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Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs enfants britanniques ont été envoyés en sécurité au Canada. Au matin du 4 août 1940, Margaret Morris Smolensky, avec 1 532 autres enfants, a quitté Liverpool, en Angleterre pour entreprendre la traversée vers le Quai 21 de Halifax. Margaret a été envoyée à Winnipeg afin de vivre dans une famille qu’elle n’avait jamais rencontrée, mais c’est là qu’elle a fait ses premiers pas en diffusion alors qu’elle a été choisie pour participer à une transmission téléphonique de Noël entre les enfants réfugiés outremer et leurs parents restés chez eux.

Quatre années se sont écoulées avant que les enfants évacués britanniques comme Margaret ne puissent rentrer dans leur pays. À son retour, elle s’est inscrite comme étudiante en soins infirmiers dans un hôpital de Scarborough, en Angleterre. Après avoir réussi ses examens, elle est devenue sage-femme à l’hôpital North Middlesex, où elle a aidé près de deux douzaines d’enfants à naître.

Parce qu’elle avait passé son adolescence au Canada, Margaret a gardé contact avec les gens qu’elle avait rencontrés pendant son séjour de quatre ans. Elle est revenue à Winnipeg à titre de fille d’honneur lors du mariage d’une amie. C’est là qu’a débuté son histoire d’amour. Margaret s’est éprise du frère du marié. Les deux se sont épousés en juin 1950 et sont revenus au Canada en septembre. Son mari était conférencier et est devenu plus tard professeur à l’Université du Manitoba.

Au cours des années qui ont suivi, Margaret a fait un peu de théâtre local et de théâtre radiophonique à la CBC de Winnipeg. Pourtant, après avoir suivi son mari à Ottawa, leur mariage a pris fin et Margaret, qui avait désormais deux enfants à charge, a suivi son rêve de faire de la radio. Elle est devenue animatrice d’une émission télévisée de la CBC, Diplomatic Passport, qui transportait les téléspectateurs dans les ambassades étrangères, ainsi que de l’émission d’entrevues intitulée Contacts.

Deux ans plus tard, quand ces émissions ont été rayées de l’antenne, son ami Lloyd Robertson a fait en sorte qu’elle ait droit à une audition à titre de panéliste pour l’émission Flashback de la CBC. À cette époque, Margaret était la seule femme dans tout le réseau anglophone. Au fil des ans, elle a continué de faire sa marque dans cette industrie à prédominance masculine et elle a joué un rôle essentiel dans la création du modèle d’entrevue téléphonique couramment utilisé de nos jours dans des émissions contemporaines comme As It Happens et The Current. Cependant, le fait d’avoir une femme à l’antenne ne faisait pas l’unanimité à la CBC et elle a fini par être remerciée. Devant le tollé national, la CBC a été forcée de revenir sur sa décision et une autre femme a été engagée peu de temps après. Fait à signaler, au début de sa carrière, Margaret ne s’est jamais perçue en concurrence avec les hommes, mais plutôt à la hauteur de la norme qu’ils avaient établie.

Après son départ forcé de la CBC, une amie a encouragé Margaret à l’accompagner en croisière. Le voyage a été mémorable et elle y a rencontré un veuf américain du nom de Stanley Smolensky. Une année plus tard, elle épousait ce spécialiste de la propulsion et déménageait à la Nouvelle-Orléans. Cinq mois plus tard, il a succombé à une crise cardiaque. Le cœur brisé, Margaret est revenue au Canada et a éventuellement accepté un poste de relations publiques au Ballet Royal de Winnipeg.

Une femme âgée portant des lunettes repose son menton sur sa main et sourit à la caméra.

Margaret Glenesk Smolensky, anciennement Morris, née Beal est décédée à Toronto en septembre 2014 à l’âge de 88 ans. Arrivée au Canada en 1940 en tant qu’enfant évacuée, Margaret a eu une vie bien remplie. Voici quelques extraits de son journal intime alors qu’elle débutait son périple au Canada.

