, j'ai pu rendre visite au reste de la famille. Halifax me rappelle l'expertise de mon père. L'ancre à jas qui se trouve sur la Corvette est l'ancre qui a été modifiée par mon père. À l'époque, ces ancres étaient hissées à l'aide de haussières et déposées sur le pont. Mon père, M. Alfred Nash, l'avait modifiée pour qu'elle puisse glisser sur l'extérieur du navire et se verrouiller sur son flanc. Ces ancres avaient d'abord été installées sur une série de navires indiens en 1936.

Arrivant d'une demeure planifiée et construite par mon père, c'était tout un choc pour l'épouse de guerre anglaise que j'étais d'habiter dans une maison en rangée avec une pompe dans le puits d'eau potable, une toilette dans le jardin, de la neige qui refoulait jusqu'aux fils électriques en hiver, où le médecin se déplaçait avec des raquettes pour visiter ses patients et où, à l'occasion d'un hiver particulièrement difficile, la levure ainsi que d'autres produits de base étaient parachutés jusqu'à ce que la neige puisse être dégagée et que les trains puissent circuler. Je voulais rentrer à la maison, mais je ne l'ai pas fait. Les femmes que les soldats canadiens ont ramenées à la maison étaient hardies, car après tout, elles venaient d'endurer quatre ans de guerre, n'est-ce pas?

Mise à jour :
Mon fils cadet, celui que j'ai emmené avec moi, est un prêtre à la retraite et habite à Winnipeg avec sa femme. Il a deux enfants et sa fille a deux petites filles. Betty est morte en 2013. Elle avait 3 enfants et 7 petits enfants. Jacqueline était enseignante et elle a eu 3 enfants dont 2 sont morts, et 2 petits enfants. James et Helen ont deux enfants. James est directeur de systèmes et habite à Calgary. Il est beaucoup plus jeune que les autres.

J'habite maintenant dans une petite maison à Glencoe, en Ontario, mais pour des raisons de santé, je vais déménager dans un logement avec assistance dès qu'une place sera disponible et je vendrai ma maison. J'adore venir au Quai 21 et j'espère y revenir un jour.