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Photo archivistique en noir et blanc d’un couple avec leur petit fils debout sur une table.

Le 9 mai 1928, Teodor et Katherine ont vu naître leur fils unique Ernst Radke. Avec ce nouveau-né, leur avenir au village d’Akkermann, dans la province de Seimenu en Roumanie, devenait incertain. À cette époque, Teodor croyait que la menace de guerre qui commençait à planer sur l’Europe rendait le conflit inévitable. Cette prémonition a alimenté sa volonté de migrer vers l’Ouest car il savait qu’il voulait offrir à son fils un endroit sécuritaire et prospère où grandir, vivre librement et sans crainte constante d’être impliqué ou affecté directement par une guerre. Encouragé par le frère de Teodor, qui avait immigré au Canada en 1929, la famille Radke a bientôt entrepris son périple vers un nouveau pays. « La décision a été difficile [pour mes parents] parce qu’il leur fallait laisser derrière eux plusieurs membres de leur famille et de nombreux amis », relate Ernst. Bien qu’il n’était qu’un jeune enfant au moment de leur arrivée au Canada, Ernst a eu la chance d’entendre ses parents raconter longuement leur expérience d’immigration et leur voyage vers le Canada.

En 1930, à l’âge de deux ans, Ernst entreprit le voyage avec ses parents vers leur nouvelle patrie. C’était un voyage long et terrifiant, qui les a menés en train de leur village à travers la Tchécoslovaquie et la Pologne jusqu’au port libre de Danzig. Ce périple a été suivi d’une traversée transatlantique de 10 jours à bord du SS Estonia. Ce n’est qu’une fois à bord du paquebot que la famille a pu commencer à se sentir soulagée d’avoir entrepris cette traversée.

Le voyage de dix jours a été une épreuve. La mer était agitée et plusieurs passagers étaient terrassés par le mal de mer, dont la mère d’Ernst, Katherine. « Parfois, l’hélice du bateau sortait complètement de l’eau », a raconté le père d’Ernst, ce dernier étant trop jeune pour se souvenir du voyage. Alors que sa mère était trop mal en point pour quitter la cabine, Teodor emmitouflait Ernst pour sortir avec lui sur le pont prendre l’air frais de la mer.

Le 27 mars 1930, le SS Estonia s’est présenté au Quai 21 de Halifax. Le navire est arrivé trop tard ce jour-là pour que tous puissent franchir les douanes, alors il a dû jeter l’ancre è quelques milles au large pour la nuit. « Quand on nous a annoncé que le déjeuner était servi à bord du navire, peu se sont montrés intéressés. La plupart des passagers étaient empressés de débarquer [du navire] à Halifax », dit Ernst.

La nouvelle vie de la famille Radke n’a pas été sans embûches. Bien qu’ils aient déjà voyagé pendant deux semaines, Halifax n’était pas leur destination finale. Après avoir franchi les douanes, ils sont montés à bord d’un train en direction de Carstairs, en Alberta. C’est près de là que vivait le frère de Teodor et ce dernier a cru que ce serait un bon endroit pour s’installer avec sa famille. À bord du train, ils ont connu les premières situations où leur langue posait des obstacles. Comme la plupart des Roumains, la langue maternelle de Teodor et de Katherine n’était pas l’anglais, alors ils devaient s’exprimer par dessins et par gestes pour communiquer avec leurs voisins.

Au bout de cinq jours, ils sont arrivés en Alberta. Teodor a eu besoin d’aide pour avertir son frère. « [Bien que] mon père avait une montre et connaissait l’heure, il devait parler à quelqu’un qui comprenait l’allemand, raconte Ernst. Astucieusement, il a décidé de marcher sur la rue en demandant « Wie viel Uhr ist es? (Quelle heure est-il?) ». Éventuellement, quelqu’un lui a donné l’heure en allemand et l’a aidé à téléphoner à son frère, qui vivait sur une ferme à l’est de Carstairs.

Au fil du temps et une fois bien établis dans leur nouveau milieu, la langue s’est avérée un des obstacles les plus gênants pour les Radke. Quand Ernst a commencé l’école, il ne connaissait pas l’anglais et devait se fier sur ses camarades. Heureusement, une jeune fille qui parlait couramment l’allemand a pu servir d’interprète entre lui et l’enseignant.

En 1934, les parents de Ernst sont devenus citoyens canadiens. Ernst supposait qu’il était devenu Canadien du même coup. Ce n’est qu’à la fin des années 1980, alors qu’il remplissait une demande de passeport canadien, qu’il a réalisé qu’il n’existait aucun dossier en son nom. À l’époque où Ernst avait immigré, les jeunes enfants étaient simplement notés au dossier des parents et c’était son cas, Le nom d’Ernst avait été gribouillé à l’endos des papiers de son père.

Maintenant âgé de 86 ans, il vit désormais à Calgary, en Alberta, et n’est jamais retourné dans son village natal de Roumanie. Par contre, il est récemment revenu au Quai 21, 84 ans après l’arrivée de ses parents au Canada, cette fois accompagné de son fils et de ses filles. Sa visite au Quai 21 lui a rappelé des souvenirs de ses premiers moments au Canada en compagnie de ses parents. En apercevant la photo noir et blanc du SS Estonia, son visage s’est éclairé du plus radieux des sourires. Ses enfants ont été en mesure de partager ce moment d’histoire avec leur père. Et malgré les difficultés rencontrées par Ernst et sa famille, ils sont reconnaissants d’avoir vécu une vie valorisante dans un pays libre et sécuritaire. Pour Ernst, le Canada est sa patrie.

Un homme âgé portant une chemise rouge se tient devant une exposition.
Deux couples se tiennent ensemble dans un couloir.