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Une histoire de réunion : La fille qui a chanté avec Gracie Fields dans le port d’Halifax et le soldat qui n’a jamais oublié leurs voix

“Wish me luck, as you wave me goodbye …”

Cette histoire commence par une chanson. « Souhaite-moi bonne chance en me disant au revoir... » Ces mots, chantés par un chœur de voix lors d’une journée ensoleillée du mois de juin 1940, se sont fait entendre d’un navire à l’autre à travers le port d’Halifax.

Ces voix sont celles de la comédienne anglaise Gracie Fields, qui était sur le pont du Duchess of Richmond, et des enfants de la petite chorale du navire. Gracie a formé ce groupe de chant pour divertir les enfants pendant leur traversée tendue de l’Atlantique. Ann Miller, qui avait alors 11 ans, faisait partie de ce groupe. « Nous l’avions vue dans des films ici et là et nous l’avions entendue à la radio. Et elle était là, en chair et en os!» s’est exclamé Ann, en parlant de sa rencontre avec Gracie.

Leur navire faisait partie d’un convoi en route vers des ports plus sûrs, loin de l’Europe. Il venait tout juste d’accoster dans le port d’Halifax, après un voyage de dix jours en mer, lorsque le capitaine a demandé à la chorale de venir sur le pont. Il a pointé en direction un navire de troupes amarré au Quai 21, et Ann se souvient des « centaines de soldats en uniforme kaki, montant la passerelle escarpée avec leurs sacs sur le dos ».

« Personne n’avait besoin de nous dire qu’ils partaient vers l’Angleterre pour se battre et peut-être mourir pour nous », affirme-t-elle.

Portrait en noir et blanc d’une jeune femme aux cheveux blonds et bouclés.

La comédienne anglaise Gracie Fields

Lorsque le capitaine a demandé s’ils allaient chanter pour les soldats déployés, il a été facile de dire oui. Gracie a dirigé les enfants, qui ont interprété de ses propres chansons et d’autres chansons populaires. Ils ont chanté Pack up your Troubles, We’ll Meet Again et Wish Me Luck as you Wave Me Good-Bye. « Puis, en fin d’après-midi, lorsque le navire de troupes a quitté le port, Gracie a chanté Red Sails in the Sunset, se souvient Ann. Sa magnifique voix a retenti sur la mer. »

Bill Pineo faisait partie des soldats qui sont montés à bord du navire ce jour-là. « Soudainement, l’air s’est empli de la belle voix claire de Gracie Fields, a-t-il écrit, probablement la préférée de presque tout le monde, et le moment était très opportun. »

« Le silence qui régnait sur les navires a été brisé par les acclamations, et il est pratiquement certain que ce jour restera dans la mémoire de tous ceux qui étaient présents. »

Ce moment a aussi été marquant pour Ann : « C’est quelque chose que je n’ai jamais oublié, et au cours des années qui ont suivi... je me suis souvent demandé ce qu’il était advenu de ces braves jeunes hommes. »

La lettre

Près de 50 ans plus tard, la guerre terminée, mais jamais oubliée, des vies vécues et des familles bâties, l’histoire d’Ann et de Bill se croisent à nouveau.

Ann, vit maintenant en Australie, était en visite au Musée du Quai 21 (de l’époque) à la recherche d’une photo provenant d’une coupure de presse précieuse au sujet de la chorale de Gracie. Elle se souvient très bien du moment d’eurêka. « Je suis entrée et cette jeune fille m’a dit : "Puis-je vous aider ?" Je lui ai répondu que j’étais sur un bateau avec Gracie Fields et elle a fait un bond ! »

Ann était loin de se douter que quelques semaines plus tôt, cette membre du personnel avait reçu une lettre adressée simplement à « Quai 21, Halifax, Nouvelle-Écosse ». Il s’agissait de l’histoire de Bill, qui commençait par une description émouvante de la chorale chantant des chansons de Gracie Fields alors qu’il s’apprêtait à partir d’Halifax en 1940.

Le personnel du Musée a aidé Ann à communiquer avec Bill, qui habitait à Nanaimo, en Colombie-Britannique. Ann s’est rendue jusqu’à lui. Elle était impatiente de rencontrer l’ancien soldat qui s’était toujours demandé qui avait chanté pour lui en cette journée du mois de juin.

La réunion

Bien qu’un journal local ait parlé de l’événement, les retrouvailles d’Ann et de Bill se sont déroulées sans fanfare. Comme de vieux amis qui se retrouvent autour d’un café. « Je l’ai rencontré dans un stationnement, à l’extérieur d’un Whitespot, ou d’un café du genre », raconte Ann.

Ils s’étaient déjà parlé au téléphone pour discuter de la façon dont ils allaient se reconnaître. Ann se souvient qu’il lui a demandé : « Comment vais-je te reconnaître? » Puis il a dit : « Je sais, je vais porter mon coquelicot. »

Ann a aussi emprunté un coquelicot. Comme ils ne s’étaient jamais vus auparavant, ces emblèmes rouges épinglés sur leurs revers les ont aidés à se retrouver dans le stationnement.

Photographie

Photographie tirée d’un journal de la réunion de Bill et d’Ann à Nanaimo, en C.-B.

« Oh, c’était très excitant », affirme Ann.

En voyant les sourires et les rires, nous savons qu’il s’agissait d’une joyeuse réunion. Bill a été en mesure d’expliquer à Ann tout ce qui s’est passé après qu’elle ait bercé le départ de son navire du port d’Halifax avec ses chansons.

Il lui a parlé du rôle de répartiteur qu’il a joué pendant la guerre. Il lui a expliqué qu’il faisait de la course en moto dans la ville de Londres pour livrer les messages du premier ministre MacKenzie King au premier ministre Churchill.

Il lui a également parlé de sa rencontre avec son épouse Pamela, une épouse de guerre, et de son voyage en train à travers le Canada avec un nouveau-né.

L’amitié d’Ann et de Bill a pris du temps à se manifester, mais elle a finalement été forgée au terme de plusieurs décennies. À partir de ce moment-là, Ann a passé du temps avec Bill lors de chacune de ses nombreuses visites au Canada.

Bill est décédé il y a quelques mois. Ann, qui est maintenant âgée de 90 ans, ne quitte plus l’Australie. Mais leurs histoires se poursuivent dans la collection du Musée, ainsi que dans le cœur et la mémoire de tous ceux qui les partagent.

En ce jour du Souvenir, le Musée est ouvert afin que les visiteurs puissent réfléchir sur le pont où tant de militaires canadiens, comme Bill Pineo, sont allés servir en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette porte d’entrée représente le début de milliers de ces voyages, dont beaucoup se sont terminés en Europe, mais dont certains se poursuivent encore aujourd’hui. Elle représente aussi les sacrifices faits par tous ceux dont la vie a été touchée par la guerre.

D’autres histoires de service militaire peuvent être lues sur notre collection en ligne.

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