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Trois jeunes hommes portant de longs gilets d’hiver se tiennent ensemble dans un bosquet.

Robert Hutchings au Southampton avec les frères Tinker, vers 1950. Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1887.1).

Dans les années 1950, si vous étiez un jeune homme britannique à la recherche d’un emploi, le Canada voulait de vous. Si en plus vous étiez intelligent et beau, cela ne nuisait pas ! Quatre jeunes hommes fraîchement débarqués du Scythia le 29 mars 1953 au Quai 21 possédaient ces caractéristiques et plus encore.

Deux hommes debout jouent au panneau sur le pont du navire.

Robert Hutchings et David Tinker jouent au jeu de palets en route vers le Canada, en 1953. Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1143.2).

Cinquante ans jour pour jour après leur arrivée au Quai 21, le 29 mars 2003, les trois membres survivants de ce quatuor fringuant sont revenus à Halifax afin de commémorer leur arrivée et de célébrer leur demi-siècle d’amitié.

Robert Hutchings et les frères Tinker, David et Michael, venaient du même village en Angleterre. Ils se sont embarqués ensemble à la recherche de l’aventure et des possibilités que le Canada promettait. À bord du Scythia, ils ont rencontré un de leurs semblables en la personne de Leonard Read. Les quatre hommes avaient terminé leur service militaire et étaient prêts pour la prochaine étape de leur vie. Les quatre ont passé le voyage à jouer aux palets et aux dards pendant les tempêtes et s’empiffraient de la meilleure nourriture qu’ils avaient pu goûter depuis leur enfance, avant la guerre.

Quand ils sont arrivés, Halifax était couverte de brume. Leur navire a alors passé deux jours à errer dans l’entrée du port. Les gars ne s’en faisaient pas du tout car la nourriture était toujours bonne et la plupart des passagers étaient jeunes. Lorsqu’on lui a demandé s’il y avait eu des romances à bord du navire, Leonard Read avec une étincelle révélatrice dans l’œil a chuchoté : « Nous étions de timides célibataires anglais. »

Un grand vaisseau du nom de Scythia arrive au port.

Le Scythia en port, en 1953. Musée canadien de l’immigration du Quai 21 (DI2013.1895.2).

Les timides célibataires sont passés par le service de l’immigration et sont montés à bord d’un train à destination de Toronto pour y trouver les bons emplois dont le personnel de la Maison du Canada leur avait parlé. L’expérience de Leonard Read était dans le domaine du plastique et il n’aurait pu trouver un meilleur moment pour arriver. Le plexiglas, développé par les militaires pendant la guerre, était pour la première fois disponible sur le marché civil. Leonard a trouvé un emploi immédiatement auprès de l’entreprise qui a reçu les droits de distribution exclusifs au Canada de ce matériau « miracle ».

Robert Hutchings était horloger et designer de bijoux. Il a eu un choix de trois emplois dès sa première journée à Toronto, où la fine joaillerie commençait à gagner en popularité. Comme pour Leonard, son industrie se trouvait au tout début de son ascension.

Les frères Tinker n’ont pas été aussi chanceux. David et Michael étaient ajusteurs de moteur : chacun avait fait son apprentissage pendant sept ans en Angleterre et avait été informé par les travailleurs optimistes de la Maison du Canada qu’ils trouveraient un emploi en un rien de temps. Cependant, en 1953, l’industrie canadienne était dans une période creuse, mais en fin de compte cela a abouti à un résultat positif pour les deux frangins. David Tinker n’avait pas été très heureux d’agir comme ajusteur de moteur et dit que d’avoir à aller dans un autre domaine est l’une des meilleures choses qui ait pu lui arriver.

Un ami à Toronto a informé les frères Tinker de soumettre leurs noms à la Banque impériale du Canada. C’était un bon conseil. David et Michael ont tous deux été rapidement engagés, même si David admet qu’au début, « je ne savais pas faire la différence entre un débit et un crédit. » Il a appris assez vite quand, dès son premier jour, ils lui tendirent une boîte contenant 100 000 $ en lui disant qu’il était maintenant caissier aux comptes d’épargne.

Robert Hutchings a été le premier à quitter Toronto et le premier à se marier. Lui et sa femme parlent toujours d’Ottawa comme de leur foyer. Leonard Read et David Tinker sont demeurés à Toronto et les deux s’y sont mariés. Michael Tinker lui, s’est installé à Huntingdon, au Québec. Bien que les amis aient été séparés géographiquement, ils ont tous assisté au mariage de chacun et sont restés proches. Un amour mutuel du sport était un des liens qui les unissaient.

Les gars de la Grande-Bretagne et leurs épouses ont tellement contribué au Canada et assuré leur propre héritage familial avec un total de treize enfants et de 26 petits-enfants.

Michael Tinker est retourné en Angleterre en 1978. Malheureusement, il est décédé en France en 2002. Il était pourtant bien présent, ici au Musée en 2003, dans les photographies, les témoignages et les pensées de son frère et de ses amis lorsqu’ils ont célébré leur anniversaire dans le hangar d’immigration restauré.

Le trio d’hommes autrefois célibataires et autrefois timides mais aujourd’hui toujours assez britanniques a visité l’exposition et partagé de merveilleux récits de leur vie au Canada, dont de nombreux, les meilleurs, se terminaient par un des hommes s’écriant à la blague : « N’écrivez pas ça ! » Après leur visite, les trois gars ont émergé du hangar pour la deuxième fois en cinquante ans. Et tous les trois ont lancé : « Nous n’avons pas idée où le temps est passé. »

À la fin du printemps 2003, quatre plaques ont été installées sur le mur de l’honneur de Sobey du Musée. Les noms de Robert Hutchings, Leonard K. Read, David Tinker et Michael Tinker seront liés pour toujours. En ce qui concerne les amis eux-mêmes, ils ne sont pas près d’être oubliés par le personnel et les visiteurs qui ont eu la chance de passer du temps avec eux. Et c’est difficile de croire que ces trois charmeurs aient été un jour timides !

Trois hommes plus âgés portant des vestes s’unissent.

Robert Hutchings, Leonard Read et David Tinker au Musée en 2003