JOURNAL DE MARGARET BEAL

4 août 1940, dimanche

Départ de Scarborough à 10 h 55 ce matin. Maman et Papa ont été très braves. Nous sommes passés par York et nous nous y sommes changées. Dans mon compartiment, il y avait Olga Burrows, Jeanne Gaunt, Teddy et Maurice Hayes (je le savais avant le départ) et quelques jeunes enfants. Nous avons attendu assez longtemps [à la] gare de York, mais finalement avons récupéré nos petits bagages sur un charriot et sommes partis vers Liverpool. Nous avons diné, mais je n’ai pas mangé beaucoup, il faisait tellement chaud. La chaleur était accablante pendant le voyage et c’était tellement ennuyant. En traversant la chaîne des Perrine, nous avons emprunté des tunnels longs de plusieurs milles. Cette obscurité était énervante.

Finalement, nous avons atteint Liverpool à environ 16 h 45 et nous avons attendu sur le quai que nos bagages soient descendus du train et placés dans des camions. On nous a entassés dans des autobus et conduits à une école pour garçons, où les garçons sont descendus. Nos bagages ont été vérifiés et un autobus nous a conduites à une autre école, pour filles, celle-là. Nous sommes entrées dans une classe transformée en dortoir et on nous a assigné des lits. Olga et Jane se trouvaient de part et d’autre de moi. Les lits mesuraient à peine quatre pieds de longueur. Nous sommes sorties pour le thé, puis on nous a envoyées jouer dehors dans la cour. Puis nous avons fait la prière et sommes allées au lit après avoir lavé les plus petites filles. Les lits étaient exécrables. Jane et moi ne nous sommes endormies que vers minuit.

5 août 1940, lundi

Nous étions très fatiguées ce matin, après une nuit presque blanche. Nous avons pris un bon déjeuner et avons été examinées par une infirmière. Les autres et moi sommes en bonne santé. Puis, on a inspecté nos bagages. Pendant l’après-midi, nous avons toutes trois fait la sieste et après une attente interminable, nous avons été examinées par deux médecins, un Anglais et l’autre, Canadien. Nous avons toutes été acceptées. Puis, nous avons pris le thé et nous sommes couchées tôt après avoir collé nos lits ensemble et placé un autre au bout afin d’avoir de la place pour nos pieds. Nous avons toutes bien dormi.

6 août 1940, mardi

Je me suis levée ce matin à 8 h 25, parce que la montre de Jeanne a pris une heure de retard. Nous ne nous sommes jamais lavées et habillées aussi vite, mais nous étions prêtes à temps; le déjeuner n’était pas très bon. Les filles de Childwall Valley nous ont présenté deux pièces de théâtre : un conte de fées et un conte chinois. Elles étaient bonnes. Le dîner était convenable. Pendant l’après-midi, tous les enfants de plus de 12 ans ont eu droit à un film dans le laboratoire de physique. Nous avons vu quatre courts métrages. Le premier, « Letters to liners » (La poste vers les navires), nous apprenait comment la poste arrivait jusque sur les navires. Le second était intitulé « The life of a house fly » (La vie d’une mouche domestique). Le troisième, « Climbing Mt. Tupper » (L’ascension du Mont Tupper) et le dernier, « Animals of the Sea » (Les animaux de la mer). Nous avons pris un thé copieux et sommes parties faire une promenade, pendant laquelle nous avons vu une magnifique vieille église. Le soir venu, nous avons joué au pingpong, puis avons soupé avec les autres filles plus âgées. Nous sommes revenues au dortoir en croyant les plus jeunes endormies, mais tel n’était pas le cas. Nous avons tenté de les endormir avec des berceuses, mais au lieu de s’assoupir, elles en ont redemandé d’autres. Nous avons dormi comme des bûches toute la nuit. Quand j’ai finalement pu fermer les yeux, une des enfants faisait des bêtises et nous gardait éveillées.