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Monsieur plus vieux portant casquette de base-ball, étant debout à côté d'exposition

John, devant la maquette du Quai 21, du temps où il agissait comme hangar d’immigration, présentée dans le cadre de l’exposition principale du Musée.

Parfois, lorsque vous visitez le Musée, vous avez le bonheur de rencontrer un bénévole ayant un lien spécial et de longue date avec le Quai 21. Si vous avez cette chance, ce bénévole vous emmènera dans un voyage dans le temps, à l’époque où le Quai 21 était une porte d’entrée animée de l’immigration... Dans ce cas-ci, il s’appelle John Richards !

Vêtu élégamment de son uniforme du Musée, vous remarquerez sans doute les épinglettes qu’il arbore fièrement sur son veston. Le drapeau de la Nouvelle-Écosse est un joli clin d’œil quant à son affection envers la province où il a grandi et vécu toute sa vie. Les drapeaux de la Grèce et de l’Italie sont quant à eux des rappels de son lien avec les immigrants de ces pays qui sont passés par les portes du Quai 21.

Quand vous croiserez John, si c’est votre jour chanceux, vous le verrez traînant un vieux sac orné d’épinglettes et d’écussons. C’est là-dedans qu’il conserve ses souvenirs du Quai 21, des souvenirs recueillis sur une période de plus de 20 ans, alors qu’il travaillait comme préposé à l’embarquement pour la compagnie I.H. Mathers & Son, pour les lignes grecques et italiennes, à partir de 1950.

De son sac, John pourrait sortir son carnet d’adresses d’alors, avec les coordonnées d’agents de douanes, de responsables de l’immigration et de médecins de port, bien gardées dans son écriture soignée. Il pourrait vous montrer un jeton qui lui a été donné par l’équipage d’un chalutier russe, ou encore des photos d’Halifax datant d’il y a un demi-siècle. Chaque souvenir porte en lui la clé d’une histoire. Et John aime raconter des histoires. Si vous aviez le temps, il pourrait vous tenir captivé pendant des heures.

Monsieur plus vieux regardant les pages de carnet d'adresses

John fouille son carnet d’adresses rempli de notes personnelles, du temps où il était préposé à l’embarquement.

John vous raconterait les histoires qui ont marqué son travail au Quai 21 : comme lorsqu’il a accueilli la reine de la Bulgarie au Canada et qu’il l’a conduite à l’aéroport dans sa « belle grosse Nova toute jaune »; ou quand on lui offrait – et qu’il refusait – de la vodka sur les bateaux russes, dans le temps de la guerre froide; ou encore la fois où il a aidé le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, lequel avait été repoussé par les douanes, à retrouver son frère qui arrivait sur un navire.

En même temps que ces histoires extraordinaires, John partage toujours avec plaisir ce à quoi ressemblait la routine quotidienne dans un Quai 21 en pleine effervescence. Il se souvient parfaitement des navires, du petit bateau de pêche jusqu’au gros paquebot, transportant marchandises et passagers en provenance de partout dans le monde et accostant ici à toute heure du jour. Chaque bateau qui entrait dans le port en devait être approuvé par le service des douanes et de l’immigration. John devait embarquer sur les navires des compagnies maritimes grecques et italiennes et recueillir les documents exigés pour qu’ils puissent obtenir leur droit d’entrée et de sortie.

Lorsqu’il ferme les yeux, John peut revoir le Quai 21, tel qu’il était à l’époque. Plutôt que des éléments d’expositions, il voit des bancs remplis de nouveaux arrivants, assis sagement attendant de passer les douanes et de s’embarquer sur des trains qui les mèneraient dans toutes les régions du Canada. Il se rappelle des personnes déplacées qui arrivaient d’Europe après la Deuxième Guerre mondiale. Il regardait les navires entrer dans le port, toujours inclinés d’un côté en raison des passagers qui s’entassaient sur le pont pour avoir un aperçu du nouveau continent. Pour la plupart, c’était la première fois qu’ils posaient leur regard sur le Canada.

John a été un témoin direct de ce que cela pouvait être lorsque plus de 1 000 nouveaux arrivants débarquaient d’un navire et descendaient la passerelle menant au Quai 21. « Certains allaient même jusqu’à s’agenouiller… et se mettre à quatre pattes pour embrasser les veilles planches crasseuses ! », se souvient-il. Il se rappelle des immigrants de l’après-guerre comme étant terriblement fatigués, mais remarquablement résilients. En pensant à cela, il dit : « C’est difficile d’imaginer ce que ces personnes ont dû traverser avant leur arrivée. »

Alors que le transport aérien remplaçait peu à peu les traversées par paquebots, John a vu le Quai 21 fermer ses portes. Mais son lien avec ce bâtiment historique et les gens qui donnaient vie n’est pas rompu. Des années plus tard, quand le Quai 21 s’est transformé en musée, John a commencé à y faire du bénévolat, comme guide touristique.

Il a fait de nombreuses rencontres émotionnelles avec les visiteurs du Musée qui sont arrivés au Canada à bord des navires dont il s'est occupé. Comme il l'explique : «Ces gens veulent savoir ce qui s'est passé ici. Comment était-ce quand leur grand-mère ou leur mère sont arrivées ?». Beaucoup de visiteurs ont pu avoir un aperçu de cette question à travers les récits de John et ses expériences personnelles.

Ces jours-ci, John agit comme bénévole occasionnel au Musée. Maintenant âgé de 85 ans, il a été témoin des nombreux changements vécus au Quai 21. Il constitue une véritable mine de savoir et nous sommes chanceux qu’il continue à revenir pour partager ses souvenirs. Quand on lui demande pourquoi il le fait, John répond simplement : « Cet endroit est comme une deuxième maison pour moi. »

Monsieur plus vieux s'asseyant, tenant sac blanc

John au Musée, avec son sac rempli de trésors historiques personnels.