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Une Conversation avec le Passé

John, un bénévole du Musée, debout avec sa cane à côté d’une maquette du Musée dans une vitrine en verre.

Je me souviens encore du jour où mon professeur de première année nous a demandé ce que nous aimerions devenir lorsque nous serions grands. « Un professeur », ai-je répondu sans hésitation. Et c’est à compter de ce jour que c’est devenu ma seule et unique réponse lorsqu’on me posait cette question. Cet objectif personnel s’est finalement concrétisé lorsque j’ai été acceptée dans un programme de baccalauréat en enseignement à l’automne 2008. Je me souviens également très bien de ce premier jour de classe, et plus particulièrement de ma déception lorsque le doyen de la faculté est monté sur la scène de l’auditorium et s’est adressé à nous. Ses paroles ont été les suivantes : « Nous ne pouvons vous enseigner comment devenir des enseignants. » Une fois mon baccalauréat en poche, j’ai repensé à ce premier jour de classe et j’ai réalisé qu’on ne nous avait pas enseigné comment enseigner, puisqu’il s’agit d’un talent qui vient de l’intérieur. J’ai toutefois appris des leçons importantes qui allaient m’être utiles non seulement en classe, mais également dans ma deuxième carrière, à titre d’interprète au sein de l’industrie du tourisme. Ma première tâche d’enseignement a été un cours d’études sociales et, au cours de mes deux années d’enseignement dans ce programme, monsieur Stone, un professeur exceptionnel, m’a beaucoup appris. Il s’est non seulement donné la mission de nous fournir les ressources nécessaires pour être de bons enseignants, mais aussi de nous faire vivre l’expérience en tant qu’élèves, afin de pouvoir reconnaître ce qu’est un bon enseignant. L’enseignement qui m’a plu le plus a été lorsqu’il nous a recommandé de ne pas toujours nous référer aux livres d’Histoire pour parler du passé. Les meilleurs enseignements proviennent de la communication avec les autres, qui ont réellement vécu l’Histoire (si l’on fait référence au passé récent, bien entendu !). Carmen a organisé, pour nous, une conférence-discussion avec certains membres de sa communauté religieuse ayant vécu à Halifax au cours de la Seconde guerre mondiale, afin que nous puissions découvrir à quoi ressemblait la vie à Halifax à cette époque. Nous avons eu l’occasion d’y entendre des histoires fascinantes, notamment celle où un ennemi allemand est arrivé et a fait une carte de la ville. Ce devait être si effrayant de savoir que l’ennemi était à nos portes et de savoir qu’il pouvait se promener dans la ville pour aller voir un film, mais c’était aussi rassurant de savoir qu’il était également humain et qu’il passait à côté des aspects de notre vie d’avant guerre.

Grâce à cette leçon de Carmen, j’ai décidé, un jour, de mettre de côté mon énorme cartable de recherche rempli d’une panoplie d’informations au sujet du Quai 21, et j’ai découvert beaucoup de choses en parlant à quelqu’un qui a vécu l’Histoire, alors que le Quai 21 faisait office de bureau de l’immigration. John est bénévole au Musée du Quai 21 depuis maintenant cinq ans. Il y vient plusieurs fois par semaine pour raconter ses histoires aux visiteurs et aux membres du personnel. Auparavant, John travaillait au Quai 21 à titre de consignataire des navires de ligne italiens et grecs, pour la I.H.Mathers Company. Il adore utiliser la maquette du Musée pour expliquer aux gens le déroulement au Quai 21. Vous savez, j’ai appris davantage en 15 minutes avec John qu’au cours de mes nombreuses heures de recherche à ce sujet. Une de ses histoires préférées est celle d’une jeune femme arrivée au Quai 21 alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille. Frank Wright, l’agent d’immigration, lui a donné un sou lorsqu’elle est arrivée à son bureau. Lorsque la petite fille est arrivée à son nouveau domicile en sol canadien, elle a accroché le sou à une chaîne et l’a porté comme pendentif. Plusieurs années plus tard, lorsqu’elle a eu son fils, elle l’a transformé en épinglette afin que celui-ci puisse le porter chaque jour. John nous pose alors cette question chaque fois : « Sais-tu pourquoi je sais cela? » Un jour où John travaillait, une jeune femme est entrée et lui a demandé s’il savait où Frank se trouvait. Par coïncidence, ce dernier est arrivé au même moment. Elle s’est retournée et s’est exclamée de joie lorsqu’elle l’a aperçu. Puisqu’il s’était écoulé plusieurs années depuis l’arrivée de cette jeune femme au pays, Frank n’avait aucune idée de qui elle était et pourquoi elle lui faisait un aussi gros câlin. La jeune femme lui a alors raconté l’histoire du jour où il lui a donné un sou, lors de son arrivée au Canada. Elle lui a également mentionné que son fils l’arborait maintenant fièrement chaque jour. C’est incroyable de constater à quel point un simple sou aura pu avoir autant d’impact sur la vie de cette jeune fille, et ce, dès ses premières heures en sol canadien. C’est un souvenir qu’elle chérira pour toujours, même si cela semblait un geste plutôt insignifiant pour Frank… jusqu’à ce qu’ils aient été réunis.

Une fois arrivé à l’endroit où plusieurs navires italiens accostaient au Quai 21, John s’arrête et parle aux visiteurs et aux anciens d’origine italienne. John nous raconte comment les immigrants italiens débarquant au Canada devaient débourser 15 $ supplémentaires pour leur droit de passage, qui leur serait ensuite remboursé une fois arrivés au Quai 21. Certains de nos invités, dont les membres de la famille sont arrivés au Canada à bord d’un de ces navires, mettent bien souvent les connaissances de John à l’essai, simplement pour valider l’avoir de leurs parents ou de leurs grands-parents lors de lors arrivée au Canada.

Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses histoires que j’ai apprises de John au sujet du Quai 21, et c’est la raison pour laquelle je suis en amour avec mon travail. Chaque jour amène son lot d’histoires au sujet du Quai 21, puisque je rencontre quotidiennement des gens qui sont passés par ici, ou dont les enfants viennent visiter l’endroit où l’histoire de leur famille a commencé en sol canadien. Lors de votre prochaine visite au Musée, essayez de trouver John. Il se promène bien souvent autour de la maquette du Quai 21 ou encore au bureau de l’immigration, et découvrez à quoi sa vie ressemblait lorsqu’il travaillait comme consignataire de navires ici, à Halifax. Je vous invite également à discuter avec les personnes de votre communauté lors de la tenue d’événements importants au cœur de votre ville, afin de découvrir à quoi ressemblait la vie auparavant. Vous ne savez jamais ce que vous pourriez apprendre !