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Écrit par Donato Pezzuto

Mon histoire préférée au sujet de mes parents raconte comment ils s’étaient rencontrés et étaient venus au Canada. Cela avait commencé avec une lettre adressée aussi simplement que :

A la piu sincera signorina (À la jeune femme la plus sincère)
San Andrea Barbarana
Treviso, Italia. (Trévise, Italie)

Cela pourrait être rapidement traduit comme : « À la plus sincère ou honnête, célibataire jeune femme d'un certain village en Italie, San Andrea Barbarana ». Cela avait été écrit par mon père, Augusto Pezzutto (20 février 1923 – 15 décembre 2003), alors qu'il vivait à Sault Ste Marie, en Ontario et qu’il était à la recherche d'une épouse.

Cette lettre adressée au hasard l’avait amené à rencontrer ma mère, Ofelia, née Montagner (22 juin 1924 – 10 août 2006), à la marier et à venir au Canada, alors qu'elle était enceinte de moi. Augusto était en fait né à Sault-Sainte- Marie, mais sa famille était retournée en Italie quand il était encore enfant et donc beaucoup trop jeune pour se rappeler de son lieu de naissance. Après la Seconde Guerre mondiale, il se retrouve à errer à travers l'Italie pour trouver du travail. Deux de ses frères, Gino et Roy Pezzutto, qui étaient retournés au Canada, y avaient trouvé un emploi et lui avaient écrit pour qu’il se joigne à eux. Ce qu'il avait finalement fait, Il avait trouvé un emploi stable dans une fonderie à Sault-Sainte-Marie. Voilà donc quand il avait décidé d'écrire la lettre fatidique.

Il n'avait aucune femme en tête spécifiquement dans cette lettre. Il avait apparemment choisi le village de San Andrea Barbarana selon une simple observation. Avant la guerre, alors qu'il avait été employé dans l'usine de papier Cartiera Burgo, il allait au travail en vélo de son domicile à Pezzan di Carbonera, en traversant plusieurs villages agricoles. Il s’était rappelé que les jeunes femmes d'un village, San Andrea Barbarana, étaient particulièrement attrayantes. Donc, on ne sait pas, mais il est possible que mes parents avaient au moins posé les yeux l’un sur l'autre, à un moment donné de leur jeunesse.

Cette lettre, bien sûr, n’avait pas été distribuée. Elle était restée chez la postière du village jusqu'à ce qu'elle l’ait mentionnée au curé de la paroisse qui lui, l’avait dit à ma tante, Zia Esterina. Elle avait déclaré que la destinataire devrait être sa belle-sœur, Ofelia. Esterina avait rapporté la lettre à la maison. Comme le voulait la tradition à cette époque, ma mère, étant la plus jeune, aurait dû demeurer célibataire, vivre sur la ferme familiale et de prendre soin de sa mère jusqu'à sa mort. Le père d’Ofelia était déjà mort et sa mère avait également connu une mort prématurée. Cela laissait Ofelia dans la maison familiale, dont l’aîné des garçons avait hérité, son frère, mon Zio Bruno Montagner, et son épouse, Esterina.

Ces circonstances pouvaient donner l'élan pour examiner une proposition qui venait de la lettre. Au début, Ofelia voulait ignorer cette étrange lettre. Elle était demeurée cachetée alors que Bruno et Esterina la harcelaient pour l'ouvrir. Elle avait finalement cédé. Elle l’avait ouverte, l’avait lue et lui avait répondu. Ofelia et Augusto avaient entretenu une correspondance régulière, s’étaient courtisés par la poste pendant deux ans. À certains moments, il y avait jusqu'à deux lettres expédiées par jour. Des photographies étaient échangées. Il y en avait même une où Augusto portait un pantalon mais était torse nu, exhibant son corps bien musclé. Il affirmait que la pose avait été entièrement créée par le photographe professionnel dont il avait loué les services.

