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Perdue et trouvée : l’aventure d’une petite immigrante britannique

Entre 1869 et 1948, plus de 100 000 enfants âgés de 4 à 14 ans ont été envoyés du Royaume-Uni en direction du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Afrique du Sud. La Journée des petits immigrants britanniques est commémorée le 28 septembre, et cette année marque le 150e anniversaire du premier petit immigrant britannique à avoir posé le pied en terre canadienne. Au début du mois dernier, près du Musée, un monument a été dévoilé pour honorer cette histoire.

Monument rectangulaire en pierre sur lequel on peut lire « British Home Children ». À la mémoire des plus de 100 000 enfants de la Grande-Bretagne envoyés au Canada à partir de 1869 jusqu’au milieu des années 1940 pour travailler comme ouvriers agricoles ou travailleurs domestiques.

Dévoilement d’un monument en l’honneur des petits immigrants britanniques à proximité du musée.

L’histoire des petits immigrants britanniques est difficile et marquée des meilleurs et des pires souvenirs qu’une personne puisse avoir. L’organisme British Home Children and Descendants Association croit que 11 % des Canadiens ont un petit immigrant dans leur arbre généalogique. Pourtant, plusieurs personnes ne sont pas au courant de cette facette de leur histoire familiale, parce que ce douloureux récit a été enterré. Ces souvenirs peuvent aussi être plus heureux et parler d’opportunités et d’une vie rebâtie à neuf. Il s’agit parfois d’un mélange des deux.

De nombreux petits immigrants britanniques sont arrivés au Canada par le Quai 21, et certains de leurs récits font partie de notre collection.

Voici l’histoire d’Ethel. Elle a été assemblée puis donnée au Musée en 2008 par Joyce Carey, la fille d’Ethel.

Ethel Mary Hales est née en 1913 à Birmingham, en Angleterre. Elle avait trois frères et une sœur. Selon les écrits de Joyce, Ethel avait 10 ans lorsque sa mère est décédée. Les cinq enfants ont été placés à « l’orphelinat Middlemore ».

Les garçons et les filles ont été séparés, et Joyce se souvient d’une histoire que sa mère racontait encore et encore. Elle escaladait le mur de l’orphelinat des garçons pour apercevoir son petit frère, Stanley.

Ethel a passé trois ans à Middlemore, puis elle a été envoyée au Canada à bord du SS Samaria. Elle a perdu contact avec ses frères et sa sœur en cours de route. Elle n’avait personne et ne possédait presque rien. « Elle n’avait pas d’argent, écrit Joyce. Son bien le plus précieux était une petite bible. »

Joyce dit que sa mère décrivait souvent comment elle se sentait pendant son long voyage en mer. Elle parlait de sa solitude et de la grande incertitude qui l’attendait à la fin du voyage.

Ancienne photographie en noir et blanc d’un grand navire à vapeur. Côté bâbord, une cheminée, deux mâts. La côte est visible derrière le navire.

SS Samaria. [DI2013.1568.2] Musée canadien de l’immigration du Quai 21.

Ethel est arrivée à Halifax le 20 mai 1927. Joyce écrit que sa mère a été placée dans une résidence située sur l’autoroute Bedford pour un examen médical avant d’être placée comme bonne. C’est à cet endroit que le destin est intervenu. Ethel a appris que sa sœur était arrivée avant elle, dans cette même résidence. Elle devait se rendre au Nouveau-Brunswick, mais avait été mise en quarantaine dans la résidence pour qu’elle se rétablisse d’une maladie. « Sans ça, affirme Joyce, ma mère n’aurait jamais su où était sa sœur. »

L’histoire ne dit pas combien de temps Ethel a travaillé comme bonne. Le récit explique simplement qu’elle a été placée dans « une bonne famille de Canning, en Nouvelle-Écosse ». Joyce ne précise pas non plus combien d’années se sont écoulées avant le prochain moment important : « Elle a rencontré mon père, Gilbert Spinney, alors qu’elle nageait à la plage de Kingsport. »

Selon la description de Joyce, Ethel et Gilbert se sont bâti une vie heureuse. Ils se sont mariés et ont eu dix enfants, dont Joyce. Ethel était réputée chez ses amis et ses voisins pour sa voix de chanteuse. Elle chantait dans la chorale de l’église baptiste de Canning et lors des mariages. Joyce écrit qu’Ethel « vivait pour ses enfants » et qu’elle fabriquait tous leurs vêtements à la main. Joyce avait souvent l’impression d’être l’enfant la mieux habillée de l’école.

Pourtant, même entourée d’une famille nombreuse, la sensation d’avoir 13 ans et d’être seule sur un navire se dirigeant vers une destination inconnue refaisait surface. Dans les mots de Joyce, « je sais qu’elle pensait à sa mère et à la famille qu’elle avait laissée derrière, en Angleterre ».

À l’âge de 69 ans, Ethel a décidé de faire des recherches. Elle a demandé l’aide de l’oncle d’un gendre en visite de l’Angleterre pour placer une annonce dans un journal de Birmingham, au Royaume-Uni. L’annonce demandait simplement où se trouvait sa famille. Elle a attendu, puis une réponse lui est arrivée.

« Un neveu lui a écrit disant qu’ils étaient peut-être parents », raconte Joyce.

Ethel s’est pressée de faire le voyage pour savoir si c’était vrai. En 1983, Ethel, Joyce et d’autres membres de leur famille se sont rendus en Angleterre et ont enfin renoué les liens brisés. « Le neveu de ma mère est venu au Canada chaque année jusqu’à sa mort. »

Après avoir fait plus de recherches, Ethel a découvert que l’un de ses frères avait été envoyé en Australie. Bien qu’elle avait alors 81 ans, Ethel n’a pas hésité à se rendre à l’autre bout du monde pour rendre visite au neveu et aux nièces qu’elle venait de découvrir. Son arbre généalogique faisait littéralement le tour du monde, explique Joyce. « Son neveu et ses nièces de l’Australie lui ont également rendu visite en Nouvelle-Écosse ».

Chez la fille qui a escaladé le mur de l’orphelinat des garçons, chez la mère qui a confectionné à la main des vêtements pour dix enfants et chez la femme de l’âge d’or qui a renoué avec sa famille perdue à l’autre bout du monde, nous voyons pourquoi Joyce dit que sa mère « a été propulsée par sa grande foi et sa détermination ».

Ethel est décédée en 2003, mais son récit fait de ténacité, de famille et de retrouvailles se perpétue dans la collection du Musée, ainsi que dans le cœur de sa famille du Canada, de l’Angleterre et de l’Australie.

Ce ne sont pas tous les anciens petits immigrants qui souhaitent partager leur histoire. Nous sommes chanceux d’avoir la contribution d’Ethel et de Joyce dans notre collection. Elles ne forment qu’un récit parmi tant d’autres. Nous vous invitons à découvrir d’autres histoires de petits immigrants grâce à notre collection en ligne.

Êtes-vous à la recherche de plus amples renseignements au sujet des petits immigrants britanniques ou au sujet d’un parent qui pourrait être venu au Canada comme petit immigrant? Visitez notre Centre d’histoire familiale Banque Scotia afin d’obtenir de l’aide dans vos recherches.

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