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Terre-Neuve occupe une place toute spéciale dans le cœur de Marianna de Cola. Ce sentiment provient du temps qu’elle a passé sur la côte sud de cette province, principalement dans le port de Grand Bruit, où elle effectuait des recherches en vue de sa thèse de maitrise en architecture.

Les recherches et les designs de Marianna impliquent l’étude des paysages en mutation, des populations en déplacement, des ressources en fluctuation et des solutions d’infrastructure polyvalentes possibles. Ces thèmes pouvaient être explorés à Grand Bruit, une collectivité aux prises avec des défis et des changements considérables à cette époque.

Aujourd’hui, plus personne n’habite Grand Bruit. Ce lent déclin fut alimenté par un certain nombre de facteurs, notamment la fin de la pêche à la morue au début des années 1990. En 2007, l’école de Grand Bruit fermait ses portes après que ses deux derniers élèves aient terminé leur cours élémentaire. Peu après, en 2008, ce fut au tour du bureau de poste. En 2009, les 31 résidents de Grand Bruit prirent la déchirante décision de demander l’aide de la province afin de relocaliser la collectivité. À la fin de l’été 2010, les derniers résidents avaient quitté l’ancien village de pêche. L’alimentation électrique de la collectivité fut coupée et on mit fin au service de traversier.

Pour Marianna : « Être témoin de l’expérience migratoire de Grand Bruit a eu un très fort impact sur moi. Cette sensation de quitter son chez-soi résonne chez plusieurs personnes, je crois. L’anxiété ressentie le long de la côte sud de Terre-Neuve, la possibilité d’être finalement relocalisé, est une sensation forte et intimidante, que l’on ressent à titre de visiteur… cette tristesse de savoir que ce lieu n’existera plus. »

Le temps qu’elle a passé dans cette collectivité et les environs a depuis profondément inspiré ses travaux de designer. Une grande part des recherches effectuées pour documenter sa thèse de recherche était centrée sur les témoignages et conversations avec les résidents de la côte sud. Ainsi, Marianna en est venue à réaliser l’importance de considérer les témoignages à propos d’un endroit lorsqu’elle imagine ou conçoit quelque chose de nouveau dans son travail. Elle explique que son expérience à Grand Bruit a changé son approche du design. Elle « vise maintenant à se sensibiliser à l’agencement du design dans le paysage physique et culturel d’un lieu. »

Comme le décrit Marianna, « L’immigration est une expérience courante chez bien des Canadiens et Canadiennes. L’histoire de la relocalisation de Terre-Neuve, par contre, brille d’une lueur différence par rapport à l’immigration canadienne, en ce sens qu’elle diffère par l’image des mots [immigration/migration] quand ils ont trait à ce pays. Certains thèmes sont les mêmes d’un type à l’autre : l’incertitude, l’instabilité, l’adaptation, la survie. Mais la migration le long de la côte sud de Terre-Neuve comporte aussi des sentiments de disparition des collectivités, car les gens ne font pas que partir, ils laissent derrière eux un territoire inhabité. C’était important pour moi d’explorer ce thème dans mes travaux, parce que c’était un sujet de l’heure à l’époque. Avec l’exploration pétrolière au large, les difficultés de l’industrie des pêches et la décision récente de relocaliser Grand Bruit, la situation m’a poussée à me questionner à savoir si la société prenait ou non les bonnes décisions. »

Marianna souhaitait partager l’histoire de Grand Bruit et encourager d’autres personnes à envisager les mêmes questions qu’elle se posait. Elle créa donc une maquette, choisie dans le cadre de Migrating Landscapes (paysages de la migration) — la participation canadienne de 2012 à la prestigieuse exposition internationale d’architecture, la Biennale de Venise, en Italie.

L’idée principale derrière cette maquette consiste à communiquer l’importance de considérer simultanément le passé et l’avenir. Dans cette maquette, cette idée est représentée par les couches supérieure et inférieure. Marianna a choisi d’incorporer des matériaux délicats qui représentent la fragilité et des pesées de pêche usagées, un objet de tous les jours qui fait directement allusion à la culture de la pêche des collectivités terre-neuviennes représentées.

Une écharpe est accrochée à la structure en bois.

La maquette de Marianna de Cola présentée dans le cadre de Migrating Landscapes (paysages de la migration) traite de la migration historique et actuelle à Terre-Neuve.
©SteveKaiserPhotography.ca

Marianna se souvient qu’au moment de quitter définitivement le port de Grand Bruit, elle ressentait des émotions semblables à celles qu’elle ressentait enfant, alors que sa famille déménageait souvent. Bien qu’elle dise qu’aucun de ces déménagements n’aura été aussi dramatique que celui dont elle fut témoin à Grand Bruit, quitter sa maison en emportant ses dernières affaires lors du dernier jour chez soi demeure un de ses souvenirs les plus émouvants.

Son père a construit bon nombre de leurs maisons. Il travaillait dans la construction et Marianna a grandi entourée de ce métier. Fillette, elle se souvient s’être tenue au milieu d’un chantier excavé pendant le coulage des fondations de leur nouvelle maison. Elle se souvient du sentiment d’excitation alors qu’elle imaginait ce qui pourrait prendre forme par-dessus ces fondations et imaginer le résultat fini alors qu’elle se tenait dans un espace aux murs inachevés. Elle souhaitait s’impliquer dans le processus. Cette influence, accompagnée de l’encouragement de sa mère à toujours travailler avec précision et exactitude, ont lancé Marianna sur la voie de l’architecture.

Aujourd’hui, Marianna s’intéresse à la réponse que donne l’architecture au paysage physique, politique et culturel du Canada. Ses expériences personnelles de la migration ainsi que ses liens avec les gens et la collectivité de Grand Bruit, à Terre-Neuve, en ont fait la designer qu’elle est devenue aujourd’hui : soucieuse de l’importance des témoignages du passé d’une endroit afin d’en façonner l’avenir.

Voyez la maquette de Marianna et visitez Migrating Landscapes (paysages de la migration) au Musée canadien de l’immigration du Quai 21 jusqu’au 11 novembre 2013.


Marianna de Cola est une designer torontoise de la firme Kohn Partnership Architects. Elle a complété sa maitrise en architecture à l’Université de Waterloo. Les recherches et le sujet de sa thèse avaient trait à Terre-Neuve et touchaient l’étude des paysages en mutation, des populations en mouvance, des ressources en fluctuation et des solutions d’infrastructures polyvalentes possibles. Elle a présenté ses travaux d’études supérieures à la Conférence de l’ACSA à l’automne 2011 à Montréal et ses recherches et photos ont été publiées dans l’ouvrage : Bracket II: Goes Soft, On-Site Magazine and Ground: Landscape Architect Quarterly. Avant ses études supérieures, Marianna a étudié et travaillé à Toronto, New York, Londres et Rome.