Finalement Augusto avait proposé le mariage dans une lettre. Ofelia avait accepté. Il avait fait ses valises et avait navigué vers l'Italie. Ils s’étaient mariés dans l'église de San Andrea Barbarana, le 4 janvier 1958, avaient passé leur lune de miel à l'Hôtel Al Cuore, à Trévise et peu après, avaient réservé le passage vers le Canada.

Vieux portrait de couple du leur jour de mariage.

Le 4 janvier 1958 - Augusto et Ofelia sur leur jour de mariage

Ils avaient navigué de Naples vers Halifax, à bord du paquebot grec, l’Olympia, au printemps de 1958. Ofelia était alors enceinte et elle avait trouvé le voyage très difficile. Elle avait récemment fait ses adieux à sa famille. En ces moments-là, un adieu avait une signification profonde. Un passage transatlantique était souvent un geste sans retour, du vieux monde à un monde nouveau, inimaginable. Un geste pris par des gens pleinement conscients du fait qu'ils ne reverraient probablement jamais leurs proches ou leur patrie.

La partie de la Méditerranée avait été assez agréable. Les eaux étaient calmes. Ofelia se rappelait avoir vu des dauphins courser à l’avant du navire et avoir vu la côte de l'Afrique, près de Gibraltar. Cependant la section Atlantique avait été une épreuve. La mer et le ciel étaient orageux, avec différentes nuances de gris le jour et une obscurité complète la nuit. Elle souffrait déjà des nausées de la grossesse qui s’étaient aggravées avec le mal de mer. Elle avait passé le reste de la traversée confinée à un lit de malade. Augusto, de son coté, n'avait pas été du tout gêné par le mal de mer. Il ne sautait jamais un repas, même les jours où de nombreux passagers étaient trop malades pour se présenter aux salles à manger.

Ofelia avait réussi à quitter son lit de malade à temps pour voir le navire approcher du quai de Halifax, le 15 avril 1958. Elle trouvait le port et la cour de triage ternes et gris, mais c’était un soulagement certain de retrouver la terre ferme. Ils n’avaient pas passé beaucoup de temps à Halifax. Les passagers étaient rapidement transférés vers les trains en attente. Ofelia avait continué à se sentir mal pendant le long trajet en train, de Halifax vers Sault-Sainte-Marie. Elle ne pouvait que se rappeler des perspectives infinies de collines boisées et de lacs. Tout ceci avait été interrompu lors d’une brève escale à Montréal. Là, ils avaient eu un dîner. Augusto avait terminé une grande portion de pâtes pendant qu’Ofelia ne pouvait à peine regarder.

Finalement, ils avaient atteint Sault-Sainte-Marie pour débuter leur nouvelle vie.

Augusto avait trouvé rapidement du travail comme ouvrier à l'aciérie Algoma et Ofelia travaillait comme femme de ménage. Ils étaient restés à Sault-Sainte-Marie plusieurs années et avaient élevé une famille de quatre enfants, Donato, Maria Teresa et les jumeaux, Franco et Paola, suivis de huit petits-enfants. La plus grande partie de leur vie conjugale s’était passée dans le quartier « la Petite Italie », proche de la rue James Street, à l’Ouest de Soo, vivant dans une maison à proximité de celle où Augusto était né. La vie se déroulait autour de la maison, du jardin, de l'aciérie et de l'église Mont-Carmel. Plusieurs années devaient passer avant ils retrouvent l'Italie, mais le Canada était devenu leur patrie.

Augusto était citoyen canadien de naissance et avait voyagé par Halifax avec un passeport canadien. Quand les enfants avaient été assez vieux, Ofelia avait pris des cours d'anglais et finalement elle avait obtenu sa citoyenneté canadienne. Je me souviens de nous, enfants, la faisant répéter pour mémoriser le serment et la questionnant sur les capitales des provinces et territoires. Après toutes ces études, elle était presque déçue que le juge ait posé des questions si faciles, mais le jour où on lui a accordé sa citoyenneté canadienne avait été l'un où Ofelia avait été la plus fière.