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À la recherche d’un chez-soi : Les collages culturels de Margarita Fainshtein

L’artiste Margarita Fainshtein se décrit comme un « collage culturel ». Il y a le collage formé par son voyage vers le Canada, et il y a les délicates installations de différents matériaux qu’elle utilise pour décrire ce voyage. Lui parler ou regarder son art, c’est découvrir les strates d’une recherche d’appartenance qui dure depuis toujours. « Mon art est très international, comme moi », dit-elle.

Née en Ukraine, elle se décrit comme « double immigrante ». Avant son rapatriement en Israël, Margarita souhaitait uniquement être comme les autres, et comme n’importe quelle adolescente de 15 ans, son identité a été façonnée par les opinions de ses amis. Elle se souvient que leurs réactions à la culture juive lui ont donné l’impression d’être une anomalie. « Être juive en Ukraine, c’était plutôt... moche », résume-t-elle.

En Israël, où elle a habité pendant près de 13 ans et où elle a terminé son baccalauréat en beaux-arts à l’université d’Haifa, elle ne pouvait toujours pas oublier son sentiment de différence. Avec une enfance et un accent ukrainiens, « nous avions des identités différentes. »

En 2009, Margarita et son mari ont immigré au Canada, directement vers Halifax, où ils habitent encore aujourd’hui. « Nous sommes restés ici parce que nous adorions ça. C’est chez nous. »

Chez nous, ce n’est pas une expression que Margarita utilise à la légère. C’est un concept qui est profondément lié au sens de sa vie et à la pratique de son art. Pour le définir, elle a excavé l’histoire de sa famille. Cette recherche a dévoilé des séries de documents prouvant qu’elle n’était pas la première dans sa famille à entamer cette enquête.

L’une des premières découvertes était l’histoire de sa grand-mère paternelle. Cette femme avait quitté sa famille pour se battre dans la Deuxième Guerre mondiale, laissant sa famille dans son village ukrainien « sécuritaire ». À son retour, ils n’étaient plus là. Les voisins avaient dénoncé que la famille était juive, et la famille a été tuée. La grand-mère de Margarita avait tout perdu, y compris son dossier. L’administration du village lui a donné un papier étampé et signé. Ce document est devenu la seule preuve que sa famille avait déjà existé. Margarita l’appelle « le document vide ».

« C’était le tout premier document que j’ai trouvé... C’est là que ma recherche de foyer et d’identité a commencé. »

En discutant avec son grand-père maternel de 95 ans, elle a pu commencer l’ébauche d’une définition. Alors qu’il se souvenait de l’évacuation de la famille pendant la Deuxième Guerre mondiale, qu’il se souvenait de ne pas avoir de bâtiment physique comme foyer, il a déterminé qu’il était suffisant que sa famille soit ensemble. La révélation s’est faite pour Margarita : « Avoir un chez-soi, c’est un sentiment, une émotion. C’est un endroit où on se sent bien, où on se sent inclus. L’un de. »

Elle a toujours su qu’elle serait artiste. Il était naturel pour Margarita de chercher à exprimer les résultats de sa quête par la création. Elle a obtenu sa maîtrise en beaux-arts à l’Institut d’art de Chicago, où elle dit avoir finalement trouvé la liberté de plonger dans sa recherche et d’ouvrir son esprit aux concepts. Au Canada, elle a mis son apprentissage à profit. « La voix artistique de la petite Ukrainienne que j’étais a été rapatriée avec moi en Israël, puis est devenue une voix très solide et libérée au Canada à travers l’Institut d’art de Chicago. »

Une grande partie de sa vaste œuvre interprète l’archive de documents familiaux qu’elle a découvert à travers les années, dont les décrets d’évacuation, les dossiers militaires, les passeports, les registres de rapatriement et d’immigration, en plusieurs langues, de partout dans le monde. Ses installations architecturales sont imprimées de plusieurs couches de documents.

Trois personnes font briller les lumières de leurs téléphones à travers des formes transparentes courbées imprimées d’encre noire, créant des ombres sur la table.

Les visiteurs interagissent avec Penser avec un accent - Partie 2, de Margarita Fainshtein.

Crédit : Margarita Fainshtain

Il y a deux ans, Penser avec un accent - Partie 2 était un paysage urbain en miniature de formes en plexiglas sur lesquelles étaient imprimées des couches de documents, dans une pièce sombre. Les visiteurs utilisaient leurs téléphones pour illuminer l’œuvre, créant des ombres déformées. La combinaison de formes, de mots en encre, de lumière, d’ombres et d’interaction avec les visiteurs formait un collage changeant qui évoquait à la fois la fragilité et l’importance des registres familiaux. « La question, dans tous ces mouvements d’immigration, d’évacuation, de rapatriement, c’était... si vous perdez ces documents, qui êtes-vous? »

La Nocturne 2019 sera la quatrième présentation de Margarita au Musée. Ce n’est pas par hasard. Margarita dit qu’elle a toujours ressenti un lien fort avec le message du Musée. « Je ne saurais même pas l’exprimer en mots, explique-t-elle. C’est le musée d’immigration, et je suis double immigrante. »

Son projet, La salle beige, est un concept complètement nouveau. Le projet sera une pièce où tout, littéralement, sera beige, des meubles aux objets. Dans une section, une vidéo évoque les perspectives de la réalité de l’intérieur d’un espace confiné. Après l’avoir regardée, les visiteurs peuvent écrire ou dessiner leurs réactions sur n’importe quelle partie de la pièce avec du graphite. « Il s’agit d’explorer les structures sociales, physiques et politiques qui façonnent nos comportements », explique-t-elle.

Vue rapprochée d'une boîte remplie de cubes, tous de la même nuance de beige.

Détail de La salle beige de Margarita Fainshtein

Crédit : Margarita Fainshtain

Comme beaucoup d’autres projets, comme l’archive de documents qui racontent l’histoire de sa famille, comme Margarita elle-même, le résultat final de La salle beige sera un collage. Des couches de vidéo, de papier, de mots, de dessins et une projection fantôme des mouvements des gens dans cet espace permettront de s’interroger sur comment notre environnement façonne notre identité.

L’élément final de La salle beige, c’est la conversation. Margarita espère que l’expérience en créera plusieurs et qu’elles continueront naturellement après Nocturne. C’est ainsi, dit-elle, que son art aide les visiteurs à surmonter leurs propres difficultés. « J’utilise l’art comme voix et comme outil pour exprimer ces choses si cruciales et pertinentes non seulement pour moi comme double immigrante, mais pour beaucoup de gens à la dérive et en quête d’identité. »

La salle beige sera présentée pendant Nocturne au Musée, le samedi 19 octobre de 18 h à minuit, en plus d’autres installations d’Ursula Handleigh, d’Israel Ekanem, de Katarina Marinic, et plus encore. Découvrez Nocturne au Musée sur notre page d’événements.