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Une soirée de réjouissances - Les Philippins se souviennent du passé et célèbrent le présent

C’était le 20 juin 2019, à l’occasion de la soirée philippine. Des membres de la communauté philippine d’Halifax s’étaient réunis au Musée canadien de l’immigration du Quai 21 pour célébrer leur Mois du patrimoine, leur culture, leur musique, leur danse et leur identité. C’était une nuit d’exubérance, une nuit d’apparat et de splendeur. Leur robe traditionnelle colorée, la « baro at saya », scintillait dans la lumière, proclamant que c’était une nuit spéciale, une nuit de jubilation.

J’ai quelques amis immigrants philippins, mais je n’avais jamais eu l’occasion d’assister à l’un de leurs événements officiels ou culturels. Le fait d’être là, avec la communauté, et d’absorber les nuances de leurs activités a donc été pour moi une expérience nouvelle et palpitante.

Ce soir-là, dans le cadre des célébrations, la première nord-américaine du film Becoming Labrador a été présentée au Musée. Becoming Labrador , un film de Rohan Fernando, Tamara Segura et Justin Simms, raconte l’histoire d’une communauté en plein essor de travailleurs philippins qui ont parcouru la moitié du globe pour se rendre dans l’intérieur austère du Labrador en quête d’emplois, de nouvelles opportunités et d’une meilleure vie. Le film suit quelques-uns de ces hommes et quelques-unes de ces femmes alors qu’ils font preuve d’un travail acharné pour se tailler une place dans cette nouvelle terre étrangère.

Becoming Labrador a été présenté en collaboration avec l’Office national du film du Canada, la Filipino Association of Nova Scotia (FANS), la Filipino-Canadian Heritage Society of Nova Scotia (FCHSNS) et le Philippine Consulate General Halifax. Cette présentation a fait partie de la série du Musée Pleins feux sur la diversité.

Le programme comprenait des spectacles culturels et une séance de partage d’histoires. Les danses et les prestations de chorale étaient divertissantes et faisaient réfléchir. Les danseurs ont gagné mon cœur avec leurs mouvements gracieux et les bougies qu’ils tenaient. J’aurais voulu me joindre à eux.

La présentation visuelle « In the space between memory and loss » de Mme Ursula Handleigh a été un plus à cette soirée. Mme Handleigh est une Canadienne de première génération dont la mère est originaire des Philippines. Cette exposition portait sur la dualité du deuil, c’est-à-dire l’expérience interne de la perte, ainsi que son extériorisation publique. En discutant avec Mme Handleigh, j’ai réalisé à quel point le thème de l’exposition était à la fois simple et complexe. Les images présentées sur les écrans, accompagnées seulement par le son des films, m’ont fait prendre une nouvelle conscience de certaines émotions humaines, comme de la tristesse enfouie au plus profond de mon âme pour mes défunts bien-aimés. Son art a ajouté une dimension supplémentaire à la soirée et a été apprécié par de nombreux invités.

Tout au long de la soirée, une question m’a trotté en tête. Pourquoi les gens célèbrent-ils leur propre culture alors même qu’ils essaient de s’intégrer dans une nouvelle vie, dans un nouveau pays? Est-ce parce qu’ils veulent se souvenir de la vie qu’ils avaient dans leur pays natal et encore la chérir? La nourriture, les vêtements, les coutumes et les traditions respectées à l’intérieur et à l’extérieur de nos foyers signifient beaucoup pour nous et nous pensons qu’elles doivent être préservées pour la postérité. Je me souviens comment deux dames philippines ont débattu entre elles avec enthousiasme au cours d’une réunion du comité de travail. Après avoir demandé l’approbation de leurs amis, elles ont finalement choisi deux sucreries philippines à ajouter au menu pour la réception de cette soirée. Pour elles, c’était très personnel. J’ai trouvé ça plutôt amusant. J’aurais probablement fait la même chose avec du jelebis et du kheer si j’avais eu à planifier le menu d’une réception indienne.

Pour moi, regarder Becoming Labrador en salle avec la communauté philippine a été une expérience profondément émouvante. Comme immigrante, j’ai compris les peines de cœur des hommes et des femmes qui ont dû quitter leur terre natale pour trouver du travail au Canada, et j’ai compris leur lutte pour s’intégrer dans la population d’un nouveau pays. Ils ont été confrontés à la discrimination, aux mauvais traitements et même au ridicule. Mais ils ont combattu tous ces problèmes et ont réussi à surmonter tous les obstacles, tant naturels que d’origine humaine. Ils ont trouvé le bonheur tout en luttant. Tous les spectateurs pouvaient s’identifier aux personnages du film, à leur expérience, à leur solitude et aux défis auxquels ils faisaient face.

La famille est importante pour nous tous. Le plus gros problème auquel les personnages du film ont été confrontés a été d’être loin de leur famille, une situation dans laquelle je me suis moi-même retrouvée, lorsque j’ai été loin de mon seul enfant pendant de nombreuses années. D’une certaine façon Becoming Labrador est l’histoire de chaque immigrant, la mienne autant que la leur.

Pendant le film, j’ai vu des dames essuyer leurs yeux, et j’ai cligné à plusieurs reprises afin d’essayer d’empêcher mes propres larmes de couler. Mais elles ont coulé quand même. Le public et moi étions profondément impliqués dans l’histoire qui se déroulait à l’écran. Quand ils souriaient, je souriais, quand ils pleuraient, je pleurais. C’était une réaction totalement empathique, un partage complet.

Au cours de la réception, la salle Rudolph P. Bratty a retenti de bonheur et de rire. Il y a eu de nombreuses acclamations, des salutations et des accolades. Regarder ces gens savourer leur nourriture, y compris les sucreries philippines, et la partager avec eux m’a offert une immense satisfaction. Leur enthousiasme et leur euphorie étaient contagieux. Mon cœur débordait de joie. J’étais heureuse pour eux. Quelle belle finale à une soirée enchanteresse !